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Gare aux grands titres : ce qu’il faut savoir sur l’inflation

Une fois de plus, l’inflation inquiète les investisseurs, les économistes et les banques centrales. Au Canada, elle a augmenté de 3,1 % d’une année à l’autre en juin1. Aux États-Unis, elle a fait un bond de 5,4 % pendant la même période2.

Alors, qu’est-ce que l’inflation? Est-ce une bonne chose? Qu’est-ce qui explique sa hausse? Continuera-t-elle à augmenter? Devrions-nous être inquiets? Quelle est son incidence sur les portefeuilles de placement? Dans ce billet, je réponds à toutes ces questions et plus encore.

Qu’est-ce que l’inflation?

En termes simples, l’inflation est l’augmentation de la moyenne des prix, ou l’érosion du pouvoir d’achat, au fil du temps. On l’exprime au moyen de l’indice des prix à la consommation (IPC), qui correspond à la variation annualisée exprimée en pourcentage du prix d’un panier fixe de biens et services.

L’inflation est-elle une bonne chose? Comme l’inflation effrite le pouvoir d’achat, il serait tentant de croire qu’elle est délétère pour l’économie. Cependant, les experts s’entendent pour dire qu’une certaine inflation est bénéfique, car elle stimule la dépense, l’investissement et la croissance. Voilà pourquoi la Banque du Canada et la Réserve fédérale américaine visent un taux d’inflation annuel de 2 % à long terme et ajustent leurs politiques monétaires en conséquence. Cela dit, la déflation (baisse des prix) et l’hyperinflation (augmentation débridée des prix) sont souvent les marqueurs d’une période de détresse économique.

Pourquoi l’inflation est-elle importante? Il est important de comprendre l’inflation, car elle a une incidence sur la valeur réelle de l’argent, des biens et services et même des placements (les rendements sur les placements doivent être supérieurs à l’inflation si l’on veut maintenir ou accroître son pouvoir d’achat). Qui plus est, l’inflation est un déterminant des conditions économiques, et s’immisce donc dans de nombreuses décisions politiques.

Qu’est-ce qui cause la hausse actuelle de l’inflation?

En bref, c’est une combinaison de l’effet de base, d’une augmentation de la demande et d’une déstabilisation de l’offre dus à la pandémie. Cette dynamique se manifeste à divers degré dans différents marchés et pans de l’économie. La crise sanitaire a perturbé à peu près tout sur son passage : chaînes d’approvisionnement, comportements d’achat, niveau d’emploi, etc.   

Les mesures de l’IPC au premier paragraphe comparent les prix de juin 2020, moment où le monde était en pleine période de restrictions, à ceux de juin 2021, période de déconfinement et reprise. Les prix « moyens » de cette année sont donc comparés aux prix en chute libre de la même période l’an dernier. Ce retour à la normale donne l’impression d’une forte inflation. C’est ce qu’on appelle l’effet de base. Cet effet est temporaire.

En ce qui concerne l’augmentation de la demande, l’explication est aussi simple : les gens cherchent à acquérir maintenant les biens et services dont ils sont privés depuis plus d’un an. Cet effet aussi est temporaire, puisque cette demande refoulée pendant la pandémie n’est pas inépuisable.

Et enfin, du côté de l’offre, les producteurs, fabricants, distributeurs et détaillants sont toujours aux prises avec des pénuries, des goulots d’étranglement, des coûts de transport plus élevés et des retards. Reste à savoir si ces problèmes découlent de contraintes structurelles qui perdureront. Heureusement, tout porte à croire qu’ils sont temporaires. La pandémie a créé une incertitude autour du cycle économique, et bon nombre d’entreprises se sont vues incapables de déterminer correctement leurs impératifs de production et leurs besoins en personnel. C’est d’autant plus vrai pour les prestataires de services en personne.

Dans les usines et manufactures, les pénuries de main-d’œuvre ont eu des répercussions en cascade sur la chaîne d’approvisionnement; après tout, il n’est pas rare qu’une usine fabrique un intrant nécessaire à la production dans une autre usine, et ainsi de suite. Même son de cloche en ce qui a trait à la logistique; le manque de débardeurs a mené à des arriérés records au port de Los Angeles. Les navires restent ancrés au large de la Californie, avec à leur bord des milliers de conteneurs remplis de marchandises, ce qui entraîne une hausse des frais d’expédition. Si cela illustre la complexité des chaînes d’approvisionnement mondiales, de telles perturbations finissent cependant toujours par passer.

Tous ces facteurs entraînent dans leur sillage une hausse des prix, en particulier pour les articles les plus durement touchés par les interruptions des chaînes d’approvisionnement. L’un des exemples les plus frappants est le prix des véhicules d’occasion, en hausse de 45,2 % entre juin 2020 et juin 20212. Pourquoi? Les agences de location qui se sont débarrassées de leurs stocks pendant la pandémie s’efforcent aujourd’hui de reconstituer leurs parcs en réponse à la reprise de la demande, et la production de véhicules neufs est paralysée par la pénurie mondiale de semi-conducteurs. C’est la recette parfaite pour une flambée des prix sur le marché de l’occasion. Toutefois, nous voyons déjà cette flambée s’atténuer dans les données de l’IPC de juillet aux États-Unis.

