L’actualité boursière, notre point de vue et notre stratégie avec Craig Maddock

April 7, 2020
 

 

*Il faut prévoir jusqu’à 24 heures avant que cet épisode apparaisse dans vos répertoires préférés. En anglais seulement

Craig Maddock est gestionnaire de portefeuille principal et vice-président à la gestion multiactif chez Gestion financière MD.

Alex [00:00:03] Bonjour à toutes et à tous. Merci de vous joindre à nous aujourd’hui. Je m’appelle Alex Cheung, gestionnaire de contenu chez Gestion financière MD. Pour ce balado de l’Analyste MD, j’ai le privilège de m’entretenir avec mon collègue Craig Maddock, vice-président et gestionnaire de portefeuille principal de l’équipe Gestion multiactif de MD pour parler des événements en cours et des effets de la pandémie de COVID-19 sur les marchés mondiaux, de la réaction internationale à la crise, de la manière dont il entrevoit la suite des choses et de ce que MD entend faire pour protéger les portefeuilles de ses clients afin qu’ils puissent malgré tout atteindre leurs objectifs financiers. Bonjour Craig. Bienvenue et surtout, merci de prendre le temps en dépit d’un horaire très chargé de vous joindre à nous aujourd’hui. Je sais que tout le monde est actuellement très occupé, mais je pense que bien des gens ont hâte d’entendre ce que vous avez à dire aujourd’hui.

Craig [00:00:42] Merci Alex. Je suis ravi d’être ici.

Alex [00:00:44] Alors, plongeons! Que s’est-il passé sur les marchés?

Craig [00:00:48] Eh bien, les marchés ont évidemment été extrêmement volatils, Alex. L’année avait bien commencé. En janvier, les résultats boursiers étaient très positifs. Ensuite, vers la fin février, les indices ont plongé et depuis, partout dans le monde, les pertes se chiffrent à plus ou moins 30 %. Cette descente s’accompagne évidemment d’une grande volatilité. Selon le jour où l’on examine la situation, la situation fluctue entre « légèrement meilleure » ou « légèrement pire ». Mais globalement, entre le plus récent sommet et le creux le plus récent, les actions ont perdu 30 % de leur valeur. L’environnement était très difficile à lire. Il était dur de prévoir l’effondrement avant l’éclosion virale. Les marchés semblaient en bonne forme. Comme je l’ai mentionné, les résultats du mois de janvier étaient plutôt bons. En janvier, voire au tout début de l’année, nous anticipions une croissance raisonnable de l’économie mondiale en 2020. Les multiples étaient plutôt élevés sur les marchés boursiers et si personne ne s’attendait à des rendements record en 2020, nous espérions quand même des rendements corrects. Nous pensions que le rendement des actions serait supérieur à celui des titres à revenu fixe. De manière générale, nous pensions que les marchés seraient stables. Les niveaux de risque étaient plutôt faibles. La situation mondiale de l’emploi était excellente : les chercheurs d’emploi en trouvaient facilement. Les principaux risques, dont le Brexit et les guerres commerciales, semblaient en voie de se résorber. Tout était en place pour une année sans histoire. L’éclosion de coronavirus a rapidement pris des proportions incroyables et provoqué ce qui est probablement la correction la plus forte et la plus rapide de l’histoire. Les plus importantes corrections précédentes comme la Grande Dépression, la crise financière, la bulle des titres technologiques, et même le krach de 1987, ont bien sûr entraîné une énorme dépréciation des marchés, mais aucune n’a été aussi rapide ni aussi radicale que celle provoquée par le coronavirus. La crise de la COVID-19 a été fulgurante. Elle a complètement modifié le paysage mondial et les acteurs du marché y ont réagi de manière fort différente. Comme si la situation n’était pas déjà assez chaotique, elle s’est développée en plein cœur d’un choc pétrolier. Il y a quelques semaines, les pays de l’OPEP se sont en effet réunis et ont décidé de plus ou moins démanteler l’OPEP2, inondant du même coup les marchés de pétrole. Les principaux belligérants de cette guerre des prix, l’Arabie saoudite et la Russie, semblent déterminées à faire baisser les prix du pétrole. En plus de l’effondrement des marchés causé par la COVID-19, il faut donc composer avec une chute des prix du pétrole d’environ 40 $ le baril depuis le début de l’année. Le pétrole brut se négocie actuellement aux environs de 20 $ le baril et les prix demeurent très volatils. Il est impossible de se fier au prix actuel puisqu’il est appelé à varier fortement. La volatilité règne en maître. Il faut s’attendre à des fluctuations de grande amplitude et à une évolution rapide et importante de la situation. Notre scénario de début d’année ne tient plus. Et évidemment, à la chute vertigineuse des prix du pétrole et au plongeon des marchés boursiers, s’est ajoutée une baisse des taux d’intérêt. Les taux d’intérêt ont commencé à baisser très tôt et le plongeon est de l’ordre de plus ou moins 130 points de base, soit 1,3 % sur les obligations de 10 ans. Et la situation est similaire aux États-Unis. En comparaison avec la situation au début de l’année, le changement est majeur. Et les taux d’intérêt n’ont pas baissé uniquement aux États-Unis, mais pratiquement partout dans le monde. Puis, comme si cela ne suffisait pas, notamment en ce qui concerne les prix du pétrole, les écarts de taux et les prix des obligations les plus risquées ont aussi diminué substantiellement, plus particulièrement dans les régions ou les secteurs liés de près ou de loin au pétrole.

