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Les malheurs financiers d’Evergrande

Depuis la fin de septembre, la situation du promoteur immobilier chinois Evergrande fait couler beaucoup d’encre dans les grands médias et crée de la volatilité sur les marchés boursiers mondiaux.

Qu’en est-il au juste? Qu’est-ce qui cause cet émoi sur les marchés boursiers? Devriez-vous vous en inquiéter? Comme Evergrande n’est pas très connu au Canada, quelques explications s’imposent.

Qu’est-ce qu’Evergrande?

Evergrande est l’un des plus importants promoteurs immobiliers en Chine. Son empreinte géographique et économique est énorme en Chine. Evergrande compte en effet des milliers de filiales et de projets dans toutes les provinces chinoises. Elle compte aussi des filiales dans des secteurs très loin de l’immobilier, notamment Evergrande New Energy Vehicle Group, un fabricant de véhicules électriques.

Le problème? Les sources d’argent facile se sont taries.

Dans ses rapports les plus récents (déposés le 30 juin 2021), Evergrande a fait état dans son bilan de passifs de près de 2 billions de RMB (375 milliards de dollars canadiens). Selon certaines estimations, les engagements hors bilan de l’entreprise sont encore plus imposants. C’est environ 2 % du produit intérieur brut de la Chine!

À la colonne des actifs, le bilan d’Evergrande fait état de stocks de 1,4 billion de RMB, et de liquidités et de placements à court terme de seulement 88 milliards de RMB. Même si, selon les règles comptables, les stocks peuvent être comptabilisés comme un actif à court terme, des appartements en chantier dans la banlieue d’une obscure ville chinoise peuvent difficilement être considérés comme des liquidités (même si Evergrande tente de satisfaire ses créanciers en leur en offrant).

Le modèle d’affaires d’Evergrande fonctionne dans la mesure où les liquidités entrent plus rapidement qu’elles ne sortent, le contraire entraînant un risque de liquidité évident. Evergrande a donc emprunté à un peu tout le monde (banques, marchés obligataires, clients, fournisseurs et employés) pour se maintenir à flot.

L’administration chinoise connaît depuis longtemps les risques du surendettement dans le secteur immobilier et a commencé à fermer le robinet pour les promoteurs. En 2020, les autorités leur ont imposé « trois lignes rouges » en matière d’endettement : ratio du passif à l’actif inférieur à 70 %, ratio du passif aux fonds propres inférieur à 100 % et ratio des liquidités à la dette à court terme supérieur à 100 %. Evergrande les a toutes franchies.

Elle n’est pas seule à éprouver des problèmes de liquidités. D’autres promoteurs chinois se trouvent dans la même situation, dont Fantasia Holdings.

Evergrande est-elle vraiment une « affaire Lehman » à la sauce chinoise?

Nous surveillions Evergrande avant que la volatilité ne gagne les marchés. Son rôle dans la situation sur les marchés n’est en grande partie qu’anecdotique. Pourtant, les médias n’ont pas tardé à parler de « moment Lehman » pour la Chine. En toute justice, presque tous les articles publiés font valoir, à bon droit, que tel n’est pas le cas.

À l’époque, l’effondrement de Lehman Brothers avait surpris pratiquement tout le monde. Lehman était perçue comme une contrepartie fiable et bien des acteurs du marché n’exigeaient d’elle aucune garantie, car ils sous-estimaient grandement le risque. La faillite a donc eu un effet domino dans le système financier, de multiples contreparties mal préparées ayant essuyé de lourdes pertes.

Les difficultés d’Evergrande sont quant à elle bien connues. Ses investissements ont toujours été considérés comme risqués. Dès 2009, ses obligations étaient vues comme des titres de pacotille. MD ne possède aucun titre émis par Evergrande, tout simplement à cause du risque élevé qu’ils représentent et des perspectives de rendement limitées. Il est à espérer que les investisseurs (fonds de couverture et fonds d’obligations à rendement élevé) avaient aussi compris les risques et s’étaient positionnés en conséquence.

La situation d’Evergrande ne menace pas vraiment, du moins directement, le système financier mondial. Les éventuels grands perdants sont plutôt les banques et créanciers chinois de l’entreprise, dont de nombreux citoyens chinois ordinaires. C’est notamment le cas des personnes qui ont payé pour des appartements inachevés, et des ouvriers et entrepreneurs qui demeurent à ce jour impayés.

