Pourquoi je rejette les scénarios baissiers pour le dollar américain et l’euro

July 30, 2019 Rachael Moir

           

Voici la traduction d’un article de Rachael Moir publié dans Le Globe and Mail.

Pourquoi je rejette les scénarios baissiers pour le dollar américain et l’euro

Rachael Moir est analyste en placement quantitatif au sein de l’équipe Gestion de placements et stratégie de Gestion financière MD. Elle assume la responsabilité des mandats de répartition stratégique et tactique de l’actif et de gestion des placements non traditionnels.

La course vers le bas

Les tensions commerciales et la croissance incertaine continuent de pousser les banques centrales à réduire leurs taux directeurs, d’où la course vers le bas des taux d’intérêt et des devises, alors que la Réserve fédérale s’apprête à assouplir sa politique dès juillet.

Il n’est donc pas étonnant, malgré l’indépendance théorique des banques centrales, que le président des États-Unis, Donald Trump, et l’Union européenne aient nommé à la direction de la Réserve fédérale et de la Banque centrale européenne (BCE) des candidats ouvertement favorables à l’assouplissement monétaire.

La question à savoir si ces nominations politisent ou non les banques centrales se pose, surtout quand les candidats ont un passé en politique, mais il reste qu’elles ne justifient pas à notre avis une position courte sur l’euro ou la remise en question du potentiel haussier du dollar américain.

Potentiel haussier de l’euro

Si la présidente actuelle du Fonds monétaire international, Christine Lagarde, remplace bien Mario Draghi à la tête de la BCE le 31 octobre prochain, elle maintiendra vraisemblablement la politique actuelle en y ajoutant des mesures de stimulation, si la situation l’exige.

Lagarde arrivera en poste à un point du cycle où les perspectives de la zone euro souffrent de la comparaison avec celles de la plupart des pays développés, avec un taux de croissance sur un an qui s’est stabilisé à 1,2 % au premier trimestre, d’où le maintien probable d’une politique monétaire accommodante.

Pourtant, on voit des signes de potentiel haussier à court terme pour la monnaie unique.

D’une part, si la conjoncture se détériore, l’arsenal de Lagarde pour stimuler l’économie sera limité. D’autre part, après un début d’année difficile, l’économie de la zone euro (exception faite du secteur manufacturier) est assez résiliente et les marchés ont déjà intégré les attentes négatives. Tout regain surprise pourrait stimuler l’euro et rendre plus attrayante la prise d’une position courte sur d’autres devises.

Position courte sur le yen

Le yen japonais est l’une de ces devises, et nous avons d’ailleurs décidé récemment de le sous-pondérer.

Notre opinion sur le cycle économique n’a pourtant pas changé. Nous pensons depuis un certain temps que le yen va se déprécier par rapport aux autres devises du G10 en raison des perspectives de croissance qui demeurent sombres et du ratio des prix à l’exportation sur les prix à l’importation des produits de base (termes de l’échange).

La faiblesse des taux d’intérêt s’inscrit dans une tendance lourde et persistante au Japon. Le maintien de très bas taux d’intérêt est l’un des trois axes de « l’abenomie », la politique qu’applique le premier ministre japonais Shinzō Abe depuis décembre 2012 (stimulation monétaire, relance budgétaire et réformes structurelles). Cette persistance nous porte à croire que la Banque du Japon empêchera toute appréciation excessive du yen.

Toutefois, l’anémie extrême des taux de rendement limite la capacité de la banque centrale d’assouplir encore sa politique monétaire, ce qui explique que nous n’ayons pas pris de position courte sur le yen jusqu’ici, alors que nous avons une importante position courte sur la livre sterling, par exemple.

Sur le plan structurel, le statut de valeur refuge du yen s’avère utile dans un contexte de tensions géopolitiques. Depuis le Sommet du G20 au Japon, toutefois, les tensions entre la Chine et les États-Unis se sont apaisées et les marchés privilégient à nouveau les stratégies de portage, qui favorisent les devises à taux plus élevés. La diminution de la demande de valeurs refuges nous a donné la possibilité de sous-pondérer le yen au début de juillet.