Alex [00:04:01] Nous travaillons actuellement à dresser un état de la situation en Chine pour établir où ce pays en est rendu en ce moment. Cette mise à jour sera publiée bientôt sur md.ca. Rapidement, que se passe-t-il là-bas?

Craig [00:04:09] Eh bien, puisqu’il est question de la COVID-19, nous savons tous que la Chine est à l’origine de la situation actuelle. Pratiquement tout le monde est au courant. Toutefois, en matière de placement, les conséquences économiques du coronavirus sur les consommateurs et entreprises sont ce qui compte. Dès le départ, la Chine a pris des mesures radicales et a isolé à toutes fins utiles une ville entière, puis a ensuite placé en confinement de multiples villes afin d’empêcher la propagation de la COVID-19. Ces gestes prudents ont donné le ton à ce qui allait suivre dans d’autres pays. On savait que peu de pays seraient en mesure d’appliquer concrètement des mesures aussi strictes que celles de la Chine et fermer des villes entières. Si le virus en venait à se propager, comme il l’a finalement fait, quels seraient les effets? Jusqu’à maintenant, les conséquences semblent plus graves ou potentiellement beaucoup plus graves que celles dont nous avons été témoins en Chine notamment en ce qui concerne le nombre de personnes touchées, et, assez tristement, le nombre de décès. Les autres pays ont réagi un peu comme la Chine, mais certainement pas avec la même sévérité ni la même rigueur. La plupart des villes et des États aux États-Unis ou des provinces ici au Canada, appliquent des mesures extrêmes pour suspendre l’activité commerciale et demandent à leur population de rester à la maison. Ces mesures ont anéanti la demande mondiale. La consommation est interrompue et le restera pendant une période prolongée. Nos médecins clients ont probablement une meilleure idée que nous de la durée possible de ces mesures d’isolement destinées à freiner la propagation de la COVID-19, mais nous pensons que la situation actuelle durera des mois plutôt que des semaines, d’où la disparition probable d’une masse importante d’activités commerciales, ce qui aura des retombées profondes sur l’économie mondiale, mais aussi, bien sûr, sur les particuliers. Nous devions agir rapidement et décisivement. Comme je l’ai mentionné précédemment, nous avions commencé l’année avec un scénario de base intégrant une amélioration des rendements boursiers par rapport à ceux des titres à revenu fixe en nous appuyant sur des hypothèses raisonnables de croissance des entreprises. Par ailleurs, les taux d’intérêt étaient plutôt bas, ce qui favorisait bien sûr les actions par rapport aux titres à revenu fixe. Nous avons donc dû agir très rapidement lorsque les événements se sont précipités sur les marchés boursiers. Nous avons modifié nos positions, passant d’une surpondération des titres boursiers à une légère sous‑pondération. Cette modification n’a pas touché uniquement les actions puisque nous avions adopté en quelque sorte une position légèrement procyclique dans tous nos portefeuilles. Il nous a fallu là aussi agir rapidement pour éliminer cette surpondération et positionner nos portefeuilles en prévision d’une période de contraction prolongée des rendements.

