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Épisode 17 : Raisons de l’incompatibilité entre les cryptomonnaies comme Bitcoin et nos principes de placement

Jean-François Bordeleau, gestionnaire de la pratique professionnelle en placement, Mark Fairbairn, vice-président adjoint et gestionnaire de portefeuille et Craig Maddock, vice-président et gestionnaire de portefeuille principal de Gestion financière MD discutent des cryptomonnaies dans le contexte des principes de placement de MD.

 

 

*Il peut s’écouler jusqu’à 24 heures avant que l’épisode ci-dessus figure dans vos favoris.

Avertissements juridiques et transcription intégrale ci-dessous.

Le balado de L’Analyste MD est actuellement offert en anglais seulement.

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Dans l’épisode 17 du balado L’Analyste MD, nous discutons des cryptomonnaies avec trois experts en placement de MD : Jean-François Bordeleau, gestionnaire principal de la pratique professionnelle en placement, Mark Fairbairn, vice-président adjoint et gestionnaire de portefeuille et Craig Maddock, vice-président et gestionnaire principal de portefeuille. Il a été question de la pertinence des cryptomonnaies en tant que placement et de la nature réelle des cryptomonnaies : monnaie ou placement? Nous avons aussi discuté des plus récentes nouvelles à leur sujet et des nouveaux développements, de l’activité récente sur les marchés et des mesures des décideurs. Enfin, le dernier point, mais pas le moindre : les cryptomonnaies sont-elles compatibles avec les principes de placement de MD?

Les cryptomonnaies comme Bitcoin sont-elles vraiment des monnaies?

Craig Maddock [1:01] La question est intéressante. Personnellement, Alex, je ne suis pas convaincu de la pertinence de ce fait, mais selon l’Agence de la consommation en matière financière du Canada ou de la Banque du Canada, il s’agit d’argent électronique. La Banque du Canada précisera probablement que seuls les billets de banque ou les pièces de monnaie frappées par une autorité officielle ont cours légal et sont par conséquent, considérés comme une monnaie officielle au Canada. Toutefois, reconnaissons-le, il est possible aujourd’hui de faire des paiements au moyen d’un large éventail d’outils électroniques : cartes de crédit, cartes de débit, PayPal et autres technologies qui, sans avoir cours légal, fonctionnent comme une monnaie.

J’ajouterais qu’à certains égards, vues sous cet angle, les cryptomonnaies sont [comme] des monnaies, servent de monnaie ou présentent les caractéristiques d’une monnaie. En y pensant bien, deux grands facteurs doivent être pris en compte à propos des cryptomonnaies. D’abord, sont-elles un moyen d’échange? Est-il possible concrètement de faire quelque chose avec une cryptomonnaie, de la transporter, de l’échanger contre des biens? Ce genre de choses. Ensuite intervient la question de l’évaluation. Que valent les cryptomonnaies?

Personnellement, je les considère comme un système de paiement décentralisé ou une réserve de valeur, au même titre que nous considérons actuellement les banques, ou encore l’espace sous notre matelas, comme un lieu pour stocker notre argent. Dans la mesure où il est question d’un moyen décentralisé de stocker son argent, mais sans le même niveau de sécurité, on peut étendre l’analogie à un porte-monnaie ou un portefeuille. Tous ces systèmes fonctionnent. Maintenant, s’il est question d’argent numérique, les cryptomonnaies offrent les mêmes caractéristiques. Vu sous cet angle, on ne peut donc pas affirmer que ce ne sont pas des monnaies puisqu’elles possèdent certaines caractéristiques que l’on attribue normalement à une monnaie comme s’en servir pour acheter ou vendre des biens.

Leur utilisation est plus complexe que celle des monnaies standard auxquelles les gens sont habitués. Il y a, je pense, quelque 160 monnaies officielles qui ont cours légal à travers le monde actuellement. Avions-nous vraiment besoin d’en ajouter? Les cryptomonnaies facilitent-elles les choses? Avons‑nous besoin de plusieurs milliers de nouvelles monnaies? Je ne comprends pas vraiment le problème que l’on tente de régler au moyen des cryptomonnaies. Cependant, force est de reconnaître qu’à certains égards, ce sont bien des monnaies.

La chose la plus importante est probablement l’évaluation et la stabilité des cryptomonnaies. Sur ce point, elles présentent certainement des lacunes, à tout le moins certaines d’entre elles. Quelques nouvelles cryptomonnaies sont dites « stables » parce leur valeur est arrimée à des actifs sous-jacents. Je pense que ce concept est très intéressant et revêt peut-être un certain potentiel de croissance. Mais dans le cas des cryptomonnaies à valeur flottante, dont la valeur est inconnue, il devient difficile de parler de véritables monnaies.

Prenons un exemple très simple. Supposons un instant que vous avez acheté des « Dogecoins » qui se négocient à 0,325 $ US. Théoriquement, il vous faudra 15 Dogecoins pour acheter un sachet de lait. Pourtant, si en janvier dernier, votre épicerie avait fixé le prix du lait en Dogecoins, il vous aurait probablement fallu 1 000 Dogecoins pour acheter ce même sachet de lait. Maintenant, continueriez-vous d’utiliser vos Dogecoins aujourd’hui pour vous procurer le même sachet de lait si celui-ci vous était vendu 1 000 Dogecoins? Probablement pas parce que vous vous trouveriez alors à le payer 300 $ US. Voilà donc une illustration très claire du problème de fond des cryptomonnaies, dans la mesure où l’objectif est de s’en servir comme d’une monnaie. L’ampleur des fluctuations de leur valeur est contraire à ce qu’on attend généralement d’une monnaie. Elles ne sont pas un moyen d’échange ni un instrument de stockage de valeur très utile, parce qu’on ne sait jamais si leur valeur va augmenter ou, malheureusement, diminuer considérablement.