Scénario haussier pour le dollar américain malgré les nominations à la réserve fédérale

Dans cette course vers le bas, le président Trump, qui souhaite des taux d’intérêt plus bas pour réduire la valeur du dollar américain, a nommé comme candidats au Conseil de la Réserve fédérale Judy Shelton, son ancienne conseillère économique, et Christopher Waller, directeur de la recherche à la banque régionale de St. Louis de la Réserve fédérale, deux personnes connues pour leur penchant pour l’accommodement monétaire. Leur nomination devrait être sans effet sur les taux d’intérêt, ce qui explique notre point de vue sur le billet vert.

Nous pensons que la Réserve fédérale préservera son indépendance malgré les boulets rouges tirés par Trump sur la politique monétaire.

Un assouplissement radical de la politique reste donc peu probable. Les marchés ont déjà intégré une baisse prévisible des taux d’au moins 25 points de base le 31 juillet, baisse qui pourrait aller jusqu’à 50 points de base. Avec 224 000 emplois créés aux États-Unis en juin et un taux de chômage de 3,7 % (ce qui est très près du plancher des 50 dernières années), l’économie américaine reste plus dynamique que celle des autres pays du G10; une baisse de 50 points de base est donc hautement improbable.

Même si le président de la Réserve fédérale, Jerome Powell, a récemment annoncé de nouvelles mesures d’assouplissement en juillet, nous pensons qu’il se limitera à la baisse de 25 points déjà entièrement intégrée.

L’assouplissement de la politique monétaire américaine rétrécira le différentiel de taux avec la zone euro, mais seulement temporairement. En effet, l’appréciation de l’euro dans le contexte d’une économie déjà fragilisée ferait courir à la zone euro un risque plus grand que ne le ferait un dollar vigoureux pour l’économie américaine, et la BCE interviendrait donc rapidement.

Les autres banques centrales réagiraient aussi, ce qui ramènerait les différentiels de taux d’intérêt à des niveaux favorables au dollar américain, d’où le maintien de notre scénario haussier.

A propos de l'auteur

Rachael Moir

Rachael Moir est analyste en placement quantitatif au sein de l’équipe Gestion de placements et stratégie chez Gestion financière MD. Elle travaille aux mandats de répartition stratégique et tactique de l’actif et de gestion des placements non traditionnels. Elle participe également aux travaux du Comité du risque et de la répartition tactiques de MD.

Plus de contenu de Rachael Moir
Vidéo précédente
Été 2019 : Nos perspectives macroéconomiques demeurent optimistes
Été 2019 : Nos perspectives macroéconomiques demeurent optimistes

Au deuxième trimestre de 2019, les marchés mondiaux ont maintenu l’élan du premier trimestre. Nous restons ...

Article suivant
De la Tesla aux tondeuses, ou pourquoi vous devriez investir dans les batteries
De la Tesla aux tondeuses, ou pourquoi vous devriez investir dans les batteries

Découvrez pourquoi notre Fonds d’occasions stratégiques MD carbure désormais aux batteries et aux piles ion...

×

Abonnez-vous à notre infolettre

J’autorise Gestion financière MD (y compris Gestion financière MD inc., Gestion MD limitée, la Société de fiducie privée MD, la Société d’assurance vie MD et l’Agence d’assurance MD limitée), La Banque de Nouvelle-Écosse et les autres membres du groupe d’entreprises de la Banque Scotia (les « membres de la Banque Scotia ») à me faire parvenir par messages électroniques (courriels et messages texte) des renseignements au sujet de leurs produits et services, de leurs offres, de leurs événements et d’autres renseignements pertinents y compris des renseignements sur les produits et services d’autres partenaires de confiance de la Banque Scotia susceptibles de m’intéresser. Ce consentement est sollicité par Gestion financière MD et chaque membre de la Banque Scotia, y compris toute entité qui pourr
!
Merci
Error - something went wrong!