Alex [00:06:41] Nous avons évidemment modifié la composition des portefeuilles MD. Nous reviendrons sur ce point un peu plus tard. Mais avant, je pense qu’il est important de jeter un coup d’œil sur les mesures que les décideurs politiques ont prises partout dans le monde et d’analyser ce que cela signifie l’avenir des marchés.

Craig [00:06:55] En termes simples, la situation extraordinaire que nous vivons exige des mesures extraordinaires. Si l’on fait exception des services essentiels, l’économie mondiale vient à toutes fins utiles de cesser de fonctionner. Comme vous le savez, on enjoint aux gens de rester chez eux. Si vous n’êtes pas obligé de sortir et d’interagir avec d’autres, il faut vous en abstenir, d’où, comme on l’a vu, des licenciements massifs. Les secteurs les plus touchés sont le transport aérien, les hôtels et les restaurants. Pensez à toutes ces conférences qui seraient en cours et qui ont été annulées. Vous savez, ma propre fille est maintenant à la maison et ne va plus à l’école et on peut affirmer sans risque de se tromper que son année scolaire est probablement terminée. Aujourd’hui même, le nombre de nouvelles inscriptions au chômage aux États-Unis a été publié. Le total des inscriptions des dernières semaines s’élève à 10 millions. Ce chiffre est bien sûr énorme et il augmentera encore. Le 1er avril était jour de paiement du loyer pour un grand nombre d’Américains, et ils seront sans doute nombreux à ne pas savoir exactement comment ils le paieront, d’où la possibilité de quelque 15 millions de défauts de paiement hypothécaire pendant cette période de repli économique. Les retombées de la crise actuelle seront massives. Elles ne découlent pas tant du virus comme tel qui cause ses propres dommages, mais plutôt de la réaction au virus et des efforts déployés pour le ralentir qui poussent actuellement au chômage de nombreuses personnes. Les gouvernements ont donc pris les choses en main partout dans le monde en adoptant des mesures proprement extraordinaires. En premier lieu, les taux d’intérêt ont été abaissés. La Réserve fédérale a décrété deux diminutions d’urgence des taux d’intérêt. Au total, la baisse est très importante. Donc, si vous songez à emprunter, actuellement, le crédit n’a jamais été aussi bon marché. Ces mesures sont fantastiques pour créer un potentiel de relance. Le coût de la dette a diminué pour bien des gens. Le crédit est certainement beaucoup plus abordable et les chances de relance de l’économie augmentent d’autant. Mais bien franchement, tant que les gens ne recommenceront pas à travailler et tant qu’ils seront sans revenus, qui pourra vraiment se permettre d’emprunter, sauf peut-être quelques grandes multinationales qui prospéreront certainement et survivront à cet environnement et pourraient être tentées de s’endetter pour traverser la crise en s’aidant elles-mêmes et en aidant leurs employés? Nous notons ces décisions récentes. Mais au cours de la dernière année et un peu plus, soit depuis mai dernier, nous avons recensé plus de 80 décisions des banques centrales d’abaisser les taux d’intérêt. C’est donc dire que les taux d’intérêt à court terme mondiaux sont en baisse de plus de 80 points de base par rapport à leur sommet de 2019. Les politiques monétaires ont donc été considérablement assouplies pour s’assurer que tout ce qui peut l’être est abordable, un facteur qui aura assurément son importance dans l’éventuelle relance, mais, à mon avis, uniquement dans sa deuxième phase. La première phase consistera, bien honnêtement, à assurer la survie des entreprises et à faire en sorte que les particuliers sortent de cette crise en aussi bonne position que possible, compte tenu des mesures qui ont été prises de tout fermer sauf les services essentiels.