Jean-François Bordeleau [3:53] Oui, je pense Craig que vous avez mis le doigt sur le problème. Et si je peux simplifier un peu, il faut à mon avis se poser la question suivante : les cryptomonnaies ont-elles en général cours légal dans le monde? Les considérons-nous comme des monnaies ayant cours légal? À mon avis, la réponse se rapproche davantage du non que du oui.

Sont-elles un moyen d’échange, de faire du troc, d’obtenir une autre chose en contrepartie? Si votre définition d’une monnaie se limite à cela, alors le Bitcoin et toutes les autres cryptomonnaies répondent probablement à ce critère. Toutefois, contrairement aux monnaies traditionnelles, les facteurs fondamentaux qui influent sur leur valeur sont flous. Au bout du compte, ce que je retiens, c’est que le sens que l'on donne au mot « monnaie » est déterminant pour établir si le Bitcoin en est une ou non.

Mark Fairbairn [4:33] Oui. J’ajouterais aussi une nuance importante sur l’utilisation des cryptomonnaies. Sur le plan fiscal, on peut faire valoir que les cryptomonnaies sont davantage assimilables à un bien qu’à une monnaie. Donc, si vous réglez un achat au moyen d’une cryptomonnaie, vous effectuez en fait une opération susceptible de générer un revenu imposable, en l’occurrence le bénéfice que vous avez généré en échangeant cette cryptomonnaie, c.-à-d. la différence entre le prix que vous avez payé pour l’obtenir et la valeur des biens que vous avez obtenus au moyen de celle-ci. Un tel résultat est impossible lorsque vous utilisez une monnaie ayant cours légal. Si vous achetez un bien en dollars canadiens ou en dollars américains, c’est simplement une transaction. Toutefois, si vous achetez un bien au moyen de Bitcoins, vous vous trouvez concrètement à vendre des Bitcoins à une autre personne comme moyen de paiement. Vous devez déduire le coût d’achat des Bitcoins et déclarer la différence sur votre déclaration de revenus, ce qui ajoute au coût de la transaction.

Jean-François Bordeleau [5:13] C’est un peu comme si vous troquiez une peinture de maître pour un autre bien. Il vous faudrait alors faire expertiser la peinture pour connaître sa valeur et payer l’impôt sur la différence entre sa valeur actuelle et son prix à l’achat, etc. C’est bien vrai, je n’avais pas pensé à cela Mark. Bon point!

Quels sont les mérites des cryptomonnaies?

Mark Fairbairn [5:32] Bien sûr. Je pense que leur principal mérite, si on analyse bien la situation, est qu’elles permettent de faire des transactions sur un réseau très décentralisé. Sans égard à votre opinion sur le Bitcoin ou sur les mérites de son évaluation sous-jacente, il est vrai qu’il est couramment accepté et qu’il existe même des contrats à terme fondés sur le Bitcoin. Chaque jour, des cryptomonnaies d’une valeur de centaines de millions de dollars changent de mains sur un réseau entièrement décentralisé qui n’est associé à aucune entité financière établie ayant en place un réseau.

Alors, dans cette optique, il est vrai que les cryptomonnaies facilitent les transactions transfrontalières et en réduisent les coûts. Tous les efforts déployés visent justement à créer ce genre d’environnement, à établir un climat de confiance. Le système financier existant ou « traditionnel » comprend beaucoup de mesures de vérification et de poids et contrepoids qui assure la sécurité des opérations, mais ces mesures ralentissent les transactions et en augmentent les coûts.

Par conséquent, si on doit trouver un certain mérite aux cryptomonnaies, je pense qu’à tout le moins sur le plan technologique ou sur celui de l’innovation ou des perturbations causées, elles limitent ce genre d’inconvénients. Elles raccourcissent la distance entre le point A et le point B d’une opération. Je pense même que dans certaines situations, cette qualité est fort attrayante. Maintenant, on pourrait faire valoir qu’une bonne partie de l’attrait découlant de cette décentralisation ou, si l’on veut, de l’absence d’intermédiaires est probablement ce qui explique l’utilisation parfois louche qui est faite des cryptomonnaies, mais il reste que cette qualité est un facteur positif.

Craig Maddock [6:48] Je suis dans l’ensemble un peu moins positif que Mark. Je n’ai pas encore tiré de conclusion générale définitive sur les avantages des cryptomonnaies soi-disant décentralisées.

Je pense que le concept d’argent électronique qui peut être étiqueté en quelque sorte et transféré rapidement, ou quelque chose du genre, revêt probablement un aspect de nouveauté. Je ne pense pas cependant que le système actuel est problématique. Nous pouvions déjà avant l’apparition des cryptomonnaies acheter et vendre des produits et services par des moyens électroniques. Je n’ai pratiquement jamais d’argent comptant sur moi. Je ne me souviens même pas de la dernière fois que j’ai tenu dans mes mains un billet de banque et je pense que bien des gens sont comme moi.

Nos systèmes de paiement actuels sont très efficaces. PayPal peut transférer des paiements sans égard à leur provenance et à destination. Il est aussi facile d’utiliser ma carte de crédit ou l’argent que je conserve en toute sécurité à ma banque. À propos des allusions au marché noir que Mark vient de faire à propos des gens qui désirent déplacer à mauvais escient d’énormes quantités d’argent, plutôt que de transporter cet argent dans des sacs en papier brun, ces gens le transfèrent maintenant par des moyens électroniques. Pourquoi notre société voudrait-elle faciliter ce genre de choses?

