Une dose d’énergie pour dynamiser votre portefeuille

May 5, 2017

Par Craig Maddock, CFA, MBA, CFP
Vice-président à la gestion des placements

  • En raison de sa taille, de son dynamisme et de son rôle économique central, surtout au Canada, le secteur de l’énergie ne devrait pas être négligé par les investisseurs. Il peut dynamiser considérablement le rendement d’un portefeuille.

  • Le secteur de l’énergie est complexe, fortement réglementé et composé aussi bien d’entreprises en démarrage que d’énormes sociétés d’État.

  • La tendance actuelle est à l’énergie verte, un créneau qui regroupe certaines des entreprises les plus novatrices du monde.

Chaque fois que je fais le plein d’essence, que je paie mes factures de chauffage ou que j’entends des politiciens débattre d’une éventuelle taxe sur le carbone, je ne peux que constater l’importance de l’énergie dans notre quotidien et dans le monde des placements. Nous en utilisons tous les jours sous de nombreuses formes et elle occupe une place centrale dans l’économie canadienne. Même si on croit tout connaître de l’énergie, placer de l’agent dans ce secteur est loin d’être évident.

Il serait facile de ne penser qu’à l’aspect utilitaire de l’énergie. Mais l’énergie, c’est bien plus que cela. Elle est à la base d’une industrie qui offre des possibilités de placement, notamment dans l’exploration, l’extraction, la production, la distribution, les énergies renouvelables et les services. Il s’agit d’un secteur complexe, fortement réglementé et composé aussi bien d’entreprises en démarrage que d’énormes sociétés d’État. Dans certains pays, comme l’Arabie saoudite, l’État participe directement à ce secteur. Dans d’autres, notamment les États-Unis, le secteur de l’énergie est strictement l’affaire du secteur privé. Tous les gouvernements considèrent par ailleurs l’énergie comme une excellente source de recettes fiscales et ce sont les pays membres de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) qui fixent les prix du pétrole.

Comment un investisseur peut-il en venir à comprendre les principaux risques et les possibilités d’une industrie aussi diversifiée? Tout d’abord, il importe de garder à l’esprit que le secteur de l’énergie comprend de nombreuses sociétés cycliques dont le cours des actions fluctue à la hausse et à la baisse en fonction des aléas de l’économie mondiale. Les Canadiens ont été des témoins privilégiés de ce phénomène ces dernières années : de 128 $ US le baril en 2008, les cours pétroliers sont tombés à moins de 30 $ US le baril en 2016, ce qui a fait plonger l’ensemble des titres boursiers du secteur de l’énergie et a modifié radicalement la donne dans le secteur canadien des ressources naturelles.

Un secteur d’activité mondial qui ne s’embarrasse pas de frontières

Le secteur énergétique possède une autre caractéristique importante : sa nature mondiale. En limitant ses positions à des sociétés canadiennes, par exemple, on ne s’isole pas nécessairement des événements qui peuvent survenir ailleurs dans le monde. L’Agence internationale de l’énergie estime que les investissements mondiaux dans le secteur ont attain 1800 milliards de dollars américains en 2015.

Ces investissements font peu de cas des frontières. En mars, Canadian Natural Resources a notamment conclu une entente de 12,74 milliards de dollars pour l’acquisition d’actifs liés aux sables bitumineux en Alberta appartenant à la Royal Dutch Shell et à Marathon Oil. Par ailleurs, le lancement possible d’un premier appel public à l’épargne par la société d’État Aramco d’Arabie saoudite continue d’alimenter la conversation. Ce PAPE serait le plus important de l’histoire mondiale : les analystes estiment que sa valeur se situerait quelque part entre 400 et 2 000 milliards de dollars américains. Une opération de cette envergure ne peut qu’influer sur l’ensemble des marches mondiaux.

Le secteur de l’énergie compte aussi certaines des sociétés les plus novatrices du monde, dont un bon nombre aspire à modifier radicalement la manière dont nous produisons et consommons l’énergie. Plusieurs sociétés du secteur de l’énergie verte s’efforcent entre autres de résoudre certains problèmes, comme la mise au point de technologies de stockage de l’abondante énergie solaire et de production de carburant liquide à partir d’hydrogène obtenu par électrolyse de l’eau. Toutefois, les placements dans ce genre de technologies émergentes sont généralement volatils et spéculatifs. Conséquemment, ils conviennent moins bien à certains épargnants.

