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Une stratégie solide peu importe le président des États-Unis

Joe Bidden

Aux États-Unis, l’incertitude gagne toujours les marchés les années d’élection présidentielle. Qui dirigera la plus grosse économie du monde et quelles politiques seront mises en place? L’année 2020 est un exemple classique de cette dynamique. La campagne s’est jouée sur plusieurs thèmes : égalité raciale, relations étrangères (surtout avec la Chine), fiscalité, soins de santé et évidemment, la gestion de la pandémie de COVID-19.

À l’issue de ce suspense électoral qui s’étire (le comptage des votes n’est techniquement pas terminé et les résultats sont contestés), on a enregistré un nombre record de 150 millions de votes. Tout porte à croire que le président désigné Joseph R. Biden s’installera à la Maison Blanche le 20 janvier prochain. Mais, pendant qu’il prépare la transition, le président sortant refuse de concéder la victoire et avec le soutien des législateurs républicains, il analyse les options juridiques qui lui permettraient de renverser le verdict électoral dans certains États. Le procureur général des États-Unis, William Barr, a par ailleurs autorisé la tenue d’une enquête sur de possibles fraudes électorales.

Quoi qu’il en soit, Joe Biden deviendra vraisemblablement le 46e président des États-Unis même si la saga se poursuivra plusieurs semaines encore.

La lutte pour le Sénat

Pour ajouter à la complexité de la situation, la composition exacte du Congrès des États‑Unis (qui adopte les lois fédérales) n’est pas encore connue, et ce facteur influera fortement sur les politiques. Il semble que les démocrates conserveront leur majorité à la Chambre des représentants (représentation proportionnelle à la population de chaque État), mais les républicains garderont probablement la main mise sur le Sénat (représentation égale de chaque État). Comme nous le mentionnions dans notre article précédent, lorsque les pouvoirs sont partagés, on assiste rarement à des changements radicaux.

Il y aura cependant un deuxième tour de scrutin en janvier avec deux sièges à l’enjeu en Géorgie. Le Sénat pourrait être composé d’un nombre égal de représentants républicains et démocrates. La vice-présidente désignée, Kamala Harris (présidente du Sénat) posséderait alors la voix prépondérante pour les démocrates.

Le fil des événements

Saisissant, le spectacle électoral a tenu le monde entier en haleine pendant plus d’une semaine, d’où la blague que les médias sont les véritables gagnants de l’élection. Mais, pour revenir aux choses sérieuses, que signifient ces événements pour les investisseurs?

Depuis l’élection, les marchés américains ont rebondi. L’indice S&P 500 est de retour à un niveau supérieur à avant la pandémie et est à son plus haut niveau depuis septembre. Le résultat électoral a sûrement joué un peu, mais le vaccin de Pfizer et BioNTech, qui serait efficace à 90 %, explique probablement cette remontée, au moment où le nombre de cas de COVID explose et amène de nouvelles restrictions partout dans le monde.

Cet espoir d’un vaccin qui permettrait un retour à la normale a toutefois été rapidement tempéré par les problèmes de logistique qui entoureront sa distribution. Les marchés boursiers américains ont quand même poursuivi leur ascension, les investisseurs se tournant de nouveau vers les géants de la technologie (car on s’attend maintenant à une relance plutôt lente), ce qui accentue la tendance derrière une bonne partie des gains de 2020.

L’effet de l’élection sur les marchés aura donc été relativement faible. Les résultats et les manchettes ne perturbent pas vraiment notre stratégie. Notre positionnement demeure bien adapté au contexte actuel qui devrait persister 12 à 18  mois : taux d’intérêt extrêmement bas, politique budgétaire accommodante, volatilité accrue et croissance plus lente pendant la convalescence de l’économie mondiale.

Les portefeuilles MD sont conçus pour le long terme. Nous prenons des décisions de répartition tactique de l’actif qui modulent à court terme notre positionnement, mais même dans ce cas, notre horizon est de 12 à 18 mois. Pas de quelques jours ou semaines (en ce moment, nous privilégions globalement les actions plutôt que les titres à revenu fixe, et les actions nord-américaines et de marchés émergents plutôt que celles des marchés développés internationaux).

Bon nombre de nos positions américaines les plus importantes sont dans des entreprises bien placées pour connaître du succès, peu importe qui contrôlera les leviers du pouvoir aux États‑Unis. Le dynamisme de nombreuses sociétés présentes dans notre portefeuille d’actions américaines est encourageant, mais nos deux plus importantes positions sont celles qui illustrent le mieux notre positionnement.

Microsoft : parfaitement positionnée pour des changements de réglementation et la pandémie

Une analyse des portefeuilles de nos clients révèle que Microsoft est notre position américaine la plus importante. Au 10 novembre, elle représentait 5,3 % du Fonds collectif d’actions américaines GPPMD, 7,4 % du Fonds américain de croissance MD et 3,5 % du Fonds américain de valeur MD.