De plus, j’ai bien du mal à concevoir une utilisation raisonnable ou logique qui justifierait la création d’une autre monnaie et à plus forte raison la création de cryptomonnaies.

Jean-François Bordeleau [7:57] Eh bien, Craig, à ce propos, je pense qu’il y a une importante différence entre la monnaie numérique, quelle que soit sa forme éventuelle, et les cryptomonnaies. Je parle ici d’une monnaie numérique qui serait émise par une banque centrale (dont nous voyons déjà des signes annonciateurs en Chine) par rapport aux cryptomonnaies qui sont, comme on pourrait les appeler, des systèmes bancaires non centraux et décentralisés.

Nous avons été témoins ces dernières semaines de plusieurs attaques aux rançongiciels qui démontrent bien la réalité actuelle, soit que les cryptomonnaies tendent à être utilisées à des fins pas toujours honorables. Elles facilitent la dissimulation des transactions douteuses. Aussi longtemps que ces comportements prévaudront, les cryptomonnaies souffriront d’un manque de légitimité qui nuira à leur développement, au contraire de la monnaie numérique, qui à mon avis, constitue un autre débat.

Envisageriez-vous d’acquérir des cryptomonnaies? Représentent-elles une possibilité de placement intéressante ou viable?

Jean-François Bordeleau [9:07] Eh bien, commençons par le commencement, mais j’ai hâte d’entendre Mark et Craig à ce sujet. Dans la mesure où vous considérez qu’un placement est un instrument qui gagne de la valeur, en perd, ou reste stationnaire, les cryptomonnaies peuvent être vues comme un placement.

La véritable question qui intéresse habituellement les gens consiste à savoir si les cryptomonnaies constituent un « bon » placement. Un facteur me place plutôt dans le camp de ceux qui croient que non : l’impossibilité d’évaluer de manière appropriée les cryptomonnaies, d’établir leur véritable valeur en s’appuyant sur des facteurs fondamentaux. La chose qui se rapproche actuellement le plus des cryptomonnaies serait à mon avis l’or et les autres actifs du même genre, même si l’évaluation de l’or repose sur certains facteurs fondamentaux. Toutefois, cette opinion relève de mon point de vue peut-être un peu trop simpliste sur la « qualité » du placement que sont les cryptomonnaies.

Craig Maddock [9:57] Oh, je pense que tu viens de mettre en plein dans le mille, JF, avec ce point de vue un peu trop simpliste comme tu dis. C’est tout ce que nous avons besoin de savoir. Demandons-nous un peu à quoi servent exactement les cryptomonnaies. Quel problème règlent-elles? Quel rendement génèrent-elles? Quels flux de trésorerie disponibles génèrent-elles? Quel est le taux d’intérêt? À toutes ces questions, une seule réponse : rien. Voilà un bon indicateur de leur valeur réelle.

J’aime bien l’analogie avec l’or. C’est ce que pensent bien des gens à propos des cryptomonnaies : « C’est un peu comme de l’or numérique finalement. » En réalité, abstraction faite de ses usages industriels, la valeur que notre société accorde à l’or découle de sa rareté. Et les réserves d’or ont pendant des années aussi soutenu le système financier même si cette époque est révolue. Donc, cette étrange relation entre l’or et l’économie persiste même si elle tend à s’atténuer progressivement, ce qui s’explique : il n’y a plus aucun motif rationnel d’accorder tant de valeur à l’or. Mais au moins, la valeur de l’or repose sur sa rareté, ce qui est loin d’être le cas des cryptomonnaies. On affirme que les Bitcoins sont rares parce que leur créateur en a généré seulement un nombre limité. Mais depuis, combien d’autres cryptomonnaies ont été créées? Probablement des milliers. Et rien n’empêche d’autres personnes d’en lancer de nouvelles. Alors, pour la rareté, on repassera!

Donc, la valeur des cryptomonnaies ne repose certainement pas sur leur rareté et on pourrait même dire qu’elle ne repose sur rien sauf peut-être sur la conviction qu’on trouvera toujours quelqu’un de plus idiot que soi pour les racheter à un prix supérieur. Les convictions de cette nature, avouons-le, expliquent la poussée récente des actions « fétiches » (meme stocks) et expliquent, dans une certaine mesure, bien des phénomènes récents et plus particulièrement les cryptomonnaies. Acheter des cryptomonnaies n’est assurément pas une décision de placement avisée. C’est un geste purement spéculatif fondé sur l’espoir, comme je viens de le dire, qu’on trouvera toujours plus sot que soi-même.

Mark Fairbairn [11:35] D’un strict point de vue utilitaire dans un portefeuille, le comportement actuel des cryptomonnaies est clairement celui d’un instrument spéculatif. Certains acteurs du marché sont probablement convaincus des mérites des cryptomonnaies, ou de la technologie sous-jacente. Je pense plus particulièrement aux investisseurs qui gravitent dans le secteur aurifère, par exemple, ou qui s’intéressent à d’autres actifs physiques. Mais l’argument typique qui justifie la présence de cryptomonnaies dans un portefeuille serait qu’elles servent à couvrir le risque de dévaluation des monnaies ou d’inflation. Or, l’achat d’actifs productifs offre une meilleure protection contre l’inflation qu’un instrument qui à toutes fins utiles, n’est qu’une réserve numérique de valeur.