Alex [00:09:34] Qu’en est-il des mesures budgétaires?

Craig [00:09:36] Outre la politique monétaire dont les avantages, comme je l’ai dit, se feront davantage sentir à plus long terme pour les entreprises et les consommateurs, les autorités ont déployé tout un train de mesures de stimulation budgétaire dont nous avions sans doute besoin depuis un certain temps afin de soutenir l’économie. Il est malheureux qu’il ait fallu un événement comme cette pandémie de coronavirus pour convaincre les gouvernements de dépenser. On peut aussi faire valoir qu’ils dépensent maintenant probablement plus que cela n’aurait été autrement nécessaire. Peut-être cette aide suffira‑t-elle pour nous faire traverser le pire de cette crise. Mais selon moi, l’aspect le plus remarquable de ces mesures est la rapidité avec laquelle elles ont été prises. Si on revient aux crises financières du passé, on constate qu’il a fallu des mois avant que les gouvernements trouvent le moyen de se porter au secours du secteur des services financiers. Cette fois, le gouvernement américain a approuvé un train de mesures d’une valeur de plus de 2 000 milliards de dollars en quelques semaines seulement pour permettre aux Américains de garder la tête hors de l’eau pendant le pire de la crise. Cette décision aura son importance, mais les mesures seront-elles pour autant suffisantes? Voilà la grande question. Elles aideront assurément un certain nombre d’entreprises et de personnes, mais probablement pas toutes et il y aura donc malgré tout des retombées économiques négatives. Pensons aux secteurs qui seront le plus touchés, aux entreprises qui, comme je l’ai mentionné, ne sont pas essentielles. On laissait entendre au départ que les regroupements de plus de dix personnes seraient interdits et on est maintenant rendu à interdire les regroupements de plus de cinq personnes. Il n’y a pas vraiment beaucoup d’entreprises capables de respecter cette règle et de poursuivre leurs activités en restant rentables. Nous devons donc nous attendre à ce qui sera probablement le plus gros coup de frein économique de l’histoire mondiale. Il aura d’énormes répercussions sur le produit intérieur brut (PIB). Pensez maintenant un peu à tous les produits et services qui sont produits à l’échelle mondiale. Selon les estimations, cette production reculera considérablement au cours des prochains trimestres, ce qui nuira profondément à la rentabilité des entreprises, à leurs bénéfices et au bout du compte, bien sûr, au rendement des placements.

Alex [00:11:22] Donc, si l’on se fie aux médias, la plupart des gens s’attendent à ce que les choses s’aggravent avant de s’améliorer, à tout le moins, en ce qui concerne l’épidémie. Et si je me fie à ce que vous venez de dire, à votre analyse, la situation pourrait être similaire sur les marchés. Comment MD entrevoit-elle l’avenir immédiat?

