L’Amérique se serait-elle trumpée?

January 27, 2017

par Craig Maddock, CFP, FCSI, CIM, FICB, CFA, MBA
Vice-président à la gestion des placements

Comme bien des gens la semaine dernière, j’ai écouté le discours d’intronisation de Donald Trump avec un amusement teinté d’une bonne dose d’anxiété.

Dans sa première semaine de présidence, Trump a signé des décrets sonnant l’abrogation de l’Obamacare, le retrait des États-Unis du Partenariat Transpacifique et le coup d’envoi à son projet de mur à la frontière mexicaine. Il prévoit également limiter l’accès aux réfugiés, resserrer l’application des lois de l’immigration, interdire l’entrée au pays à certains visiteurs et enquêter sur les prétendues fraudes électorales.

Malgré les 72 jours écoulés pour nous faire à l’idée que Trump allait entrer au pouvoir, je suis convaincu que jusqu’au 20 janvier, plusieurs personnes espéraient encore se réveiller pour constater qu’elles avaient fait un mauvais rêve.

Heureusement, les marchés boursiers ne semblent pas avoir vécu ce genre d’émotions conflictuelles. Contrairement à la volatilité importante qu’on imaginait prendre d’assaut les marchés, on a plutôt observé une hausse de 7 % de l’indice S&P 500 entre le jour de l’élection et le 26 janvier. Certains en sont sortis gagnants, d’autres en ont subi les contrecoups.

Voici comment quelques secteurs importants de l’économie ont réagi aux changements éventuels de politiques qui accompagneront l’arrivée de Trump au pouvoir.

Banques. Les titres du secteur financier sont en forte hausse : 10,7 % aux États-Unis et 10,8 % au Canada. Les banques ont particulièrement profité de cette poussée, probablement en partie grâce à la hausse des taux d’intérêt, mais aussi grâce aux promesses de Trump d’assouplir la réglementation.

Soins de santé. Inversement, les actions du secteur de la santé ont reculé de 7,5 % au Canada et de 1,6 % aux États-Unis. Au Canada, ce secteur est dominé par la société Valeant (environ 47 % de la valeur boursière sectorielle) et son rendement boursier dépend donc fortement de ce seul titre. Aux États-Unis, le secteur est beaucoup plus diversifié et s’ajuste globalement mieux à l’abrogation probable de l’Affordable Care Act, qu’on appelle communément l’Obamacare.

Automobile. Même si les titres des sociétés du secteur de l’automobile se sont de manière générale appréciés, ils ont été plus volatils que d’habitude. Les changements éventuels de politiques et, notamment, la réforme possible du commerce, du régime fiscal et des lois du travail créent beaucoup d’incertitude dans ce secteur.

Bon nombre de nos sous-conseillers au style axé sur la valeur ont obtenu d’excellents résultats récemment, tandis que ceux dont le style est axé sur la croissance ont perdu une partie de leurs gains antérieurs. Cette constatation semble aller à contre-courant du pronostic de croissance inflationniste mis de l’avant dans les médias et qui devrait en principe favoriser la plupart des entreprises, surtout celles du secteur des produits de consommation.

Tous les acteurs du secteur des placements tentent actuellement de prévoir la suite des choses et ses retombées éventuelles sur les marchés. Or, nul ne le peut vraiment, pas même Trump.

Un de nos sous-conseillers américains, Fiduciary Management Inc., est probablement celui qui a le mieux exprimé les nombreuses contradictions de la situation actuelle :

On ne sait trop comment, mais le gouvernement Trump va dépenser un billion de dollars dans les infrastructures sans augmenter la dette.

On ne sait trop comment, mais l’Amérique va vendre plus de produits à l’étranger tout en s’acharnant sur ses partenaires commerciaux et en les menaçant à coup de tarifs douaniers, et ce, dans un contexte d’appréciation du dollar.

On ne sait trop comment, mais le gouvernement Trump va alléger la réglementation tout en imposant aux organismes publics des obligations de rendre compte plus strictes, même si depuis des générations, la plupart des présidents nouvellement élus affirment la même chose et que la taille de l’administration ne cesse d’augmenter.

On ne sait trop comment, mais le gouvernement Trump va réformer le code fiscal de façon à ce qu’il soit plus juste pour plus de gens et plus attrayant pour ceux qui prennent des risques et pour les propriétaires d’entreprise, tout en équilibrant le budget.

On ne sait trop comment, mais le gouvernement Trump va corriger le système de santé, éliminer les effets pervers des mesures incitatives et améliorer le ratio coût-efficacité, sans pour autant réduire l’accès aux services.

Nous ne nous moquons pas de ces objectifs. Nous disons simplement, comme le proverbe, que le « diable est dans les détails ». À leur arrivée en poste, les deux présidents précédents visaient bon nombre de ces mêmes objectifs et ils ne sont même pas venus près de les atteindre.

L’incertitude est en ce moment très grande sur les marchés. Les investisseurs s’interrogent sur les effets néfastes que pourraient avoir les changements de politiques que décrétera le président Trump et la réforme du commerce. Mais, dans le contexte de la promesse de M. Trump d’accorder systématiquement la « priorité à l’Amérique », je conçois mal comment cette administration pourrait apporter des changements contraires aux intérêts des États-Unis.

À l’ère Trump, il faudra plus que jamais une discipline rigoureuse dans la sélection des titres. Je suis rassuré par notre groupe diversifié de sous‑conseillers qui sont bien outillés pour naviguer dans cet environnement imprévisible.

Certains auront raison et d’autres auront tort, mais tous analyseront la situation avec circonspection et agiront au mieux. Dans le contexte de volatilité accrue sur les marchés boursiers, je suis convaincu que le style unique de gestion active préconisé par MD lui procurera un avantage pendant que le monde traversera péniblement les quatre prochaines années.

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