États-Unis : freiner la hausse vertigineuse des prix des médicaments

October 23, 2019 Edward Golding

Tant au Canada qu’aux États-Unis, le contrôle des coûts des médicaments sur ordonnance est un enjeu électoral, d’autant que les États-Unis ont une influence disproportionnée sur le marché pharmaceutique mondial (1,2 billion de dollars).

Après avoir assoupli la réglementation des secteurs du charbon et du pétrole, l’administration américaine actuelle a une attitude qui tranche avec l’industrie pharmaceutique. La Maison blanche a fait du contrôle des prix des médicaments une de ses priorités.

Dans un point de presse décousu en juillet dernier, le président Trump a laissé entendre qu’il s’apprêtait à émettre une ordonnance présidentielle qui obligerait les sociétés pharmaceutiques à offrir les meilleurs prix aux programmes fédéraux américains en vertu de la clause de nation la plus favorisée.

« Pourquoi certains pays, comme le Canada... paient beaucoup moins que nous pour leurs médicaments? Le secteur pharmaceutique profite du système depuis longtemps... »

À la recherche d’une solution simple à un problème complexe

L’augmentation constante des prix des médicaments à un rythme supérieur à celui de l’inflation étrangle les électeurs, (oups!) les patients, et est un des rares sujets sur lesquels républicains et démocrates s’entendent.

En raison de la guerre du lobbying entre les pharmaceutiques, les assureurs, les hôpitaux et les gestionnaires de l’assurance-médicaments, toute intervention en ce domaine représente un défi colossal.

Aux États-Unis, la plupart des listes de médicaments assurés sont gérées par des intermédiaires et des assureurs privés. Les coûts de nombreux programmes fédéraux de prestations pharmaceutiques ne sont pas assumés par l’administration. Le système est opaque : les prix courants des fabricants font l’objet de négociations et d’ententes confidentielles prévoyant des rabais et des ajustements, un peu comme dans l’industrie automobile.

Malgré les efforts des législateurs, le dossier n’avance pas

Un projet bipartisan de réforme du mode de fixation des prix de vente des médicaments aux personnes âgées et aux programmes publics a été présenté au Comité des finances du Sénat en juillet dernier. Certains lobbyistes y voient un complot socialiste qui coupera les ailes des sociétés pharmaceutiques dans la recherche de médicaments!

La présidente de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, a présenté le mois dernier (septembre 2019) un plan encore plus ambitieux qui créerait deux pouvoirs clés pour contrôler les prix des médicaments.

Premièrement, le secrétaire d’État à la Santé et aux Services sociaux (HHS) aurait le pouvoir de négocier à la fois pour le régime Medicare et pour le marché privé les prix de plus de 250 médicaments de marque les plus onéreux pour lesquels il n’existe pas d’équivalent générique ni de biosimilaire.

Deuxièmement, les prix de tous les médicaments sur ordonnance (plutôt que les 250 les plus chers) couverts par le régime Medicare seraient contrôlés. Toute augmentation supérieure au taux d’inflation serait récupérée par le Département du Trésor.

Les investisseurs et le coût de l’incertitude

On s’attend actuellement à des changements, même si on ignore leur nature et le moment où ils surviendront. Les investisseurs s’efforcent entretemps d’anticiper leur effet sur l’industrie et sur le cours des titres pharmaceutiques.

Le point de vue le moins consensuel qui ressort de nos recherches est qu’il y a autant de chances que le Congrès adopte un contrôle quelconque des prix des médicaments avant les élections de 2020 qu’après. La majorité des investisseurs penchent plutôt pour après le scrutin.

Dans un cas comme dans l’autre, l’incertitude gâche l’appétit des investisseurs pour ce secteur. Le rendement des titres pharmaceutiques américains est resté à presque 11 % sous celui de l’indice S&P au cours des 12 derniers mois.

Actions en baisse, mais marges bénéficiaires encore attrayantes

Les titres pharmaceutiques se négocient à un ratio cours-bénéfice d’environ 13,6 fois le bénéfice prévu de 2020, ce qui est nettement inférieur au ratio de 15,5 d’il y a un an.

Nous pensons que les ventes du secteur connaîtront une croissance autour de 4,8 % en 2019 et de 6,9 % en 2020. Les marges bénéficiaires devraient aussi rester solides à environ 38 % en 2019 et 2020.

Par ailleurs, même si le projet de loi était adopté tel quel par le Congrès, nos portefeuilles ne comptent que quelques titres pharmaceutiques (Johnson & Johnson et Pfizer,). Selon une analyse des dépenses consacrées aux médicaments, ces deux entreprises tirent de 10 % à 15 % de leurs revenus de médicaments dont le prix pourrait être revu à la baisse.

Aucun bouleversement en vue dans votre portefeuille

Que les États-Unis adoptent des mesures pour réduire les prix des médicaments avant ou après les élections de 2020, nous pensons que l’incertitude continuera de peser sur la valeur des titres pharmaceutiques jusqu’à ce que la question soit réglée par le Congrès.

Le Fonds collectif d’actions américaines sous-pondère actuellement le secteur pharmaceutique et selon nos analyses, l’exposition au risque des sociétés dont nous détenons des actions est limitée. Johnson & Johnson est particulièrement résiliente aux pressions réglementaires et a déclaré un bénéfice supérieur aux attentes au troisième trimestre de 2019 en plus de revoir à la hausse ses prévisions du bénéfice par action.

Nous continuons de surveiller la situation, mais dans le contexte plus large des innovations en émergence dans le secteur des soins de santé. En limitant nos placements aux chefs de file du marché et aux entreprises du secteur de la santé qui s’efforcent de répondre aux besoins à venir ou non comblés, nous assurons la diversification des portefeuilles pour qu’ils résistent mieux aux perturbations tout en nous en tenant à notre principe d’achat et de détention à long terme.

A propos de l'auteur

Edward Golding

Edward Golding, CFA, MBA, est gestionnaire de portefeuille au sein de l’équipe Gestion de placements chez Gestion financière MD. Il est responsable des fonds communs et collectifs de titres canadiens, de dividendes et d’actions américaines de MD.

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