Le souci est que les cryptomonnaies sont très volatiles et qu’elles ont certaines corrélations avec le marché. L’idée d’ajouter à son portefeuille un instrument dont la valeur intrinsèque est limitée ou difficile à établir, et obtenir en contrepartie, si tant est que l’on obtienne quelque chose, beaucoup de volatilité ne m’apparaît pas comme une bonne option de couverture. La valeur des cryptomonnaies semble dépendre tout autant des tweets de certaines célébrités que des facteurs fondamentaux du marché. De ce point de vue, il semble quand même assez difficile d’intégrer les cryptomonnaies et il me paraît plus judicieux, vous savez, de se concentrer sur la construction d’un portefeuille bien garni d’actifs productifs qui génèrent des flux de trésorerie.

Les cryptomonnaies ont récemment été très volatiles. Quelle est la cause de cette volatilité?

Jean-François Bordeleau [13:18] Eh bien Alex, cette question me donne une excellente occasion de résumer certains des principaux points dont nous avons déjà discuté. Tenons d’abord pour acquis qu’il est pratiquement impossible de procéder à l’analyse des facteurs fondamentaux d’une cryptomonnaie. Les gens, les investisseurs chercheront donc des signes de sa légitimité en tant que placement dans l’actualité. Supposons donc que le chef de la direction d’un grand fabricant d’automobiles électriques annonce que sa société acceptera désormais les paiements dans une cryptomonnaie donnée. Voilà qui procure à cette dernière une certaine légitimité et qui incitera certaines personnes à en acquérir. Ensuite, une banque suisse ou un grand gestionnaire de portefeuille américain annonce qu’il songe à inclure cette cryptomonnaie au portefeuille de ses clients, d’où une légitimité accrue qui fait grimper son prix. Ensuite, quelqu’un d’autre (peut-être notre chef de la direction de tout à l’heure) déclare publiquement : « Ah vous savez, finalement, je ne suis pas très friand de ces cryptomonnaies ». Il se pourrait alors que la valeur de la cryptomonnaie en question plonge, parce que soudainement elle ne semble plus si légitime et que la demande baisse.

Voilà donc, à mon avis, certains des facteurs qui ont joué sur la volatilité récente. Certains facteurs géopolitiques ont aussi joué sur cette volatilité, mais plus subtilement. Nous y reviendrons peut-être plus tard, mais le désir de la Chine de créer une monnaie numérique n’est pas non plus étranger au phénomène. À ce sujet, rappelons les événements événement de l’été dernier dont nous n’avons plus beaucoup entendu parler depuis. Je songe ici à ce que j’appellerai, la déchéance de Jack Ma et d’Alibaba et Ant Financial, etc. Ces entreprises nourrissaient de très grandes ambitions dans la création d’une forme alternative de monnaie numérique. Or, nous n’entendons plus beaucoup parler de Jack Ma depuis quelques mois. Son projet n’en était pas un de cryptomonnaie en tant que telle, mais s’inscrivait dans une mouvance similaire.

Il y a donc bien des choses qui se produisent actuellement : tweets, manchettes et ce genre de choses. Quelques pays ne voient pas vraiment les cryptomonnaies d’un bon œil et pourraient tenter de les contrôler. Ces deux facteurs nous ramènent à l’implacable loi universelle que tout ce qui monte finit par redescendre. Et à mon avis très simpliste, voilà qui explique plus ou moins les événements de la dernière année.

Craig Maddock [15:36] Ajoutons à cela le débat sur la consommation d’électricité qu’exigent les cryptomonnaies et l’inquiétude soudaine d’Elon Musk à propos de la quantité d’électricité utilisée pour valider l’ensemble de la chaîne de blocs qui soutient le Bitcoin. Ces propos m’ont bien fait rire. Est-ce normal que la consommation d’électricité ait quoi que ce soit à voir avec les fluctuations, la valeur ou l’acceptation d’une monnaie, ou d’un moyen de négoce ou d’échange? Et si cette technologie exige une plateforme qui consomme de l’électricité, beaucoup d’électricité, comment peut-on y voir une technologie d’avenir? Je veux bien croire qu’on envisage de se tourner vers l’énergie solaire, ce qui améliorerait les choses, diminuerait les coûts et serait plus éco-efficace, mais même là, il y a un débat.

Qu’est-ce que l’écologie a à voir avec les enjeux monétaires? Voilà, à mon avis, qui indique bien que toute cette affaire est une immense blague, une bulle géante qui finira par éclater. Les cryptomonnaies sont volatiles parce que ce que les gens y voient ou espèrent est complètement ridicule. Le simple fait que la consommation d’énergie de la plateforme influe sur la valeur des cryptomonnaies ou sur son acceptation ou non par un fabricant d’automobiles est un signe que les cryptomonnaies ne sont qu’une massive bulle spéculative.

Jean-François Bordeleau [16:41] Sans compter Craig, que sur cette question de l’écologie, il est intéressant de souligner qu’Elon Musk a publié des tweets à ce sujet il y a un mois ou un mois et demi? Pourtant, les médias ont commencé à s’intéresser à ce dossier à la fin de l’année dernière. Ces problèmes n’ont donc rien de nouveau et étaient publiquement connus bien avant. Pourtant, à l’époque, les investisseurs, pour une raison ou pour une autre, ont choisi de ne pas en tenir compte jusqu’à ce qu’un important influenceur décide d’agir.

Craig Maddock [17:11] Quand on y pense bien JF, et pour rester dans les choses simples, si vous allez acheter des croustilles au magasin et que pour valider cette transaction entre vous et le commerçant, vous devez consommer une tonne d’énergie, c’est simplement ridicule!

