La mise en accusation du président Trump va-t-elle faire dérailler l’économie américaine?

December 20, 2019 Ian Taylor

La mise en accusation de Donald J. Trump, le troisième président des États-Unis à connaître un tel sort, a permis de voir une fois de plus à quel point la population américaine est divisée entre les partis. Il est clair que le résultat de cette procédure aura des conséquences politiques à long terme à l’approche des élections de 2020.

Malgré sa mise en accusation, il demeure toutefois peu probable que le président des États-Unis soit destitué. L’affaire doit maintenant faire l’objet d’un procès au Sénat. Pour destituer le président Trump, il faudrait un vote en ce sens à la majorité des deux tiers, ce qui nécessiterait qu’au moins 20 sénateurs républicains votent contre lui. Cependant, le président compte sur un taux d’approbation de 90 % chez les républicains et de 43 % dans l’ensemble de la population américaine – des chiffres semblables à ceux de Barack Obama dans sa troisième année de mandat, avant d’être réélu1.

Il est pratiquement certain que le président Trump sera acquitté et nommé une fois de plus par le Parti républicain comme candidat aux élections en 2020. L’histoire nous a appris que l’économie doit être faible pour qu’un président ne soit pas réélu après son premier mandat. Ainsi, malgré la vaste désapprobation que suscitent nombre de ses actions, les chances que le président Trump obtienne un deuxième mandat demeurent élevées, surtout dans le contexte d’une économie américaine résiliente.

À l’heure de réexaminer le positionnement des portefeuilles, nous devons clarifier quelques variables importantes : l’économie américaine conservera-t-elle sa vigueur à l’approche des élections de 2020? Et que signifie la mise en accusation du président pour vos portefeuilles chez MD?

Voici notre point de vue.

L’économie américaine continue de tourner

Les consommateurs américains… consomment allègrement

Alors qu’à Washington, le débat fait rage, l’économie du pays demeure solide, et la consommation, stable. La vente au détail avait augmenté de 3,7 % sur un an en octobre, une amélioration par rapport à la croissance de 1,8 % établie en décembre dernier, selon le U.S. Census Bureau2. La confiance des consommateurs est aussi élevée : l’indice du sentiment des consommateurs de l’Université du Michigan a atteint 96,8 en novembre, après un faible 89,8 en août3.

L’emploi demeure très positif

Le taux de chômage est tombé à 3,5 %, le taux le plus bas enregistré depuis mai 1969. En novembre, 266 000 emplois se sont ajoutés à l’économie, et les mois de septembre et d’octobre ont été révisés à la hausse de 41 000 emplois (combinés) 4. De plus, la hausse des salaires se poursuit, avec une augmentation de 3,1 % des salaires horaires moyens5 par rapport à l’année précédente – la croissance la plus rapide observée durant la période d’expansion actuelle.

Le secteur de l’habitation est favorable

Les ventes de maisons existantes ont bondi pour atteindre 5,46 millions d’unités, une augmentation de 4,6 % sur un an, propulsée par les faibles taux de prêts hypothécaires sur 30 ans (3,7 %)6. Il s’agit d’une récupération solide après le déclin de 2018, alors que la Fed montait ses taux. Les ventes de maisons neuves ont aussi poursuivi leur remontée après la chute brutale provoquée par la bulle immobilière; en date d’octobre, 733 000 maisons neuves avaient été vendues7.

Les États-Unis sont devenus un exportateur net de pétrole

La recherche de l’indépendance énergétique a grandement progressé : en septembre, les États-Unis ont exporté 89 000 barils de pétrole par jour de plus qu’ils n’en ont importé. C’est une première depuis le début des statistiques mensuelles en 19738.

Tout n’est pas rose, il y a aussi des signaux d’alarme

L’incertitude persiste concernant le commerce avec la Chine

Bien que l’économie montre des signes clairs de vigueur, le paysage de l’investissement est un peu plus précaire. Cependant, les zones de faiblesse pourraient évoluer avec le cycle économique, surtout si une trêve peut mettre fin au conflit commercial. Le président a un certain pouvoir à ce chapitre puisqu’il s’agit d’une question de politique étrangère et qu’il a lui-même déclenché le conflit. Il reste encore des détails à régler après l’annonce récente d’un accord potentiel de « phase 1 », mais il semble désormais évident que les deux parties sont prêtes à faire des concessions.

Les entreprises génèrent des bénéfices médiocres

Chez les entreprises de l’indice S&P 500, les bénéfices sur un an ont reculé de 1 % au dernier trimestre et les ventes ont augmenté d’un maigre 3,5 %. Les actions pourront difficilement prendre beaucoup de valeur en 2020 si les bénéfices n’augmentent pas.

