Pétrole: à force de crier au loup…

December 2, 2016

par Craig Maddock CFP, FCSI, CIM, FICB, CFA, MBA
Vice-président à la gestion des placements

La semaine a été mouvementée dans le secteur de l’énergie. Tout d’abord, le gouvernement canadien a approuvé deux importants projets de pipeline qui pourraient accroître d’un million de barils par jour la capacité de l’Alberta d’acheminer son pétrole vers les marchés étrangers.

Ensuite, l’Organisation des pays producteurs de pétrole (OPEP) a annoncé la conclusion du premier accord de réduction de sa production pétrolière depuis 2008. Si l’accord se concrétise, la production de l’OPEP pourrait être réduite d’environ 1,2 million de barils par jour. Toutefois, il faudra d’abord convaincre les pays producteurs hors de l’OPEP, dont la Russie, de réduire leur production.

L’OPEP, fondamentalement un cartel pétrolier, n’est pas véritablement une organisation de gestion de l’offre et de la demande, et l’annonce de cet accord doit donc être prise avec un grain de sel. Les principaux membres de l’OPEP savent que leur rentabilité à long terme est compromise par les énergies de remplacement.

Même si les gros producteurs de pétrole souhaitent tous vendre leur brut à un prix suffisamment élevé pour maintenir leur rentabilité, aucun d’entre eux ne veut perdre la moindre part de marché. Et comme l’histoire récente l’a démontré, l’OPEP pourrait très bien faire grimper les prix du pétrole suffisamment pour déclencher une relance des investissements mondiaux dans les projets pétroliers, puis recommencer à inonder le marché de pétrole bon marché.

Les paroles coûtent peu (contrairement au pétrole)

La volonté réelle des parties en cause de respecter leurs engagements me laisse sceptique. L’OPEP a plus d’une fois joué de cette manière avec les émotions des acteurs du marché afin de soutenir les prix du pétrole pour ensuite renier ses engagements.

Comme le garçon de la fable d’Ésope qui ne cessait de « crier au loup », à force d’annoncer à répétition des réductions de production qui ne viennent jamais, l’OPEP finit par perdre toute crédibilité.

La hausse des cours pétroliers : une lame à deux tranchants

La hausse des cours pétroliers est-elle vraiment un bienfait pour l’économie? Voilà une question qui suscite en moi une certaine ambivalence. Lorsque les cours pétroliers augmentent, les entreprises qui consomment beaucoup d’énergie, notamment celles du secteur des transports et de l’agriculture, souffrent. Par ailleurs, je n’aime pas particulièrement devoir payer plus pour faire le plein à la station-service, pour chauffer ma maison l’hiver et pour nourrir ma famille de cinq personnes.

Force est de reconnaître toutefois que l’augmentation des prix du pétrole améliore la conjoncture économique au Canada. Comme le Canada est un pays exportateur de pétrole, la hausse des cours pétroliers gonfle les recettes fiscales, stimule l’emploi et dynamise le secteur de l’énergie.

Conjuguée à l’augmentation des cours pétroliers, l’approbation des nouveaux pipelines constitue sans aucun doute une excellente nouvelle pour les producteurs de pétrole de l’Ouest canadien, et notamment d’Enbridge, société dans laquelle nous détenons une participation. L’accroissement de la capacité de transport du pétrole par pipeline réduit les contraintes qui limitent la production et procure aux producteurs un accès meilleur marché aux marchés finaux. Toutefois, les lourds investissements qu’exigent ces projets sont dans une large mesure conditionnels au cours du pétrole comme tel.

L’intérêt économique d’investir dans le transport du pétrole canadien dépend en effet totalement d’un prix suffisamment élevé et à l’heure actuelle, l’offre reste supérieure à la demande. Même si de nombreuses sociétés pétrolières canadiennes sont rentables à un cours de 50 USD le baril, le prix du baril de pétrole devra être plus près de 55 à 60 USD pour que le gain de productivité créé par les pipelines soit vraiment utile.

Chez MD, nous entendons surveiller étroitement l’évolution des cours pétroliers au cours des prochains mois. Je suis personnellement curieux de voir si l’OPEP tiendra cette fois ses engagements ou si, encore une fois, elle a « crié au loup » inutilement.

Article précédent
Populisme, protectionnisme et nouvelle norme

par Patrick Ercolano, CFA, MBAGestionnaire de portefeuille Je me souviens avoir vu un reportage à la télévi...

Article suivant
Basta un Sì (oui, tout simplement), un autre coup de dés politique pour conclure l’année

par Patrick Ercolano, CFA, MBAGestionnaire de portefeuille Le 4 décembre prochain, aura lieu en Italie un r...