Twitter et le désaccord commercial sino-américain : s’en tenir aux faits

May 28, 2019 Patrick Ercolano

Après un plongeon de près de 2,5 % le 13 mai dernier (imputable aux « tweets » du président Donald Trump annonçant une majoration des tarifs douaniers imposés à la Chine), les marchés américains ont repris presque tout le terrain perdu la semaine suivante.

Le décret ordonnant le bannissement du géant technologique chinois Huawei aux États-Unis a amplifié l’incertitude dès la semaine suivante.

Si les marchés s’inquiètent avec raison des effets d’une guerre commerciale tous azimuts entre la Chine et les États-Unis, nos décisions de placement continuent de s’appuyer sur des données réelles, pas sur les médias sociaux.

Tenter de décoder les tweets présidentiels : un exercice futile

Les autres fronts ouverts par le président américain se sont un peu apaisés. Le vendredi 17 mai dernier, les États-Unis ont en effet levé les tarifs sur les métaux importés du Canada et du Mexique. Les États‑Unis ont aussi reporté de six mois l’imposition de tarifs sur les importations d’automobiles de l’Union européenne et du Japon.

Depuis la confirmation de la candidature de Trump en 2016 jusqu’à sa dernière série de micromessages sur Twitter dans lesquels il se targuait d’être « Monsieur Tarif », on me demande sans cesse d’évaluer l’effet de sa présidence sur les marchés.

Mon propos n’a jamais varié : tout ce qui compte, ce sont les politiques et leurs effets sur l’économie. Le reste n’est que du bruit tantôt menaçant, tantôt utilisé comme tactique de négociation.

Les congédiements et autres pitreries qui se sont succédé à la Maison blanche en 2017 étaient préoccupants tout comme les railleries dirigées contre le « rocket man » de Corée du Nord sur fond de menaces nucléaires. Mais en rétrospective, force est de reconnaître que les politiques ont favorisé les marchés, surtout américains.

Des tactiques apparemment destinées à semer le doute

En 2018, le président s’est attaqué à l’Accord de libre-échange nord-américain. Jusqu’à la dernière seconde avant l’échéance du 1er octobre, la pression de conclure une entente a été extrême.

Selon certains tweets, la possibilité que le nouvel Accord États-Unis-Mexique-Canada (AEUMC) ne soit pas signé était bien réelle. Cette incertitude aussi tard dans l’année a incité de nombreuses sociétés canadiennes à reporter leurs projets d’investissement, d’où la détérioration des statistiques au quatrième trimestre de 2018 et au premier trimestre de 2019.

Il arrive qu’il y ait un décalage de plusieurs mois entre la reprise des investissements et leurs effets sur les statistiques économiques. Voilà qui explique probablement l’annonce de la création en avril dernier de plus de 100 000 emplois au Canada.

Sommet du G20 : tempête à prévoir dans la twittosphère

Avec la Chine clairement dans la ligne de mire des États-Unis, un certain pragmatisme s’impose dans l’analyse de l’économie mondiale.

Les États-Unis ont importé en 2018 des marchandises chinoises d’une valeur de plus de 500 milliards de dollars américains. Malgré son énormité, ce chiffre ne représente pourtant que 3,5 % du PIB chinois. Depuis un an, les mesures de stimulation économique se succèdent en Chine. Tout effondrement de la croissance mondiale d’ici 12 mois est donc à exclure.

Il est vrai cependant que le resserrement des conditions financières et la détérioration de la confiance pourraient compromettre la croissance américaine.

Les États-Unis ont déclenché un compte à rebours d’un mois au terme duquel ils menacent d’augmenter leurs tarifs douaniers sur les autres importations chinoises. Cette période coïncide avec le début du Sommet du G20 qui aura lieu à la fin juin, où une rencontre est prévue entre les présidents Xi Jinping et Trump, à Osaka.

La logique voudrait qu’un accord soit alors scellé. Cependant, logique et politique ne font pas toujours bon ménage, et le président Trump est tout sauf un président conventionnel.

Les placements, une question de chiffres plus que de «mots-clics»

L’économie poursuit sa croissance, les sociétés engrangent des profits, et les taux d’intérêt sont bas et le resteront dans un avenir prévisible. Voilà pourquoi nous continuons de surpondérer les actions.

Sur le plan tactique, nous sous-pondérons les placements des marchés émergents, mais demeurons convaincus que sur les dix prochaines années, leur rendement sera relativement bon, et nous continuons de prévoir une croissance économique supérieure sur ces marchés.

Malgré la tragi-comédie que crée au quotidien cette guerre commerciale par tweets interposés, il importe de fonder nos actions sur des faits. Les deux grandes puissances économiques du monde, les États-Unis et la Chine, suivent une trajectoire de collision depuis un certain temps déjà et la situation actuelle n’a donc rien d’étonnant. La manière dont se joue cette partie, d’hyperbole en hyperbole et sous le regard du public, a cependant de quoi surprendre.

Si vous vous inquiétez des conséquences des tensions commerciales sino-américaines sur votre portefeuille, vous pouvez compter sur votre conseiller MD pour s’en remettre aux faits et vous dresser un exposé de la situation réelle.

A propos de l'auteur

Patrick Ercolano

Patrick Ercolano, CFA, MBA, est un ancien gestionnaire de portefeuille principal au sein de l’équipe Gestion de placements et stratégie chez Gestion financière MD. Il supervisait les mandats de répartition stratégique et tactique de l’actif et les fonds communs de placements non traditionnels. Il était aussi membre du Comité de répartition tactique et du risque de MD.

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