Jean-François Bordeleau [17:24] D’accord.

Le Salvador est devenu le premier pays où le Bitcoin a cours légal. Qu’est-ce que cela signifie pour l’écosystème financier mondial?

Craig Maddock [17:39] Oui, le Bitcoin aura cours légal au Salvador à partir du 7 septembre, ce qui n’aura à mon avis aucun effet sur le système financier. Soyons réalistes, le Salvador est un petit pays dont la véritable monnaie est actuellement le dollar américain. Je ne sais pas vraiment ce qui arrivera lorsque le pays passera du dollar américain au Bitcoin. Tout le monde devra avoir des Bitcoins? Voilà qui m’apparaît comme un énorme désastre annoncé. Toutefois, compte tenu de ce que nous venons de dire, cette situation nous en dit plus, assez tristement, sur le pays que sur l’avenir du Bitcoin.

En ce qui concerne ce que cela signifie pour nous à savoir si des cryptomonnaies devraient être intégrées à notre portefeuille, cette décision du Salvador ne leur confère aucune légitimité additionnelle. Tous les arguments soulevés précédemment sur ce que sont les cryptomonnaies ou plus franchement, sur ce qu’elles ne sont pas, ne changent pas simplement parce que quelque part un pays décide de faire d’une cryptomonnaie une monnaie ayant cours légal à l’intérieur de sa structure monétaire.

Mark Fairbairn [18:27] C’est bien vrai. Je pense que la décision du Salvador de faire du Bitcoin une monnaie légale découle du point évoqué précédemment sur le coût des transactions internationales. Envoyer de l’argent à l’étranger peut être coûteux et vous êtes une personne à faible revenu, le coût peut être prohibitif.

Je pense donc que l’intention est de faciliter les envois d’argent au pays par les Salvadoriens vivant à l’étranger en réduisant les coûts. Le problème réside dans le maintien d’un double système monétaire. Depuis que le pays a pris cette décision, le FMI a averti le Salvador de ce problème et les obligations salvadoriennes se sont bradées sur tous les marchés. Ce choix fait courir un risque de deuxième ordre au pays qui annule les avantages obtenus par ailleurs.

Jean-François Bordeleau [19:05] Je pense que des facteurs géopolitiques secondaires jouent là aussi, car il est plausible qu’un pays souhaite ne pas dépendre trop du dollar américain. À savoir maintenant si la cryptomonnaie est la réponse à ce problème, je pense que cette question pourrait à elle seule faire l’objet d’un balado.

Quel est le contexte juridique et réglementaire qui régit les cryptomonnaies en ce moment? En quoi la situation pourrait-elle nous toucher?

Mark Fairbairn [19:39] Du point de vue d’un État ou d’un gouvernement, le problème des cryptomonnaies comme le Bitcoin et d’autres, est l’absence de contrôle. On se trouve dans les faits à confier sa politique monétaire à un algorithme ou à un ensemble de règles découlant de la manière dont une chose a été créée. Il devient impossible d’appliquer sa propre politique monétaire conçue de manière indépendante. Nous avons beaucoup parlé de la nature douteuse de certaines transactions effectuées au moyen des cryptomonnaies et par conséquent, cette absence de supervision s’accompagne de problèmes de blanchiment d’argent et de financement du terrorisme, un défi pour les autorités en l’absence des mécanismes de surveillance et de contrôle liés à une monnaie traditionnelle.

Voilà pourquoi la plupart des États n’adhéreront probablement pas sans réserve à un réseau décentralisé, comme celui du Bitcoin, à tout le moins pour la monnaie légale. Toutefois, la notion d’une monnaie numérique a tout de même un certain mérite, surtout, comme Craig l’a mentionné précédemment, que nous sommes de moins en moins nombreux à payer nos achats en espèces. La plupart des gens règlent aujourd’hui leurs achats par carte de crédit, carte de débit et, surtout en Chine, l’argent comptant a de manière générale été remplacé par des systèmes comme WeChat Pay et Alipay.

La monnaie numérique évoquée par la banque centrale chinoise découle probablement de cette réalité. Les autorités essaient de regagner une partie du marché perdu à ces deux titans de la technologie et se disent qu’après tout, ce système est excellent puisqu’il permet d’obtenir beaucoup d’information. Les autorités se sont donc dit : « Créons notre propre système de paiement, ce qui nous permettra de surveiller ou de contrôler les transactions tout en conservant l’aspect pratique du système. ».

Voilà la logique qui explique l’intérêt pour ces monnaies numériques et plus précisément, l’intérêt de la banque centrale de Chine. La plupart des autres banques centrales étudient actuellement des solutions similaires. Toutefois, dans leur cas, il reste le gouvernement pour en quelque sorte, exercer un contrôle sur la politique monétaire et il est simplement question de numériser les interactions avec l’argent.

Craig Maddock [21:19] Et je pense, qu’on peut ajouter que ce n’est pas demain ni jamais qu’Elon Musk deviendra le banquier central mondial. Mais je pense qu’en filigrane, une question n’a pas encore fait l’objet de beaucoup de discussions, mais le fera inévitablement : les systèmes bancaires.

Prenons le Canada. Nous avons ici le système bancaire probablement le plus stable du monde, n’est-ce pas? Et on peut affirmer que nous avons à la tête du pays des dirigeants honnêtes ou à tout le moins, pas vraiment corrompus. Au Canada, la réglementation prévoit de nombreux mécanismes de protection. Je pense notamment à la Société d’assurance‑dépôts du Canada ou au Fonds canadien de protection des épargnants qui s’ajoutent à un secteur de services financiers déjà très solide et bien capitalisé. L’ensemble de ce secteur est aussi fortement réglementé et par conséquent très sûr.