Craig [00:11:38] Oui, je suis tout à fait d’accord Alex. Notre point de vue sur la pandémie est assurément que les choses vont aller plus mal avant d’aller mieux. De toute évidence, nous nous efforçons tous de voir comment la courbe de progression de l’épidémie peut être aplatie en nous inspirant de l’expérience chinoise pour voir ensuite comment la situation peut évoluer en lien avec les autres marchés du monde. Nous croyons que comme la situation sanitaire s’aggrave et exerce une forte pression sur le système de santé et qu’elle risque de continuer de se détériorer, les retombées économiques seront importantes tout comme les contrecoups qui suivront. Songeons un peu à toutes ces personnes qui sont aujourd’hui chez elles et qui ne sont plus productives. Même si la pandémie finit par s’essouffler, si la situation revient à la normale et si les gens peuvent retourner au travail, il est certain que le retour à la normale ne sera pas instantané. Même la psyché collective sera différente. Selon notre scénario de base actuel, la situation va continuer de s’aggraver et de se détériorer, et les nouvelles ne seront pas très bonnes au cours du prochain mois. La situation perdurera peut-être des semaines, peut-être des mois. Il est difficile de le dire avec précision. On ne sait même pas si les chiffres de l’emploi vont continuer de se détériorer et si oui, dans quelle mesure. Les défauts de paiement, voire les faillites, se multiplieront vraisemblablement, ce qui n’est vraiment pas bon pour l’économie. À plus long terme, quels changements verrons-nous au sein des entreprises? Commenceront-elles à accumuler davantage de liquidités pour se protéger contre des événements comme celui-ci? Modifieront-elles la structure de leur bilan ou prendront-elles moins de risques dans la gestion de leurs activités? Tous ces facteurs pourraient avoir des retombées à long terme. Nous pensons qu’il est plus prudent pour l’instant d’adopter une position défensive et de ne pas être trop audacieux, ce qui ne signifie pas pour autant que nous allons convertir la totalité de nos portefeuilles en liquide. Nous devons cependant élaguer le portefeuille et larguer certaines actions trop risquées et mettre les capitaux de côté jusqu’à ce que nous trouvions ce que nous pensons être une meilleure occasion d’achat, mais nous n’en sommes pas encore là. Les probabilités de succès s’amélioreront probablement d’ici 12 à 18 mois à partir du moment où l’essentiel des mauvaises nouvelles aura été absorbé par le marché. Il ne faut pas perdre de vue que deux mécanismes jouent actuellement. Le premier est que la situation peut encore s’aggraver. Le deuxième est l’incertitude à savoir si la valeur actuelle des marchés reflète le scénario du pire. Lorsque les marchés boursiers ont plongé de 30 %, c’était un signe des malheurs que les acteurs entrevoyaient et qui ont de toute évidence instantanément été intégrés aux cours des actions. La question à laquelle il faut maintenant répondre est la suivante : les mauvaises nouvelles ont-elles été toutes intégrées aux cours boursiers? À notre avis, les risques présents sur le marché ne sont actuellement pas entièrement intégrés dans les cours des actions et d’autres mauvais moments restent à venir. Par ailleurs, nous ne voulons en rien laisser entendre que les décideurs politiques et les gouvernements ne peuvent intervenir avec encore plus de force. Le gouvernement des États-Unis s’est engagé à recourir à l’assouplissement quantitatif, ce qui dénote la volonté et la capacité de l’administration d’acheter des obligations et d’autres instruments financiers pour soutenir les marchés. Les mesures de ce genre sont pratiquement illimitées. Dans le passé, lorsque les gouvernements ont eu recours à ces techniques pour extirper les marchés de la crise financière, des plafonds et des limites étaient fixés et les sommes en jeu étaient réduites dès que la situation s’améliorait, puis majorées de nouveau si elle se détériorait. Cette fois, les gouvernements semblent s’être engagés à recourir à l’infini à l’assouplissement quantitatif et à dépenser fondamentalement tout l’argent qu’il faudra pour régler le problème, qui est très grave Il est utile de mettre de cette manière un plancher sous lequel les marchés et les titres plus risqués ne pourront s’enfoncer. Les autorités permettront‑elles que des sociétés fassent défaut sur leurs obligations? Probablement pas dans certains cas, et peut-être dans d’autres. Tout dépendra du point auquel nous nous enliserons dans ce marasme et de la position dans laquelle nous serons lorsque nous verrons finalement poindre la lumière au bout du célèbre tunnel et pourrons entrevoir un retournement de situation. Le Canada se trouve par ailleurs dans une situation unique. Comme nous l’avons mentionné précédemment, l’éclatement de l’OPEP+ a eu des conséquences très négatives sur les prix du pétrole. Or l’économie canadienne est intimement liée aux prix du pétrole. Nous exportons encore beaucoup de pétrole. Ce secteur est non seulement très important au sein de notre économie, mais il représente aussi une forte proportion de nos marchés boursiers. Par conséquent, tant que les difficultés dans le secteur pétrolier persisteront et que les prix demeureront extrêmement bas, la situation actuelle aura un effet encore plus néfaste sur les pays comme le Canada et sur leurs marchés boursiers.

Alex [00:15:11] Et maintenant qu’en est-il de la situation à plus long terme?

