Un scénario propice à l’envol du huard

February 11, 2019 Marija Majdoub

           

Cet article a été publié initialement en anglais dans le Globe and Mail.

Cet hiver, les conditions météorologiques au Canada sont particulièrement erratiques : la neige, la pluie, le grésil et les températures glaciales se succèdent. Les dernières années ont été rudes aussi pour le dollar canadien, qui oscille autour de 0,75 $ US depuis le sommet de 1,05 $ US atteint en 2011.

Néanmoins, vers la fin de l’année dernière, mon équipe et moi-même avons commencé à voir la situation du dollar canadien d’un œil plus optimiste. Voici pourquoi :

À cause de l’incertitude économique croissante à l’échelle mondiale, l’année 2018 s’est conclue avec plus de questions que de réponses! La trajectoire de croissance de la Chine et de la zone euro, deux des trois grandes puissances économiques mondiales, reste à ce jour encore incertaine. L’économie de la troisième puissance, en l’occurrence les États-Unis, demeure solide, mais comme je le soulignais dans mon article précédent, elle ralentira probablement en 2019.

En comparaison, les perspectives de l’économie canadienne sont plutôt bonnes et les promesses de croissance, plus certaines. En 2019, le Canada devrait connaître une croissance à la hauteur de son potentiel économique à long terme et, facteur encore plus déterminant, les prévisions relatives à la devise y sont moins contrastées que dans tout autre pays du G10.

S’il est vrai que la Banque du Canada, dans son Rapport sur la politique monétaire de janvier, a revu à la baisse ses prévisions de croissance pour 2019, ce qui n’est pas vraiment étonnant dans le contexte récent de volatilité et d’incertitude, les prévisions pour 2020, quant à elles, ont été révisées à la hausse. Comme l’économie américaine ralentira probablement jusqu’en 2020, cette reprise relative de la croissance canadienne devrait favoriser l’envol du huard plus tard cette année.

Autre signe encourageant, qui ne manquera pas de réjouir les épargnants, pour la première fois depuis la crise financière mondiale, les taux d’intérêt à court terme en Amérique du Nord seront vraisemblablement supérieurs au taux d’inflation en 2019. Cette situation nous rappelle que l’économie n’est pas encore entièrement remise de la pire catastrophe financière survenue depuis la Grande Dépression.

Par ailleurs, les cours pétroliers se sont quelque peu stabilisés maintenant qu’il est démontré que l’inquiétude à propos de l’offre mondiale et les ramifications éventuelles des sanctions contre l’Iran étaient exagérées. À notre avis, les prix du pétrole reviendront à l’intérieur des fourchettes établies pour se stabiliser entre le coût marginal du pétrole de schiste produit aux États‑Unis et le plafond fixé par une OPEP 2.0 semi-accommodante. Les risques géopolitiques à court terme demeurent néanmoins élevés, ce qui nous conforte dans notre opinion que les produits de base apporteront, dans l’ensemble, une modeste contribution positive au dollar canadien, malgré les problèmes persistants de transport.

Même dans une perspective de longue durée, qui a de toute évidence moins d’influence à court terme sur les devises, nos modèles indiquent que le dollar canadien est sous-évalué par rapport au dollar américain.

Maintenant, quels seraient les facteurs susceptibles d’empêcher que se concrétise cette vision en apparence un peu optimiste de l’évolution du dollar canadien? Quelques scénarios prévoient un maintien du dollar américain à son niveau actuel par rapport au huard. Pour bien les comprendre, il faut les analyser en tenant compte de la situation des puissances économiques mondiales.

D’abord, si la situation de l’emploi aux États‑Unis demeure aussi dynamique qu’en décembre et si les marchés financiers se calment, la Réserve fédérale des États-Unis pourrait être tentée de revenir à des mesures moins accommodantes.

Ensuite, un ralentissement prolongé en Chine et dans la zone euro pourrait provoquer une ruée vers le dollar américain (la devise refuge mondiale) d’investisseurs à la recherche de liquidité et de sécurité.

En fin de compte, il semble que le huard profitera de vents favorables au début de 2019. La croissance de l’économie canadienne reste supérieure au potentiel, la trajectoire de croissance semble plus certaine et les cours pétroliers ont rebondi après l’effondrement de la fin de 2018. Les conditions actuelles sont peut-être idéales pour un dégel du dollar canadien.

A propos de l'auteur

Marija Majdoub

Marija Majdoub, CMA, CFA, est vice-présidente à la stratégie de placement chez Gestion financière MD. Elle dirige les gestionnaires de portefeuille et les professionnels en placement qui gèrent les fonds communs de placement et les fonds collectifs de MD, et élaborent les principes de placement de MD.

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