Une implosion désordonnée d’Evergrande est peu probable

Nourrissant de grandes ambitions de prospérité commune et brûlant du désir de démontrer la force de leur système de gouvernance, les autorités chinoises ne permettront sûrement pas que se produise une crise financière désordonnée. Elles disposent à cet égard de tous les leviers requis : des promoteurs d’État, qui peuvent reprendre au pied levé les projets inachevés, et des banques d’État, qui peuvent reconduire la dette.

Personne ne se demande vraiment si Beijing va ou peut agir pour préserver la stabilité financière, mais plutôt comment les autorités rétabliront l’équilibre financier et la stabilité sociale. Comment l’administration chinoise peut-elle maintenir fermement son engagement à en finir avec l’aléa de moralité qui, à maints égards, explique les investissements immobiliers excessifs actuels en Chine, y rendant l’accès à la propriété inabordable?

Cela étant dit, tout semble se dérouler comme prévu. L’administration s’assure qu’Evergrande termine les projets en cours et paie les sommes dues sous la forme de produits financiers vendus à des particuliers chinois. Les banques d’État se sont précipitées pour éviter toute aggravation de la crise de liquidités. L’une d’entre elles a même acheté une participation dans la banque d’Evergrande. Toutes les opérations sur les titres d’Evergrande ont été suspendues le 4 octobre dernier.

Nous sommes d’avis que les répercussions de cette affaire seront circonscrites en Chine et qu’il serait étonnant qu’elle dégénère au point de causer un problème systémique d’envergure mondiale.

Exposition indirecte

Même si nous ne détenons aucune position dans Evergrande, nous sommes néanmoins indirectement exposés à sa chute potentielle. Nous détenons en effet des positions dans d’autres sociétés en Chine ou sur des marchés émergents. Les effets possibles sur la croissance à long terme de la Chine ne sont pas à négliger et nous continuerons de les évaluer, car l’économie chinoise est fortement tributaire du développement immobilier.

Le Fonds collectif d’actions de marchés émergents GPPMD est notre fonds le plus exposé compte tenu des catégories de titres qu’il cible. Il est sous-pondéré en titres immobiliers chinois (aucune position dans Evergrande), mais surpondéré en titres du secteur des services financiers. Nous détenons plus particulièrement des actions de banques chinoises exposées à des pertes éventuelles, voire probables, dans l’affaire Evergrande. Cela étant dit, le risque d’endettement excessif en Chine est bien connu, d’où les évaluations sectorielles fortement réduites.

Ainsi, la China Construction Bank, dont le poids relatif dans le Fonds collectif est de 1,5 %, se négocie à 4 fois les bénéfices projetés et offre un rendement en dividendes de plus de 7 %.1 En comparaison, les banques canadiennes se négocient actuellement aux environs de 10 à 12 fois les bénéfices projetés.1 Une décote de cette ampleur crée un important coussin de sécurité en cas de coup dur.

Les obligations de marchés émergents libellées en monnaie locale sont également surpondérées dans le Fonds collectif stratégique de rendement GPPMD. Toutefois, dans le portefeuille d’obligations chinoises, les obligations d’État font contrepoids aux obligations de sociétés, et l’affaire Evergrande serait sans effet sur les premières.

En plus de l’exposition à Evergrande, nous gérons, sur le plan tactique, notre exposition aux marchés boursiers régionaux. Sur ce plan, nous sous-pondérons les actions de marchés émergents par rapport à celles des marchés développés.

Pour plus de renseignements, nous vous invitons à communiquer avec votre conseiller MD*.

1 Au 15 octobre 2021.

* « Conseiller MD » désigne un conseiller financier de Gestion MD limitée (au Québec, un conseiller en placement).

L’information ci-dessus ne doit pas être interprétée comme des conseils professionnels en placements ou d’ordre financier, fiscal, juridique, comptable ou de nature similaire applicables en contexte canadien ou étranger, et elle ne saurait en aucun cas remplacer les conseils d’un fiscaliste, d’un comptable ou d’un conseiller juridique indépendant.

À propos de l'auteur

Mark Fairbairn, CFA, B.Ing., est vice-président adjoint au sein de l'èquipe Gestion multiactif chez Gestion financière MD. Il est responsable des fonds communs et collectifs d’actions non nord-américaines ainsi que du volet de superposition des devises des fonds d’actions.

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