Par ailleurs, c’est la sécurité même du système bancaire qui permet aux gens d’emprunter de l’argent. Comme nous le savons tous, le coût des maisons a augmenté considérablement au Canada et sans le crédit, il serait impossible aujourd’hui d’acheter une maison. Comment emprunter de l’argent dans un système décentralisé? Ces systèmes ne sont pas véritablement des banques. Ils ne prêtent pas d’argent, ils se contentent d’en créer. En fait, je ne sais même pas exactement ce que ces systèmes font. L’autre grand problème consiste donc à savoir ce que l’on doit faire de cette chose. Supposons un instant que tous les gens convertissent leur argent en Bitcoins. Il est impossible d’emprunter de l’argent en Bitcoins ou à tout le moins, si on veut le faire, il faudra revenir à une certaine forme de système de services financiers, c.-à-d. un système bancaire, qui est la structure réglementée au Canada pour emprunter de l’argent. Il s’ensuit qu’il faudrait « déposer » vos Bitcoins à la banque. Quelle serait l’utilité d’un système décentralisé et déréglementé si vous devez au bout du compte vous en remettre à un système bancaire, sauf les personnes qui possèdent plus d’argent qu’ils n’en ont besoin et qui n’auront jamais besoin de recourir au crédit?

Donc, plus j’analyse cette question, plus je me pose de questions. La création des cryptomonnaies et l’attention qu’elles suscitent relèvent d’un phénomène qui m’intrigue. Je suis surpris qu’elles aient acquis tant de valeur ou que des gens y aient mis tant d’argent. Peu importe l’angle, tout cela me paraît simplement irresponsable, irrationnel, insensé.

Jean-François Bordeleau [22:59] Oui, c’est vrai, la Chine attire beaucoup l’attention. Et Craig, bons points! Je suis d’accord avec toi. Il est cependant intéressant de voir que quelques autres pays de moindre importance envisagent l’adoption d’une monnaie numérique (même s’il n’est pas question de cryptomonnaie). J’ai lu dernièrement un article à ce sujet. Je ne sais pas quels ont été les progrès de ces pays dernièrement, mais en Suède, notamment, la grande majorité des transactions sont effectuées au moyen d’un réseau exclusif à ce pays. Je sais que ce pays envisage de manière très audacieuse de mettre en œuvre une certaine forme de système de monnaie numérique. Outre la Suède, je pense que d’autres pays scandinaves songent à un tel système.

Par conséquent, même si tous les projecteurs sont braqués sur la Chine en raison de sa taille et de son influence, quelques autres pays, peut-être moins importants, mais réputés pour leur capacité d’innovation, s’apprêtent à aller de l’avant dans la mise en place d’une monnaie numérique. Pas une cryptomonnaie, mais bien une monnaie numérique. Je pense donc que des développements intéressants sont imminents dans ce dossier. Ensuite, pour en revenir aux arguments de Craig, il faut fondamentalement se demander comment intégrer tout cela dans le système financier ordinaire et dans un système bancaire. Et, vous savez, voilà pourquoi, sans dire qu’elles prennent leur temps, je pense que les banques centrales souhaitent étudier la question vraiment en profondeur pour trouver une manière appropriée de mettre un tel système en place.

Tesla a récemment annoncé en grande pompe qu’elle avait commencé à inclure des cryptomonnaies à ses réserves. Est-ce là le début d’une tendance et quelles seraient ses incidences pour nous?

Craig Maddock [24:24] Le seul effet de cette décision a sur moi consiste à me désintéresser un peu plus de l’action de Tesla. Déjà que l’évaluation de l’entreprise tempérait fortement mon enthousiasme. Je pense toutefois que tout cela n’est que du bruit. Une autre pièce qui s’ajoute au casse-tête. Je ne suis pas vraiment sûr des objectifs à long terme qu’Elon Musk poursuit en parlant autant des cryptomonnaies ou en s’efforçant de les soutenir. Je ne comprends tout simplement pas de quoi il en retourne pour toutes les raisons que j’ai déjà mentionnées. Pourquoi voudrait-il détenir un actif aussi volatil dans les réserves de capitaux de son entreprise? Et je reviens à mon commentaire sur le Salvador : cette décision fait que je m’interroge beaucoup plus sur Elon Musk que sur le Bitcoin.

Jean-François Bordeleau [24:52] Eh bien Craig, bien d’accord avec toi sur ce point. Je ne suis pas dans la tête d’Elon Musk et je ne connais donc pas les tenants et les aboutissants de la question. Toutefois, ma théorie est qu’il cherche peut-être tout simplement à détourner l’attention au moment où les autres grands constructeurs automobiles accélèrent le pas dans leur virage électrique et sont peut-être sur le point de dépasser Tesla dans la quantité d’automobiles électriques fabriquées en plus d’améliorer leur technologie de départ. Ces facteurs ont peut-être joué sur cet « intérêt » pour les cryptomonnaies. Il s’agit peut-être de distraire un peu les gens et de leur faire croire que Tesla fait des choses plus « branchées » dans l’espoir d’attirer des investissements. Encore une fois, ce ne sont là que des hypothèses qui ne reposent sur rien de concret.