Une solution de placement sans combustibles fossiles

En 2015, les membres de l’Association médicale canadienne ont dit à Gestion financière MD qu’ils souhaitaient pouvoir effectuer des placements dans le secteur des énergies renouvelables. Le Fonds d'actions sans combustibles fossiles MDMC et le Fonds d'obligations sans combustibles fossils MDMC sont nés de ce souhait.

La plupart des fonds sans combustibles fossiles offerts au Canada excluent uniquement les entreprises actives dans l’extraction de combustibles fossiles. Les Fonds sans combustibles fossiles MDMC vont un pas plus loin : ils évitent aussi d’investir dans des entreprises qui transforment et transportent ce genre de combustibles.

Trois approches de placement

Mon équipe et moi-même considérons qu’il existe trois approches aux placements dans les sociétés du secteur de l’énergie : les placements dans les producteurs d’énergie, les placements dans les fournisseurs de services énergétiques et l’acquisition de titres de créance d’entreprises appartenant à l’une ou l’autre de ces catégories..

1. Placements dans les producteurs d’énergie

Enbridge est un bon exemple de société productrice d’énergie. Le Fonds équilibré MD, le Fonds revenu de dividendes MD, le Fonds d’actions MD, le Fonds sélectif MD et le Fonds collectif d’actions canadiennes GPPMD détiennent tous une position dans cette entreprise. Enbridge est la plus importante société de distribution de gaz naturel au Canada. Elle s’investit dans d’importants projets liés aux sables bitumineux et est l’une des plus importantes sociétés du secteur de l’énergie renouvelable au Canada. Je me suis récemment entretenu avec Aly Alladina, gestionnaire de portefeuille chez Conseillers en placement PCJ, un des conseillers du Fonds sélectif MD et du Fonds collectif d’actions canadiennes GPPMD. Ce qu’il m’a dit à propos d’Enbridge est particulièrement intéressant.

Selon M. Alladina, la volatilité relativement faible des actions d’Enbridge en fait une société attrayante. L’exposition directe de la société aux fluctuations de prix des produits de base est limitée, en partie grâce à des accords commerciaux de longue durée appelés « contrats d’achat ferme ». Les clients d’Enbridge doivent signer de tels contrats, ce qui les engage à payer un montant préétabli pour une quantité préétablie de gaz ou, à défaut, à payer une pénalité.

M. Alladina insiste sur l’importance du modèle des contrats d’achat ferme. Sur le plan historique, les pipelines ont toujours été un secteur d’activité sensible aux taux d’intérêt. Une hausse des taux d’intérêt peut nuire aux actions canadiennes du secteur des infrastructures énergétiques, comme les pipelines, car toute majoration des taux d’intérêt est susceptible d’augmenter l’endettement des entreprises dans ce secteur à forte intensité de capitaux. Dans un tel contexte, les investisseurs à la recherche de revenus se tournaient autrefois vers les marchés obligataires. Toutefois, comme l’explique M. Alladina, maintenant, grâce aux contrats d’achat ferme, les sociétés comme Enbridge sont passées d’une orientation axée sur la production de revenus à une autre axée sur la croissance, où les rendements sont dans une large mesure tributaires du marché.

Selon M. Alladina, l’acquisition en février dernier par Enbridge de la société Spectra Energy, un géant américain du gaz naturel, a été « transformatrice ». Cette prise de contrôle a donné naissance à la plus importante société d’infrastructure énergétique en Amérique du Nord, dont la valeur atteint environ 166 milliards de dollars. La nouvelle entité possède un portefeuille de projets d’expansion d’une valeur de 75 milliards de dollars et on estime que la croissance de son dividende annuel sera de l’ordre de 10 % à 12 % d’ici 2024.