Les investissements des entreprises sont demeurés stationnaires au dernier trimestre

Les investissements dans les structures ont baissé de 7,3 %, tandis que ceux dans l’équipement ont augmenté de seulement 1 %. Selon nous, ces chiffres trahissent un repli économique chez les entreprises ayant pignon sur rue (les centres commerciaux comparativement à Amazon) et la faiblesse du secteur manufacturier. En revanche, les investissements dans la propriété intellectuelle ont augmenté de 7,8 %, ceux dans les logiciels, de 9,9 % et ceux en recherche et développement, de 6,9 % sur un an9. Ces résultats confirment un virage en faveur des investissements dans la technologie ainsi que l’importance croissante du secteur des services dans l’économie américaine.

L’indice des directeurs d’achats évolue de façon inégale

L’indice des directeurs d’achats Markit (indice PMI) des États-Unis a atteint 52,6 en novembre, après un faible 50,3 en octobre (une donnée supérieure à 50 indique une expansion nette du secteur manufacturier). Toutefois, l’indice PMI de l’Institute of Supply Management, plus exposé à de grandes multinationales, continue d’indiquer un ralentissement économique, avec 48,1, à peine plus que le faible 47,8 de septembre. La résolution du conflit commercial avec la Chine devrait cependant ramener ces chiffres à des valeurs plus favorables, puisque l’amélioration de ces indices correspond généralement à une hausse des bénéfices, des investissements et du commerce international.

Que risque-t-il d’arriver?

Bien que la destitution semble peu probable, les marchés pourraient courir un risque accru si la probabilité de la destitution augmente ou si les chances de réélection diminuent. Les réductions d’impôt accordées par Trump en 2017-2018 ont été profitables pour les marchés boursiers, mais les candidats démocrates prennent des positions tranchées sur l’extraction de gaz de schiste, le secteur des technologies et le secteur des soins de santé. Dans ce scénario, ces secteurs pourraient subir de la pression et nuire davantage au marché boursier des États-Unis.

Nous conservons une surpondération des actions américaines

Le scénario le plus probable, c’est que l’économie nord-américaine conservera sa force structurelle. En ce moment, nous maintenons une surpondération des actions dans leur ensemble, et les actions américaines représentent 61 % des actions des marchés développés à l’échelle mondiale.

Nous surpondérons les secteurs de la consommation discrétionnaire et des produits industriels dans le Fonds collectif d’actions américaines GPPMD. Les deux secteurs devraient profiter d’un rebond du secteur manufacturier et du commerce, ainsi que de la croissance de la consommation. Par ailleurs, nous sous-pondérons le secteur des technologies de l’information, ce qui pourrait offrir une certaine protection contre les risques de contrôle réglementaire accru et d’évaluations boursières relativement élevées. Nous conservons une forte proportion de liquidités afin de mieux protéger notre portefeuille contre la volatilité potentielle du marché.

Nous avons aussi récemment commencé à renforcer notre position en actions internationales. Beaucoup de marchés internationaux ont subi les contrecoups de la faiblesse de la Chine et de la zone euro, mais pourraient profiter davantage en cas de récupération.

Pour en savoir plus sur la situation entourant le président, sur son influence sur votre portefeuille ou sur le positionnement de celui-ci, veuillez communiquer avec votre conseiller MD*.

 

* « Conseiller MD » désigne un conseiller financier de Gestion MD limitée (au Québec, un conseiller en placement).

https://news.gallup.com/poll/203198/presidential-approval-ratings-donald-trump.aspx

2 Advanced Monthly Sales for Retail and Food Services, U.S. Census Bureau

3 http://www.sca.isr.umich.edu/

4 https://tradingeconomics.com/united-states/unemployment-rate

5 https://tradingeconomics.com/united-states/wage-growth

6 https://tradingeconomics.com/united-states/existing-home-sales

7 https://tradingeconomics.com/united-states/new-home-sales

https://www.eia.gov/petroleum/weekly/archive/2019/191204/includes/analysis_print.php

9 https://fred.stlouisfed.org/release/tables?eid=8128&rid=53

 

À propos de l'auteur

Ian Taylor

Ian Taylor, CFA, est gestionnaire de portefeuille au sein de l’équipe Gestion multiactif chez Gestion financière MD. Il supervise les mandats de répartition stratégique et tactique de l’actif et les fonds communs de placements non traditionnels. De plus, il est membre du Comité du risque et de la répartition tactiques de MD.

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