Mark Fairbairn [25:29] Mes commentaires rejoignent ceux de JF. L’hypothèse la plus probable, non pas sur Elon Musk ni sur ce qu’il pense réellement, est qu’on est témoin d’une vaste opération de marketing. Si vous voulez projeter l’image d’une société d’avant-garde, il est de bon ton de parler de cryptomonnaies et de technologies. Les chiffres avancés paraissent gros, mais ils sont relativement petits dans le contexte de l’évaluation de l’entreprise. Sans compter que Tesla a ajouté des cryptomonnaies à ses réserves, puis en a revendu une partie à profit. Le moment choisi semble avoir été opportun dans une certaine mesure, mais je ne crois pas qu’on assiste à une tendance plus large.

Que pensez-vous des effets sociaux des cryptomonnaies, de leur utilisation possible dans des activités louches et de la forte consommation d’énergie liée aux activités de cryptominage?

Jean-François Bordeleau [26:17] Nous avons parlé en long et en large de ces enjeux, mais encore une fois, pour paraphraser ce que Craig a dit précédemment, une activité aussi énergivore peut-elle vraiment être une solution d’avenir? Probablement pas. Bien sûr, si la question énergétique peut être résolue et devenir moins aiguë, alors elle deviendra moins contrariante. Mais, peu importe le mode de production, si vous avez besoin d’autant d’énergie pour maintenir votre système de paiement, il faut assurément s’interroger sur la viabilité de l’ensemble de l’œuvre.

Les cryptomonnaies soulèvent une autre question : l’utilisation qui en a été faite dernièrement. Comme je l’ai dit, bien des gens s’efforcent de légitimer les cryptomonnaies. On espère qu’elles auront un jour cours légal parce qu’alors il sera possible d’en assurer le suivi et peut-être d’en faire quelque chose. Mais les deux ou trois cas récents de rançonnage survenus aux États-Unis, puis le fait que le FBI ait ensuite « piraté les pirates » et récupéré une bonne partie de la rançon versée en Bitcoins montrent à quel point toute cette question des cryptomonnaies demeure problématique à ce stade.

Je ne sais pas s’il s’agit d’un processus en chantier ou si on pourra améliorer le système, mais pour l’instant, je dirais que beaucoup de points d’interrogation subsistent et je ne suis pas convaincu comme d’autres que tout soit correct et que tous les problèmes seront éventuellement réglés.

Et maintenant, la question à un million de dollars : envisageons-nous d’intégrer des cryptomonnaies aux portefeuilles MD?

Craig Maddock [27:35] Non, pas tant que je serai ici, Alex. Je ne pense même pas que la question en soit une d’un million de dollars, mais plutôt une d’une minuscule fraction d’un dollar. Il n’y a aucune hésitation à y avoir. Je ne vais pas commencer à spéculer avec l’argent durement gagné de nos clients. Je pense que lorsque nous avons la chance de disposer d’un système financier aussi sûr que le nôtre, nous avons à notre disposition une foule de placements incroyables dans des sociétés productives que nous pouvons acheter au nom de nos clients pour générer de bons rendements durables dans des entreprises dont les facteurs fondamentaux sont sains et solides. Bien sûr, les prix sont peut-être un peu élevés en ce moment par rapport à ce qu’ils ont déjà été, mais ils ne sont assurément pas excessifs. Il y a encore assez de bonnes occasions sur le marché pour que nous n’ayons pas à nous tourner vers les cryptomonnaies. Je n’ai aucun scrupule à refuser de m’engager dans cette voie.

Jean-François Bordeleau [28:09] Oui, je suis tout à fait d’accord avec toi sur ce point. Et même si nous refusons d’en ajouter dans nos portefeuilles et que nous envisageons la question sous l’angle d’un investisseur individuel, les placements dans des cryptomonnaies ou les placements dans des titres liés aux cryptomonnaies ne nous sont pas vraiment recommandés par nos conseillers en ce moment. Nous sommes plutôt convaincus que ce placement est très risqué. Et si, en tant qu’investisseur, vous choisissez d’inclure des cryptomonnaies dans votre portefeuille, lorsque votre conseiller passera en revue votre portefeuille, assurez-vous d’insister sur les risques que cela représente et de bien faire comprendre qu’il s’agit d’un placement hautement volatil et hyperspéculatif.

Nous avons indiqué dans le passé que l’aspect intéressant des cryptomonnaies est la technologie de la chaîne de blocs. Sommes-nous toujours de cet avis?

Mark Fairbairn [28:52] La chaîne de blocs semble être une technologie qui est là pour de bon. Il s’agit assurément d’une tendance du marché et d’une technologie prometteuse. En fait, la Banque européenne d’investissement a même émis une obligation pour le réseau Ethereum plus tôt cette année. La Banque tâte le terrain dans une tentative pour voir comment cette technologie de la chaîne de blocs, utilisée dans ce cas comme un moyen de mesurer et d’assurer le suivi, pourrait être utile en émettant des titres à revenu fixe qui ont tendance à être négociés de gré à gré.

De ce point de vue, comme nous l’avons indiqué dans le passé à propos de tout secteur dont les transactions exigent un certain niveau de confiance (ce qui est le cas de la plupart d’entre elles), il y a assurément un avantage à utiliser ce genre de technologie sécurisée pour s’assurer que la transaction ou le produit visé est légitime. La technologie pourrait aussi, vous savez, être utilisée dans le secteur des soins de santé pour lutter contre la contrefaçon de médicaments.

La plupart des entreprises, ou à tout le moins de nombreuses entreprises, examinent actuellement les possibilités qu’offre cette technologie, mais ce ne sont pas nécessairement les entreprises spécialisées auxquelles vous songez. Nous ne nous intéressons pas nécessairement aux entreprises en démarrage spécialisées dans la chaîne de blocs, mais plutôt à de grandes entreprises avec qui nous avons des liens ou dans lesquelles nous investissons et qui, elles, investissent dans la chaîne de blocs. Je songe notamment à MasterCard, Amazon, la plupart des banques. La chaîne de blocs est donc présente dans le portefeuille, mais pas directement.