Craig [00:15:13] Bien sûr, à plus long terme, ce sont les mesures de stimulation qui nous intéressent. Qu’il soit question, comme j’en ai déjà parlé, de la politique monétaire et de baisse des taux d’intérêt, ou encore, des dépenses publiques et des sommes colossales dépensées pour venir en aide aux gens que ce soit sous la forme de chèques envoyés par la poste, de prestations d’assurance-emploi ou d’accès immédiat à l’assurance-emploi, d’augmentation des prestations publiques ou d’aide aux petites entreprises, voire aux grandes entreprises, toutes ces mesures auront leur utilité. Collectivement, à un certain point, si la propagation du coronavirus se stabilise et que nous revenons à une situation plus ou moins « normale », quelle qu’elle soit, il faut s’attendre à ce que ces mesures de stimulation aient dans les faits une incidence très favorable sur les marchés boursiers. Il est certain que dans un environnement de taux d’intérêt exceptionnellement bas, les placements boursiers bénéficieront d’un avantage sur les obligations sur le plan du rendement. Dans ce contexte, nous avons déployé beaucoup d’efforts pour tenter d’établir jusqu’à quel point les marchés boursiers pourraient descendre. Quel sera le plancher, en quelque sorte? Quelles sont les mauvaises nouvelles prévisibles? À cette fin, nous avons effectué beaucoup de comparaisons avec des événements passés. Nous avons restructuré l’indice boursier américain S&P 500 en termes plus actuels. Des points évidents sont ressortis : la composition des marchés est aujourd’hui très différente de ce qu’elle était en 2008. Mais nous l’avons utilisée comme exemple pour tenter d’établir jusqu’à quel point la situation pourrait se détériorer. Les titres se négocient actuellement approximativement à des ratios cours-bénéfice de 16. Nous pensons qu’un creux se situant plus près de 12 est probable, ce qui laisse entendre que les marchés risquent de se déprécier encore avant de remonter. À un certain point, si vous avez bel et bien une perspective de long terme, disons de 18 à 24 mois, il est difficile de ne pas croire que vous obtiendrez des rendements très intéressants en achetant des actions maintenant. Nous pensons simplement que les risques à court terme sont trop élevés et nous gérons les portefeuilles dans cette optique.

Alex [00:17:02] Nous avons été très occupés. Nous avons publié plusieurs mises à jour pour nos clients sur le site md.ca. Mais pourquoi ne pas faire ici un petit rappel de la situation? Je pense qu’il serait dommage de ne pas faire un petit bilan dans notre balado d’aujourd’hui. Qu’avons-nous fait pour positionner au mieux les portefeuilles des clients?

