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Conséquences du conflit entre la Russie et l’Ukraine pour les investisseurs

Le drapeau des Ukraine et Russie qui flotte dans le vent.

Mise à jour : nos placements en titres russes

Principaux points à retenir

  • Le conflit se poursuivra, mais restera probablement circonscrit à la région.
  • Les marchés seront volatils, mais une baisse prolongée est peu probable.
  • Nos positions russes sont limitées et nous maintenons la surpondération actuelle des actions.

L’escalade du conflit entre la Russie et l’Ukraine est extrêmement malheureuse. La situation continue de se développer et l’incertitude domine. Moscou a reconnu l’indépendance des régions séparatistes, les troupes russes ont été mobilisées et des frappes militaires ont suivi. Malgré tout, le président Poutine maintient que la Russie n’occupera pas l’Ukraine. Au-delà des sanctions, les États-Unis et leurs alliés se sont engagés à tenir la Russie responsable et à répondre d’une « manière décisive et unie ».

Une seule personne dans le monde connaît avec certitude les événements à venir (et elle habite au Kremlin à Moscou), mais nous pouvons tout de même analyser l’information à notre disposition et nous positionner en fonction des différents scénarios. Notre positionnement sera par ailleurs corrigé à mesure que la situation évoluera et que nous disposerons de nouveaux renseignements.

Notre point de vue actuel : le conflit se poursuivra, mais restera limité

Nous surveillons étroitement la situation depuis que les tensions se sont accentuées l’automne dernier. Cette réflexion a consisté en partie à établir quelles pourraient être les différentes issues, de la détente à la guerre totale. Nous reconnaissons notre impuissance à prévoir exactement ce qui va se produire. Notre cadre de réflexion sur les multiples résultats possibles nous permet toutefois de mesurer les conséquences éventuelles sur nos portefeuilles. Nous pouvons ainsi nous assurer que ceux-ci demeurent bien positionnés, même si le pire devait se produire. De plus, nous arrivons de cette manière à soupeser les possibilités et les risques.

Si l’on se fie aux plus récents développements, il semble malheureusement que nous nous dirigeons vers une guerre totale entre la Russie et l’Ukraine. L’heure n’est probablement plus à la diplomatie.

Soyons clairs cependant, nous ne croyons pas au scénario d’une invasion russe qui irait au-delà de l’Ukraine. La Russie entrerait alors en conflit direct avec l’OTAN, ce qui entraînerait un conflit armé entre puissances nucléaires. Un tel scénario ne serait à l’avantage de personne, surtout pas de la Russie. Le président Poutine lui-même a reconnu que la force de frappe de la Russie n’est pas suffisante pour venir à bout des forces de l’OTAN. Toutes les allusions à un conflit nucléaire ont à ce jour été formulées dans un contexte visant à dissuader les forces de l’OTAN d’intervenir en Ukraine. Sans intervention de l’OTAN, la Russie s’imposera sans trop de mal dans un conflit classique contre l’Ukraine.

La question de l’heure consiste à établir jusqu’où la Russie est prête à aller. Utilisera-t-elle sa force de frappe dans une guerre éclair visant à démoraliser l’Ukraine et à la convaincre de renoncer à ses revendications sur la Crimée et les régions séparatistes du Donbass? Ou souhaite-t-elle plutôt installer à Kiev un régime soumis aux volontés du Kremlin comme au Bélarus? En ce moment, le dernier scénario semble le plus plausible, mais il se peut aussi que la Russie adopte cette posture pour optimiser sa capacité d’imposer sa volonté.

Quelles que soient les intentions de Moscou, les coûts de l’opération pour la Russie vont croître de manière exponentielle, surtout si le nombre de victimes civiles devait augmenter considérablement. La riposte internationale ira en s’intensifiant et englobera des sanctions plus douloureuses, sans compter les possibilités que les forces russes soient confrontées à des insurgés et à une guerre d’usure qui drainerait ses ressources. Comme l’ont démontré les campagnes américaines en Iraq et en Afghanistan, voire celles de l’Union soviétique, aussi en Afghanistan, s’il est facile pour une puissance militaire de vaincre un pays moins puissant, les coûts d’une occupation continue peuvent être exorbitants. Dans cette optique, on peut s’attendre à ce que la Russie évite la multiplication des victimes civiles et qu’elle amorce une désescalade dès qu’elle aura atteint ses principaux objectifs, qui demeurent cependant inconnus pour l’instant.

De la volatilité, mais faible probabilité d’une longue phase baissière

Les conflits géopolitiques créent de la volatilité sur les marchés boursiers mondiaux, mais habituellement, n’engendrent pas des reculs persistants. L’histoire démontre que le choc initial fait souvent plonger les marchés à cause des acteurs du marché qui cherchent à vendre sur un marché devenu illiquide. Toutefois, sauf en cas de récession marquée d’une baisse importante et soutenue du potentiel de croissance et des bénéfices des sociétés, ces plongeons deviennent souvent des occasions d’acheter au rabais.

Par exemple, au fil des 20 années de la guerre du Vietnam, l’indice S&P 500 s’est apprécié de 150 %, ce qui, avec les dividendes, représente un rendement annuel total de 8,1 %1. Pendant les 20 ans de la guerre d’Afghanistan, l’indice S&P 500 s’est apprécié de 261 %, soit un rendement total annuel de 8,4 %, dividendes inclus2. Ces rendements sont tous en dollars américains.

