La libra de Facebook pourrait changer la donne selon Virgo

August 2, 2019 James Virgo

           

Facebook a présenté au monde sa nouvelle cryptomonnaie stable baptisée « libra ». Cette nouvelle création fascinante intrigue autant qu’elle dérange.

La libra pourrait pourtant ne jamais voir le jour, car le projet de Facebook se heurte au scepticisme des organismes de réglementation et des banques centrales. Cela dit, si le projet suit le cours normal et surmonte tous les obstacles réglementaires, il pourrait transformer radicalement les pratiques en matière de paiement.

Les garanties sont déterminantes

Selon Facebook, contrairement à d’autres cryptomonnaies, la libra sera, grâce à l’Association Libra, entièrement adossée à des actifs réels comme des dépôts bancaires et des titres de créance d’État à court terme émis par des banques centrales stables. En comparaison, la valeur du bitcoin dépend de la demande pour le nombre fixe de bitcoins en circulation (et de la spéculation).

Selon l’Association, ce sont ces actifs détenus en réserve qui distinguent la libra des autres monnaies virtuelles. Les intérêts qu’ils généreront couvriront les coûts du système, limiteront les frais de transaction et permettront de verser des dividendes aux investisseurs qui auront acheté des jetons pour réunir les capitaux nécessaires à la création du nouvel écosystème.

Ces jetons sont offerts aux membres fondateurs de l’Association qui assurera le fonctionnement du réseau. Chaque membre fondateur doit investir au minimum 10 millions de dollars, chaque tranche de 10 millions de dollars d’investissement donnant droit à un vote au conseil de l’Association Libra.

Libra : des appuis de taille

L’Association Libra a été créée pour promouvoir, développer et faire grandir le réseau; pour gérer les actifs de réserve et, peut-être le plus important, pour distancer la nouvelle cryptomonnaie de Facebook et de ses antécédents en matière de contrôle des données et de protection des renseignements personnels.

Facebook et l’Association espèrent convaincre environ 100 membres fondateurs d’ici la date du lancement au premier semestre de 2020. Parmi ceux qui ont déjà répondu à l’appel, mentionnons Visa et Mastercard, plusieurs sociétés de technologie et de marché comme Uber, des sociétés de télécommunications comme Vodafone, des sociétés de chaînes de blocs, des sociétés de capital de risque et des organisations universitaires et sans but lucratif comme Kiva et Women's World Banking.

Scepticisme, banques centrales et organismes de réglementation

Outre la protection de la vie privée, le développement de la libra fait tiquer de nombreux acteurs du marché, car Facebook cherche à créer une nouvelle monnaie à cours forcé sur laquelle aucune banque centrale n’exercera un contrôle. La gestion de l’inflation ou de la politique monétaire pourrait donc échapper aux autorités, parce que la libra serait apatride (l’Association Libra est cependant installée en Suisse).

Si la libra connaît du succès, elle pourrait gruger les réserves bancaires et causer de nombreux problèmes. Malgré son intention affirmée de vouloir collaborer avec les organismes de réglementation (dont le nombre est si élevé qu’il semble irréaliste de penser que les promoteurs de la monnaie répondront à toutes les exigences), Facebook pousse un peu le bouchon.

Deux approches sont possibles : Facebook pourrait adopter le modèle Uber et lancer sa monnaie pour s’attaquer ensuite aux problèmes de réglementation ou alors collaborer pour trouver des solutions avant le lancement. La rumeur veut que Facebook choisisse la deuxième et collabore vraiment avec les organismes de réglementation pour aplanir les obstacles. Nous verrons bien.

Utilisations futures du Libra

Même s’il est difficile d’imaginer une utilisation répandue de la libra au quotidien, dans les années 1970, bien des gens pensaient de même des cartes de crédit. Plus de 900 000 petites entreprises sont actives sur la plateforme de Facebook qui compte plus de 2 milliards d’utilisateurs dans le monde. La possibilité que Facebook réussisse à démocratiser les cryptomonnaies est donc bien réelle.

Avant même sa mise en circulation, de sérieux problèmes de confiance minent le lancement de la nouvelle monnaie, mais sa notoriété est déjà grande. Seul le bitcoin est plus connu que la libra.

Les usagers potentiels doivent savoir que même si la libra est adossée à des actifs, et théoriquement plus stable que les autres cryptomonnaies de ce fait, les soldes ne sont pas garantis comme le sont les soldes bancaires. La libra ne génère pas d’intérêts et les usagers n’ont pas droit au rendement des réserves. Comme outil de paiement (à frais minimes!), la libra est intéressante, mais dans sa forme actuelle, elle n’est ni un instrument de placement ni une solution intéressante pour remiser temporairement des sommes importantes.

Possibilités et risques des technologies « de rupture »

De nombreux et formidables obstacles devront être aplanis avant la mise en circulation de la libra. Les gouvernements et décideurs politiques pourraient notamment compliquer son développement au point d’empêcher son fonctionnement. Reconnaissons toutefois que Facebook est un promoteur exceptionnel.

Le projet de la libra constitue un outil de développement fascinant pour Facebook. Que le lancement réussisse ou non, il démontre que l’entreprise s’efforce d’exploiter sa plateforme mondiale pour créer une nouvelle source de revenus. L’entreprise a déjà développé Calibra, un porte-monnaie numérique conçu pour fonctionner de pair avec la libra.

Le succès éventuel de la libra fera des gagnants et des perdants. Le portefeuille de l’avenir pourrait être complètement différent. Les retombées seront majeures pour Facebook, pour l’industrie des paiements et pour le secteur bancaire en général, entre autres joueurs.

Nous pensons que les innovations de rupture comme la libra constituent un argument de poids en faveur de la gestion active et ouvrent bien des possibilités. La création du réseau associé propulsera certaines entreprises vers les sommets et sapera complètement les bases d’autres.

Ce principe est bien connu dans le monde des placements. À la fin des années 1990, les investisseurs ont bénéficié d’occasions incroyables sous la forme de sociétés Internet en gestation comme Amazon. Mais l’inverse est aussi vrai. Certains sont restés coincés avec des actions de la défunte société Blockbuster Entertainment (qui a déjà pourtant été considérée comme un titre essentiel dans tout portefeuille).

Tout comme les décideurs politiques, les gestionnaires de placements suivront avec attention le développement de Facebook et de la libra et prendront leurs décisions en conséquence.

Nos portefeuilles gérés activement (sauf le Fonds collectif indice S&P 500 GPPMD qui contient des actions de Facebook) ne contiennent actuellement pas d’actions de Facebook ni aucune cryptomonnaie, y compris la libra. Nous continuons de surveiller les développements en cours pour atténuer tous les risques et tirer parti des occasions qui se présenteront. Pour plus de renseignements, nous vous invitons à communiquer avec votre conseiller MD.

A propos de l'auteur

James Virgo

James Virgo, CFA, CFP, MBA, est vice-président et responsable national de Conseils en placement privés MD (CPPMD), une division de Gestion financière MD. Il supervise les pratiques et la prestation de conseils en placement pour l’ensemble de CPPMD.

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