2. Placements dans les sociétés de services énergétiques

Le deuxième grand groupe de sociétés énergétiques susceptibles de nous intéresser comprend les entreprises qui acheminent l’énergie aux utilisateurs finaux, comme les consommateurs. Hydro One fait partie du nombre. Nous détenons des positions de cette société dans le Fonds croissance de dividendes MD, le Fonds revenu de dividendes MD et le Fonds collectif de dividendes GPPMD.

Fournisseur d’électricité attitré de l’Ontario, elle est l’une des plus importantes sociétés de distribution d’électricité en Amérique du Nord sur le plan de l’empreinte géographique et de la valeur de l’actif. Grâce à ses activités de base, qui ont généré la quasi-totalité de son bénéfice net de 721 millions de dollars en 2016, elle produit un rendement stable dans un environnement réglementé. Le taux de rendement en dividende d’Hydro One est aussi supérieur au taux de rendement des obligations de 30 ans du gouvernement du Canada, et ce, depuis 2008.

Comme les actions d’Enbridge, celles d’Hydro One ne comportent pratiquement aucun risque lié aux prix des produits de base parce que l’entreprise se contente de distribuer l’énergie aux clients. Cependant, en sa qualité de monopole appartenant à 70 % à la province de l’Ontario, l’évaluation de l’entreprise pose un défi particulier. Par ailleurs, en raison de son statut particulier, Hydro One se retrouve souvent au cœur de l’actualité politique. La première ministre Kathleen Wynne ne le sait que trop bien : son gouvernement doit composer avec la colère des électeurs à propos des prix de l’électricité en Ontario.

Pour établir la valeur véritable d’Hydro One, il faut trouver des entreprises comparables. Marc Natal, vice-président du service à la clientèle de notre gestionnaire de portefeuille Montrusco Bolton, qui conseille le Fonds croissance de dividendes MD et le Fonds collectif de dividendes GPPMD, aime bien comparer Hydro One aux sociétés Fortis et Emera Energy.

Fortis est une société de portefeuille internationale diversifiée du secteur de l’électricité installée à St. John’s. Elle exerce ses activités au Canada, aux États-Unis, en Amérique centrale et dans les Antilles. Emera Energy est quant à elle une société de services énergétiques qui offre des services de marketing novateurs et personnalisés ainsi que des services de négociation et de gestion d’actifs dans le nord-est de l’Amérique du Nord.

Montrusco Bolton utilise des indicateurs traditionnels, comme le multiple de la valeur de l’entreprise, pour estimer la valeur d’Hydro One par rapport à celle de sociétés comme Fortis ou Emera. En termes simples, cette comparaison donne une indication du temps qu’il faudrait pour que l’acquisition éventuelle de l’entreprise s’autofinance, en supposant qu’il n’y ait aucun changement dans le bénéfice avant intérêts, impôts, dépréciation et amortissement (BAIIDA) de l’entreprise. De cette manière, Montrusco Bolton peut évaluer Hydro One de la même manière que le ferait un acheteur éventuel.

3. Achat de titres de créance de sociétés énergétiques

Les sociétés du secteur de l’énergie sont toutes à forte intensité de capital. Les possibilités d’acquérir des titres de créance émis par celles-ci pour financer leurs grands projets et leurs acquisitions sont par conséquent fort nombreuses.

Notre analyse démontre que les sociétés de pipeline sont à ce jour les principales émettrices d’obligations en 2017. Les signes annonçant une reprise imminente dans le secteur de l’énergie se multiplient. Les taux de rendement des titres de créance émis par les sociétés du secteur de l’énergie ont diminué considérablement comparativement à ceux des obligations d’État. Les portefeuilles de MD étaient positionnés avantageusement avant cette diminution, ce qui nous a permis de profiter de la montée des cours obligataires à mesure que les taux de rendement chutaient pour certaines des émissions de titres de créance les plus attrayantes.

Le secteur de l’énergie : en pleine évolution et riche de nouvelles possibilités

En raison de sa taille, de son dynamisme et de son rôle économique central, surtout au Canada, le secteur de l’énergie ne devrait pas être négligé par les investisseurs. Des producteurs traditionnels aux acteurs émergents dans le créneau de l’énergie verte, ce secteur peut dynamiser considérablement le rendement d’un portefeuille.

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