Pourquoi les cryptomonnaies comme Bitcoin ne correspondent-elles pas aux principes de placement de MD?

Craig Maddock [30:06] Eh bien Alex, je pense que nous en avons déjà parlé plus tôt dans ce balado. Ce sont vraiment les facteurs fondamentaux qui posent problème. Nous voulons nous assurer que peu importe ce que nous faisons avec l’argent de nos clients, nos décisions reposent sur un raisonnement logique qui nous porte à croire que le placement en question générera un rendement. Vous savez, que nous placions de l’argent dans une société sous-jacente qui génère ensuite un bénéfice qui, par conséquent, en notre qualité de propriétaires de cette entreprise sera ensuite transféré à nos clients, ou que nous achetions une obligation, nous voulons avoir une certitude raisonnable que nous serons payés pour le risque que nous acceptons de prendre.

Ce sont nos placements fondamentaux et nous nous tenons loin des titres spéculatifs. Nous n’excellons pas au jeu qui consiste à essayer de deviner si le prix d’une chose montera ou descendra parce quelqu’un pourrait penser qu’il montera ou descendra. En fait, personne n’excelle à ce jeu. J’ai d’ailleurs parlé un peu plus tôt de ma théorie « du plus idiot ». Voilà ce qui me vient à l’esprit lorsque je commence à réfléchir à ces placements très spéculatifs. Pour moi, il faut simplement appliquer des principes sains, trouver de bonnes entreprises rentables capables de générer un bon rendement pour nos clients. De cette manière, nous nous assurerons de les aider à atteindre leurs objectifs sans prendre de risque exagéré. Voilà je pense, ce qu’ils attendent de nous.

Quels développements pourraient nous inciter à envisager plus sérieusement l’inclusion des cryptomonnaies au processus de MD?

Jean-François Bordeleau [31:13] Personnellement, Alex, je serais tenté de répondre à votre question en l’abordant sous un angle un peu différent. Je ne sais pas si les cryptomonnaies peuvent être prises davantage au sérieux. Je dirai cependant qu’aussi longtemps qu’il n’y aura pas de véritables moyens de les évaluer et que les cryptomonnaies seront utilisées surtout de la manière dont elles le sont actuellement, il sera problématique de les prendre au sérieux.

Maintenant, cela étant dit, il y a en quelque sorte un mouvement social que l’on commence à déceler en ce moment, qui a peut-être été provoqué un peu par la pandémie, un peu par le désir d’inclusion et d’égalité des chances d’un pays à l’autre et par d’autres facteurs similaires au sein de la société et pas nécessairement au sein de l’administration publique ni de la banque centrale, mais dans une perspective plus sociale. Il se pourrait que des sociétés de par le monde soient exclues et se disent qu’elles en ont assez et qu’elles doivent modifier la manière dont elles font les choses. Et alors, vous savez, ce ne sera plus une question de prendre ces systèmes au sérieux ou non puisqu’ils existeront. Maintenant, je ne pense pas que ce soit le scénario le plus plausible ni rien du genre. Toutefois, c’est un facteur que je tiens à l'œil, parce qu’il y a beaucoup de choses qui bougent en ce moment à la fois sur les plans géopolitiques et sociaux et sur d'autres plans qui ont peu à voir avec les placements. Pourtant, tous ces facteurs pourraient changer notre perception des cryptomonnaies.

J’ai  l’impression que ces observations que j’exprime sont presque spéculatives de ma part. En bref, Alex, je reviendrais donc à la nécessité de facteurs plus fondamentaux comme l’évaluation, comme Craig et Mark nous l’ont indiqué précédemment. Si nous devions en arriver là, alors peut-être. Mais compte tenu de ce dont nous avons parlé aujourd’hui, je pense que ce scénario hypothétique est tout à fait improbable.

Craig Maddock [32:38] Il est difficile Alex, à ce moment-ci, de concevoir ce qui pourrait nous inciter à revoir notre position sur les cryptomonnaies. Je ne dis pas que nous sommes complètement fermés à cette possibilité et nous continuerons de surveiller la situation afin de nous tenir au courant de l’évolution du phénomène. Toutefois, il faudrait que survienne un changement substantiel qui légitimerait les cryptomonnaies en tant que placements (c.-à-d. qu’il y ait un véritable rendement lié aux cryptomonnaies et une manière de le mesurer, de le surveiller et de l’évaluer). Si on peut en arriver là et que l’évaluation et le rendement semblent bons, rien ne nous interdit de penser que nous envisagerions alors de prendre une position sur ce marché.

Et si jamais une cryptomonnaie devenait une monnaie légitime, rappelons que nous négocions déjà des devises dans le cadre de notre stratégie, et que nous pourrions alors décider de détenir des positions courtes ou longues dans cette cryptomonnaie plutôt que dans une autre devise ou que dans un autre panier de devises. Mais encore une fois, il faudrait alors avoir pour nos clients un espoir de rendement raisonnable s’appuyant sur des théories rationnelles.

Les cryptomonnaies demeurent donc sur notre écran radar, mais pour l’instant et pour toutes les raisons que nous avons déjà mentionnées, elles nous semblent un objet hautement spéculatif. Je ne parlerais même pas à ce stade d’un actif, et quoi qu’il en soit, elles ne nous intéressent pas.

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