Mais si ces déséquilibres mettent du temps à se régler, ils finissent cependant toujours par le faire. Prenez par exemple le cas de l’équipement de protection individuel. En mars 2020, les masques et le désinfectant pour les mains étaient difficiles à trouver, et leur prix est monté en flèche (propulsé par les limites d’achat). Avec le temps, l’offre a augmenté et tout le monde a pu se procurer tout ce dont il avait besoin. De la même façon, la recrudescence actuelle de l’inflation est largement considérée comme transitoire.

Devrions-nous être inquiets? Nous suivons le phénomène de près, mais les facteurs qui maintenaient l’inflation faible et stable avant la pandémie (population vieillissante, automatisation accrue, etc.) n’ont pas disparu. D’aucuns affirment que les politiques monétaires et budgétaires sans précédent mises en place pendant la pandémie pour stabiliser l’économie mondiale causeront une inflation galopante. Or, nous n’adhérons pas à cette théorie.

Historiquement, l’hyperinflation se produit lorsqu’il n’y a pas assez de biens pour approvisionner l’économie. C’est logique : donner plus d’argent aux gens ne crée pas plus de biens. Il y a plutôt plus d’argent disponible pour acheter la même quantité de biens, ce qui entraîne une hausse des prix. Mais la réponse politique à la pandémie était à l’opposé de cela. Des mesures ont été adoptées pour empêcher l’effondrement de la demande par rapport à l’offre, et du même coup une spirale déflationniste. 

À l’heure actuelle, nous croyons que les conditions financières resteront favorables et que l’inflation demeurera élevée à court terme en raison des déséquilibres dont nous venons de parler. Lorsque les choses finiront par se tasser, la Banque du Canada et la Réserve fédérale américaine commenceront à retirer leur soutien (les taux d’intérêt commenceront à augmenter et les achats d’actifs à diminuer) et l’inflation devrait s’établir autour de 2 %, soit un taux normal et sain.

Quelle est la position de MD?

Notre opinion non alarmiste de la tendance inflationniste ne signifie pas que nous sommes restés les bras croisés. Nous avons basé bon nombre de nos décisions récentes sur l’évolution des prévisions d’inflation.

Cette année, nous avons adopté une stratégie axée sur les titres de courte durée pour le volet à revenu fixe de nos portefeuilles (afin de réduire grandement notre sensibilité à la hausse des taux d’intérêt). Notre idée était que les perspectives d’inflation remonteraient considérablement à mesure que les doses de vaccin seraient administrées et que l’économie mondiale rouvrirait.

Lorsque cela s’est concrétisé (nous avons vu des mesures supérieures aux niveaux prépandémiques au deuxième trimestre), nous avons adopté une position plus neutre sur les taux d’intérêt.

Récemment, nous avons recommencé à privilégier une position de courte durée pour mitiger le risque de hausse des taux d’intérêt. Même si nous ne pensons pas que la poussée de l’inflation qu’on observe aujourd’hui incitera les décideurs à relever les taux dès maintenant, nous sommes convaincus que la reprise se poursuivra et que les économies mondiales continueront à se diriger vers une réouverture complète. Dans ce scénario, les taux d’intérêt devraient au moins augmenter légèrement, et les rendements obligataires, baisser.

Ainsi, dans l’ensemble, bien qu’elle soit intéressante à observer et à analyser, l’inflation n’est pas un signal d’alarme majeur pour le moment. Pour obtenir plus de renseignements sur l’inflation, sur l’économie ou sur votre portefeuille, nous vous invitons à communiquer avec votre conseiller MD*.

1 Statistique Canada — Portail de l’Indice des prix à la consommation

2 Bureau of Labor Statistics des États-Unis — communiqué de presse publié le 13 juillet 2021

* « Conseiller MD » désigne un conseiller financier de Gestion MD limitée (au Québec, un conseiller en placement) ou un gestionnaire de portefeuille de Conseils en placement privés MD.

L’information ci-dessus ne doit pas être interprétée comme des conseils professionnels en placements ou d’ordre financier, fiscal, juridique, comptable ou de nature similaire applicables en contexte canadien ou étranger, et elle ne saurait en aucun cas remplacer les conseils d’un fiscaliste, d’un comptable ou d’un conseiller juridique indépendant.

 

À propos de l'auteur

Mark Fairbairn, CFA, B.Ing., est vice-président adjoint au sein de l'èquipe Gestion multiactif chez Gestion financière MD. Il est responsable des fonds communs et collectifs d’actions non nord-américaines ainsi que du volet de superposition des devises des fonds d’actions.

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