Le rendement du secteur technologique a été exceptionnel ces dernières années, et le secteur a d’ailleurs brillé pendant la plus grande partie de 2020. On s’inquiète cependant des éventuels changements de réglementation qu’amènerait une administration démocrate. Amazon, Alphabet (Google), Apple et Facebook sont en ce moment toutes mises en cause dans des affaires litigieuses. Pratiques anticoncurrentielles, protection des renseignements personnels, gonflement des prix... Microsoft, elle, a été relativement épargnée par ces controverses.

Microsoft tire son épingle de la pandémie. En effet, qu’ils soient au bureau ou ailleurs, les travailleurs continuent d’utiliser ses produits. Les services d’infonuagique continuent de prendre de l’expansion, les entreprises se tournant vers les centres de données de la multinationale. Et avec le confinement des amateurs de jeux vidéo, les ventes de consoles et de jeux Xbox ne peuvent qu’augmenter. Somme toute, peu importe les événements politiques, nous pensons que Microsoft continuera à connaître du succès.

UnitedHealth Group : résiliente dans l’éventualité d’une augmentation du taux d’imposition

UnitedHealth Group occupe la deuxième place dans nos fonds. Au 10 novembre, cette société représentait respectivement 3,2 %, 3,4 % et 2,8 % du Fonds collectif d’actions américaines GPPMD, du Fonds américain de croissance MD et du Fonds américain de valeur MD.

UnitedHealth Group offre de l’assurance maladie, des logiciels de gestion et des services d’experts-conseils. Comme Microsoft, elle est plutôt bien placée pour les prochaines années, peu importe la tournure que prendra le développement du système de santé aux États-Unis.

Il est possible qu’une administration démocrate majore les taux d’imposition des sociétés (le président désigné Biden pourrait annuler entièrement ou en partie les diminutions d’impôt décrétées par Trump), mais UnitedHealth Group bénéficiera en contrepartie de l’expansion du programme Medicaid et des autres programmes d’assurance maladie subventionnés.

Avec la conclusion du dossier électoral, la volatilité viendra désormais de la pandémie

La relance économique dépendra grandement de l’évolution de la pandémie. Aux États-Unis (et ailleurs), les futures mesures de confinement seront déterminantes. Cela étant dit, le monde est maintenant mieux armé pour répondre à la crise sanitaire. La maladie, son mode de transmission et les mesures de protection sont mieux connus. Le port du masque, la distanciation sociale et les restrictions sur les grands rassemblements semblent des moyens raisonnables de maintenir un taux de contamination gérable et l’activité économique. Les restrictions sont mieux ciblées par rapport aux fermetures générales du début de l’année.

Nous sommes encore loin d’être tirés d’affaire, mais notre position est assurément moins floue qu’en mars dernier. Nos prévisions sur l’économie, les bénéfices des sociétés et les marchés boursiers sont plus fiables. Peu importe qui sera finalement président des États‑Unis, nous pensons que d’ici 12 à 18 mois, plus de gens auront repris le travail. Des pans entiers de l’économie rouvriront grâce à une meilleure gestion de la pandémie (une promesse formelle du duo Biden-Harris) et il est permis d’espérer une percée dans le développement d’un vaccin ou d’un traitement. Les bénéfices de nombreuses entreprises qui éprouvent en ce moment des difficultés ou qui tournent à régime réduit devraient donc augmenter.

En attendant, partout dans le monde, les États soutiennent leurs citoyens au chômage (le prochain programme de stimulation américain est en gestation et on devrait connaître bientôt son ampleur et la date de sa mise en œuvre). La situation est loin d’être idéale, mais ces mesures permettent à l’économie de continuer de rouler et font gagner du temps pendant que nous travaillons collectivement à sortir le monde de la COVID‑19.

Comme nous l’écrivions dans notre article précédent : « Dans l’attente du dénouement de l’élection américaine, il faut se rappeler qu’il s’agit là d’un unique événement (tout de même important). La vue d’ensemble à la base de notre thèse de placement est beaucoup plus vaste et va bien au-delà d’un seul pays et d’un seul événement. Notre stratégie tient compte d’une période beaucoup plus longue et de nombreuses autres variables (géopolitiques, économiques, sectorielles, et même d’une analyse de placements individuels, pour n’en nommer que quelques-unes). » Le modèle d’affaires de nombreuses entreprises comme Microsoft et UnitedHealth Group reste solide et ces entreprises sont positionnées pour connaître du succès, peu importe la tendance politique du jour.

Pour plus de renseignements sur les questions abordées dans le présent article ou sur votre portefeuille, n’hésitez pas à communiquer avec votre conseiller MD*.

* « Conseiller MD » désigne un conseiller financier de Gestion MD limitée (au Québec, un conseiller en placement).

L’information ci-dessus ne doit pas être interprétée comme des conseils professionnels en placements ou d’ordre financier, fiscal, juridique, comptable ou de nature similaire applicables en contexte canadien ou étranger, et elle ne saurait en aucun cas remplacer les conseils d’un fiscaliste, d’un comptable ou d’un conseiller juridique indépendant.

À propos de l'auteur

RICHARD SCHMIDT, CFA, est analyste principal en placement au sein de l’équipe Gestion multiactif chez Gestion financière MD. Il supervise les recherches et l’analyse pour tous les mandats d’actions et de titres à revenu fixe.

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