En bref, les guerres, même lorsqu’elles se prolongent, ne défont pas les fondements d’un bon placement à long terme lorsque la conjoncture est favorable à la croissance économique et à de robustes bénéfices des entreprises. Les conflits créent assurément de la volatilité, mais comme toujours, l’important consiste à se concentrer sur la croissance mondiale et la rentabilité des entreprises, plutôt que sur la géopolitique.

Sensibilité accrue des marchés locaux

Les événements récents seront plus durement ressentis à l’échelle locale qu’à l’échelle mondiale. Nous songeons plus particulièrement aux actions et obligations russes, au rouble et dans une moindre mesure, aux titres européens.

La décote attribuable à la situation géopolitique était déjà très forte pour certains titres russes. L’indice MSCI Russie se négociait à cinq fois les bénéfices projetés, à une fois le chiffre d’affaires et à une fois la valeur comptable avec un taux de rendement en dividendes de 11 % avant les événements d’hier soir3. Les obligations libellées en roubles se négociaient à des taux de rendement allant de 9,5 % à 10,8 % selon la durée3. Le rouble comme tel se négociait avec une décote importante découlant des prix du pétrole de Brent ou de l’avantage relatif de 11 % sur le plan du rendement du marché au comptant intégré aux contrats à terme3. Dans les instants qui ont suivi les premières frappes militaires, les liquidations d’actions russes ont commencé, l’écart des taux obligataires s’est encore élargi et la valeur relative du rouble a plongé, d’où une décote encore plus prononcée des titres russes.

 On ne dit pas que les décotes ne sont pas nécessaires, mais ce que nous constatons se passe normalement dans des pays qui vivent une grande détresse économique, ce qui n’est clairement pas le cas. La Russie est assise sur des réserves internationales de 640 milliards de dollars américains, le surplus de son compte courant équivaut à 5 % de son PIB (au troisième trimestre de 2021), les budgets publics sont actuellement excédentaires et la notation de la dette souveraine du pays est BBB (excellente qualité). La banque centrale russe est crédible et a majoré ses taux d’intérêt afin de contrôler l’inflation.

Les sanctions représentent certes un risque pour la Russie, mais les plus dommageables nuiront presque autant aux pays qui les imposeront qu’à la Russie, particulièrement les pays européens. Nombre de ces pays dépendent de l’énergie et des produits de base russes (métaux et denrées alimentaires, notamment). En ces premiers jours du conflit, aucune des sanctions prises ne vise à restreindre l’accès de la Russie au marché de l’énergie ou aux marchés financiers.

Maintien de la surpondération globale des actions et engagement limité en Russie

Actuellement, nous maintenons la surpondération des actions par rapport aux titres à revenu fixe, car nous jugeons que la probabilité d’une récession d’ici 12 mois est faible. Dans nos portefeuilles d’actions, nous continuons de privilégier les pays développés et l’Amérique du Nord, particulièrement les États-Unis, car la croissance et les bénéfices y seront probablement supérieurs au potentiel. De plus, les marchés boursiers américains semblent mieux protégés contre les événements en Europe.

En ce qui concerne la Russie, notre pondération des actions de marchés émergents est neutre. La proportion en portefeuille d’obligations des marchés émergents (catégorie qui englobe les titres de créance russes) est aussi modeste. 

Dans le Fonds collectif d’actions de marchés émergents GPPMD, les actions russes sont actuellement surpondérées. Avant les événements récents, notre exposition était d’environ 7,5 %, un poids relatif supérieur de plus ou moins 4 % à celui des mêmes titres dans l’indice MSCI Marchés émergents. Cette position est concentrée dans les secteurs de l’énergie et des entreprises de matières premières qui négocient des biens physiques. Ces positions sont donc moins exposées au risque de sanctions internationales et, avec la hausse récente des prix des produits de base, génèrent des flux de trésorerie importants. Notre engagement est nettement inférieur dans le secteur financier russe, beaucoup plus exposé à d’éventuelles sanctions.

En ce qui concerne nos stratégies de change, nous détenons des positions longues en roubles à l’intérieur d’un panier de devises de marchés émergents, mais ces positions ont été ramenées à presque rien compte tenu des risques inhérents.

Nous continuerons d’évaluer la situation au fil des développements et ajusterons nos positions, le cas échéant. Pour plus de renseignements, n’hésitez pas à communiquer avec votre conseillère ou conseiller MD*.

 

1 Source : Bloomberg, pour la période du 31 décembre 1954 au 31 décembre 1975

2 Source : Bloomberg, pour la période du 29 décembre 2001 au 31 décembre 2021

3 Source : Bloomberg, au 17 février 2022

* « Conseiller MD » désigne un conseiller financier de Gestion MD limitée (au Québec, un conseiller en placement).

L’information ci-dessus ne doit pas être interprétée comme des conseils professionnels en placements ou d’ordre financier, fiscal, juridique, comptable ou de nature similaire applicables en contexte canadien ou étranger, et elle ne saurait en aucun cas remplacer les conseils d’un fiscaliste, d’un comptable ou d’un conseiller juridique indépendant.

À propos de l'auteur

Mark Fairbairn, CFA, B.Ing., est vice-président adjoint au sein de l'èquipe Gestion multiactif. Il est responsable des fonds communs et collectifs d’actions non nord-américaines ainsi que du volet de superposition des devises des fonds d’actions.

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