Craig [00:17:15] Je pense qu’il importe de souligner que l’adoption d’une position défensive dans un portefeuille commence longtemps avant l’éclatement d’une crise ou la concrétisation d’un événement. Précisons d’abord que la construction de tous nos portefeuilles s’appuie sur une très solide stratégie de protection contre la baisse en cas de repli des marchés. Nos principes ont toujours été axés sur l’atteinte des objectifs de nos clients. Cependant, tout en gérant prudemment le risque de placement, nous avons mis en place une base solide conçue pour permettre aux clients d’atteindre leurs objectifs à long terme. Grâce à notre vision de dix ans et plus, nos portefeuilles étaient déjà conçus pour résister à ce genre de choc économique et s’en sortir. L’élément crucial était de mettre en place une base solide, puis de nous appuyer sur celle-ci pour agir ensuite en temps réel, ce qui suppose de tenir compte de l’évolution des marchés, des changements dans la conjoncture économique. Nous devons être en mesure de réagir au moyen des outils à notre disposition et de notre capacité d’ajustement tactique des portefeuilles. Comme je l’ai mentionné précédemment, notre horizon temporel est de 12 à 18 mois. Donc, tous ces outils et la configuration de nos processus visent à nous permettre d’entrevoir, vous savez, la progression probable d’un large éventail de titres d’ici 12 à 18 mois. Une fois cette toile de fond établie, nous devons trouver le meilleur positionnement pour nos portefeuilles. Au début de l’année, comme je l’ai déjà mentionné, nous avions légèrement surpondéré les actions pour profiter de ce que nous estimions à l’époque être un environnement favorable aux titres boursiers qui devaient à notre avis offrir un rendement supérieur aux obligations. La situation a ensuite évolué rapidement, mais nous avons réagi tout aussi rapidement. Normalement, nous nous rencontrons toutes les semaines et nous mettons à jour graduellement les portefeuilles au fil de l’information obtenue. Dès le début de mars, nous avons commencé à nous réunir quotidiennement afin de nous adapter à l’évolution rapide de la situation et aux nouvelles données qui nous parvenaient plusieurs fois par jour. Nous avons décidé de réduire le niveau de risque des portefeuilles. Nous sommes donc passés d’une surpondération des actions à une sous‑pondération. Nous avons aussi soumis tous nos fonds à des tests de tension additionnels. Nos stratégies défensives étaient déjà établies. Nous voulions cependant nous assurer qu’elles fonctionneraient comme prévu dans une phase baissière réelle. Et lorsque nous avons découvert des environnements ou des portefeuilles qui répondaient moins bien à notre stratégie défensive, nous avons apporté des changements dont la nature exacte a varié. Dans certains cas, nous avons converti en liquide une plus forte proportion de certains fonds et fonds d’actions lorsque nous jugions que cette mesure était nécessaire pour renforcer la protection. La composition des portefeuilles a aussi été changée ou le sera. Dans certains cas, nous avons majoré nos positions dans le secteur des produits de consommation courante ou dans les secteurs plus défensifs afin de nous protéger si notre théorie est correcte et que la situation se détériore encore avant de s’améliorer. Nous souhaitions aussi renforcer la protection intégrée à nos portefeuilles en prévision d’événements éventuels à venir dans l’environnement actuel. Concrètement, tout cela signifie qu’en ce moment, dans un portefeuille traditionnel, nous sous-pondérons probablement d’environ 6 % les actions : un portefeuille qui comprend habituellement 60 % d’actions n’en compte plus actuellement que 54 %. À titre de comparaison, mentionnons qu’il y a plusieurs années, au moment de la crise financière, nous avions tactiquement décidé de sous-pondérer d’environ 10 % les actions dans des portefeuilles similaires. Cela vous donne une idée de la mesure dans laquelle notre situation actuelle est difficile par rapport à ce qu’elle était même pendant la crise financière. Toutefois, nous n’avons pas largué autant de titres risqués, surtout en raison des abondantes mesures de stimulation monétaire et financière déjà en place. Une bonne partie du travail de relance de l’économie est déjà en place et ses effets se feront sentir dès que la situation du coronavirus se stabilisera. Dans les crises du passé, les gouvernements n’avaient pas encore à ce stade déterminé les mesures à prendre et n’avaient mis en œuvre aucune politique. Tout restait à faire.

Alex [00:20:45] Donc, Craig, vous avez commencé à examiner tous les jours la situation en raison de la grande fluidité de la situation. Donnez-nous des détails sur les analyses effectuées.

