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La Dre Lalita Malhotra, pilier de Prince Albert

Comme d’habitude, à son bureau aujourd’hui elles venaient
de toutes les contrées
Et comme d’habitude, crayon et papier à la main, elle marchait
d’un pas assuré
Au mur, joliment présentée, une marque de reconnaissance
qu’on lui a décernée
En 2001, c’était de mise, de l’Ordre du mérite de la
Saskatchewan on l’a décorée
Plus qu’un médecin, c’est aussi une conseillère, une
conférencière, une mère et une âme nourricière [traduction]
– Florence S. McLeod

Ce n’est pas tous les jours qu’une patiente écrit un poème à propos de son médecin. En même temps, combien de médecins auront laissé une empreinte indélébile non seulement dans la vie de leurs patients, mais dans leur milieu, leur province et leur pays?

La Dre Lalita Malhotra pratique l’obstétrique, la gynécologie et la médecine familiale à Prince Albert, en Saskatchewan, depuis 1975 – l’année où elle s’est établie au Canada avec son mari, le Dr Tilak Raj, pédiatre. Elle a consacré sa carrière au bien-être des femmes, en particulier celles des communautés autochtones de la région.

Son immense apport à la santé et au bien-être de la collectivité n’est pas passé inaperçu. La Dre Malhotra a reçu l’Ordre du mérite de la Saskatchewan en 2001 et l’Ordre du Canada en 2006. Elle a plus tard siégé au Conseil consultatif de l’Ordre du Canada. En 2008, elle était faite citoyenne de l’année de Prince Albert, et en 2010, elle figurait au palmarès « 35 Canadiennes remarquables » du magazine Canadian Living.

Mais une chose en dit sans doute plus que n’importe quelle autre sur sa personnalité et son importance : des 10 000 enfants qu’elle a vus naître au fil des décennies, une douzaine ont reçu son prénom, Lalita.

* * *

Les débuts au Canada ne sont pas faciles. Non seulement la Dre Malhotra interrompt sa formation de résidente en Angleterre pour atterrir en Saskatchewan sans endroit où exercer, mais elle peine à se faire accepter dans une profession à prédominance masculine.

« Comme je n’arrivais pas à trouver d’emploi, mon père, en avance sur son temps, m’a suggéré d’ouvrir ma propre clinique, raconte-t-elle. C’est ce que j’ai fait. »

Elle devient ainsi la première médecin de Prince Albert à avoir sa propre pratique. À sa grande surprise, douze personnes font la file dehors le jour de l’ouverture. Et ce nombre croît exponentiellement par la suite. Bientôt, elle pratique plus de 350 accouchements par année.

La Dre Malhotra est inspirée par les filles et les femmes qu’elle soigne à sa clinique. Elle réalise aussi qu’elles ont besoin de beaucoup plus de ressources et d’accompagnement en matière de santé, reproductive notamment. Elle n’hésite pas à demander du financement à la province pour pouvoir prescrire des contraceptifs à ses patientes. gratuitement ou à un coût abordable. Elle offre aussi des rendez-vous en soirée aux plus jeunes, qui peuvent ainsi la voir sans devoir s’absenter de l’école.

En 1992, elle met sur pied le Women’s Wellness Centre. Elle y tissera des liens forts avec ses patientes, en leur offrant un endroit où elles peuvent demander conseil en toute sécurité et sans craindre le jugement.

Elle constate aussi des lacunes dans la prise en charge de la fin de la vie reproductive. Au cours de la décennie qui suit, elle ouvre une clinique de la ménopause pour offrir du counseling aux femmes se sentant en perte de repères et vivant de la solitude.

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La Dre Malhotra dit avoir été immédiatement proche des femmes autochtones, qui ont toujours fait partie de sa vie à Prince Albert et dont le vécu influence souvent beaucoup leur santé et leur bien-être.

« Les difficultés qu’elles vivent peuvent être profondes, et la seule manière d’aller chercher les informations nécessaires, c’est de les regarder dans les yeux et de leur tenir la main. On doit gagner leur confiance pour leur faire dire ce qui ne va pas. Il peut s’agir d’abus sexuels remontant à l’enfance, de violence physique ou psychologique liée à la pauvreté, d’une faible scolarité ou d’un manque de possibilités. Je souhaitais contribuer à rompre ces cycles et aider ces femmes à se lever. »

À 82 ans, la Dre Malhotra soigne aujourd’hui la troisième génération des mêmes familles, dont elle a toujours autant à cœur la santé et le bien-être. Elle regarde avec fierté de plus en plus de femmes autochtones « sortir de leur cocon », retourner aux études et devenir des piliers de leur ménage.

« Quand une femme est instruite, la génération qui la suit aspire à l’être aussi. Certaines des filles que j’ai mises au monde sont aujourd’hui infirmières, avocates, juges; elles ont si bien tracé leur chemin. Mon legs sera qu’elles transmettent leur soif de réalisation à leurs propres enfants. »

Pour les riches rapports que la Dre Malhotra a noués avec les gens de la communauté et son engagement indéfectible envers eux, les aînés lui ont solennellement remis une courtepointe étoilée, geste réservé aux grands honneurs, et lui ont attribué le titre d’« ange du Nord ».

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Deux ans après la mort de son mari, la Dre Malhotra a saisi une nouvelle occasion d’apporter une contribution durable à son milieu, cette fois par la philanthropie.

Les Malhotra ont souvent été témoins de la détresse de parents obligés de faire transporter leur bébé par avion vers un grand centre, parfois hors de la province, pour qu’il y reçoive des soins pédiatriques spécialisés. Pour que cela n’arrive plus, la Dre Malhotra a donné 800 000 $ à la Victoria Hospital Foundation pour la construction d’une unité de soins intensifs néonatals à Prince Albert.

« À l’un de nos anniversaires de mariage, mon mari avait dû accompagner quatre bébés à bord d’un vol vers Edmonton. Je m’étais dit que si nous avions notre propre unité de soins intensifs, nous n’aurions plus à séparer les bébés de leurs parents. Mon mari tenait beaucoup à ce legs. On naît dépourvu de tout, et on meurt dépourvu de tout. Autant mettre l’argent que nous avons au service d’une bonne cause. »

L’unité de soins intensifs néonatals Malhotra doit ouvrir ses portes ce printemps.

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La Dre Malhotra habite toujours la maison qu’elle et son mari ont achetée il y a une cinquantaine d’années. C’est dans cette maison qu’ils ont élevé leurs trois enfants, deux filles et un fils, pour qui ils ont essayé de garder toutes les portes ouvertes, et qu’ils ont encouragés à se dépasser. Suivant les traces de leurs parents, tous trois sont devenus médecins, et l’une de leurs filles est directrice médicale à la First Nations Health Authority de la Colombie-Britannique.

La Dre Malhotra a annoncé qu’elle prendra sa retraite cet été, mais elle est loin d’avoir fini de redonner. 

En fait, elle travaille à un nouveau projet avec le premier ministre de la Saskatchewan : une école où des garçons autochtones pourront acquérir une formation professionnelle qui les préparera à travailler dans des secteurs nécessitant une main-d’œuvre spécialisée. Elle s’attend à ce que l’établissement accueille ses premiers étudiants d’ici cinq ans.

« Je ne peux pas prendre ma retraite et rester assise à ne rien faire. »

Nous ne doutons pas un instant que la Dre Malhotra poursuivra son œuvre dans cette nouvelle étape de sa vie. Nos félicitations pour cette retraite pleinement méritée!