Craig [00:20:54] Dans l’ensemble, les analyses sont les mêmes que celles que nous faisons habituellement dans ce genre de réunion. Nous passons en revue les statistiques économiques comme le taux de chômage ou les pertes d’emplois. Ces éléments d’information sont cruciaux en ce moment. L’indice des gestionnaires d’achat (ou « indice PMI ») est aussi une donnée très utile. Il découle d’enquêtes d’évaluation du sentiment des entreprises. Envisagent-elles, par exemple, une expansion ou une contraction de leur production au cours du mois à venir? Il faut cependant admettre qu’il est en ce moment difficile de déterminer dans quelle mesure ces données sont claires et exactes. Même l’information sur la situation de l’emploi n’est pas claire. Souvent, ces indicateurs bougent lentement. Il faut donc comparer le bilan mensuel à celui des mois précédents puis établir une tendance à long terme et prendre des décisions en fonction de cette tendance. Même maintenant, il nous faut approfondir nos analyses. Il nous faut notamment nous demander à quelle date la collecte des données s’est arrêtée pour un élément particulier que nous cherchons à analyser. Nous devons également nous demander si ce point de donnée reflète fidèlement l’ensemble de la nouvelle information. Et puisqu’il est question de nouvelle information, il importe de mentionner qu’il en arrive pratiquement chaque minute. Comme vous le savez, des villes entières se sont arrêtées. Eh bien, même ce processus, ne s’est pas déroulé en une seule journée. Il continue de se produire. Donc la fréquence de parution de l’information et les données auxquelles nous avons accès ne cessent de changer. La situation est la même en ce qui concerne les marchés. Parmi les indicateurs dont je ne vous ai pas encore parlé, mentionnons l’indice VIX, qui mesure la volatilité des marchés, soit l’expression de la différence d’opinions entre deux acteurs du marché. Or les discussions internes sont vives et nombreuses actuellement. Nous nous en tenons pour l’instant à des positions très défensives, mais pendant nos discussions d’équipe, nous ne sommes pas tous du même avis sur les tendances haussières ou baissières. Le même processus se déroule chez beaucoup d’autres acteurs du marché. Certains acteurs ont une vision extrémiste et sont convaincus de l’imminence d’une récession qui s’apparentera à la Grande Dépression. D’autres affirment que le pire de cette crise est déjà derrière nous et que grâce aux mesures de stimulation mises en œuvre, l’économie ne peut que rebondir. De notre côté, nous nous efforçons d’analyser toutes ces couches d’information, de les digérer et de prendre les meilleures décisions dont nous sommes capables pour protéger les portefeuilles de nos médecins.

Alex [00:22:58] Excellent. Et avant que nous mettions un terme à notre entretien, y a-t-il autre chose que vous souhaitiez dire à nos clients?

Craig [00:23:02] Je pense que l’élément essentiel à retenir est que nous gérons les portefeuilles en temps réel. Comme je l’ai déjà dit, nos portefeuilles sont bâtis sur des bases solides et sont résilients aux corrections sur les marchés. Je fais partie de MD depuis 21 ans et j’y ai vécu plusieurs crises : l’éclatement de la bulle techno, la crise financière et maintenant, cette situation dont les retombées sur les marchés financiers sont évidemment importantes, mais qui impose aussi un lourd fardeau à nos clients médecins. Pour moi, il importe que les portefeuilles que nous avons bâtis permettent à nos clients de se rendre là où ils souhaitent aller, de continuer d’exercer leur profession et de faire ce qui doit être fait au quotidien sans avoir à se soucier de leurs finances. Et par conséquent, notre équipe déploie tous les efforts possibles pour traiter l’information qui lui est communiquée jour après jour et apporter les correctifs nécessaires aux portefeuilles. J’espère que nos clients se sentiront réconfortés par nos efforts et auront la conviction que nous maîtrisons la situation et que nous déployons un maximum d’efforts pour gérer leurs placements au meilleur de nos capacités.

Alex [00:24:04] Eh bien, voilà beaucoup d’information à digérer. Merci beaucoup Craig de votre participation et de nous avoir communiqué votre perception des choses.

Craig [00:24:10] Je vous en prie. J’ai été ravi d’y participer. Avant de terminer, je tiens à remercier au nom de tous les employés de MD les médecins, professionnels de la santé et autres travailleurs des services essentiels qui veillent en ce moment sur les Canadiens. Je les remercie du fond du cœur du courage dont ils font preuve en première ligne.

Alex [00:24:26] Oui. Merci beaucoup. Nous leur sommes vraiment très reconnaissants. Je signale maintenant à tous nos auditeurs qui aimeraient obtenir des précisions sur les questions abordées aujourd’hui ou sur leur portefeuille de ne pas hésiter à communiquer avec leur conseiller MD. Elle ou il sera heureux d’avoir de vos nouvelles. Si vous avez aimé ce balado, nous vous invitons à vous abonner et à prendre connaissance de nos commentaires sur les marchés sur le site md.ca. Vous y trouverez des billets de blogue, des vidéos et beaucoup d’autre contenu mettant en vedette Craig et des membres de son équipe. Merci beaucoup à tous et au revoir!

 

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