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Pourquoi les évaluations boursières sont-elles si élevées au cœur de la pandémie?

À peine six mois se sont écoulés en 2020 et pourtant, il est déjà acquis que cette année sera la plus inoubliable de l’histoire récente : feux de forêt catastrophiques en Australie, mise en accusation et acquittement du président Trump, pandémie de COVID-19, choc pétrolier, report des Jeux olympiques de Tokyo et embrasement mondial pour la justice sociale.

Toute réflexion sur les six derniers mois soulève immanquablement de nombreuses questions. Quel effet ces incendies de forêt auront-ils sur la biodiversité mondiale? Qui sera président des États-Unis en novembre prochain? Quand les restrictions liées à la COVID-19 seront-elles levées et les choses reviendront-elles à la normale? Reviendra-t-on un jour à la normale? Quel rôle dois-je jouer dans le combat pour l’égalité?

Sur les marchés, le fait que les évaluations boursières soient près de leur sommet historique en pleine récession mondiale n’est pas anodin. Pourquoi les prix des actions sont-ils si élevés?

Pourquoi les actions sont-elles chères ou bon marché?

Pour juger de l’attrait d’un placement boursier, les analystes s’appuient traditionnellement sur l’évaluation boursière. Fondamentalement, ils essaient de déterminer si le placement est relativement bon marché ou coûteux. Le ratio cours-bénéfice (C/B) est l’indicateur le plus souvent utilisé à cette fin. On le calcule en divisant le cours d’une action par le bénéfice par action prévu pour les 12 prochains mois.

Par exemple, si l’action de l’entreprise A se négocie à 100 $ et que le bénéfice par action prévu de la société pour les 12 prochains mois est de 10 $, le ratio C/B de cette action est de 10 (100/10).

L’analyste peut ensuite comparer le ratio C/B de l’entreprise A à celui d’autres entreprises du même secteur, analyser l’évolution dans le temps du ratio C/B de l’entreprise A ou le comparer à celui d’un indice de référence. Si l’analyste a le choix entre deux sociétés aux perspectives comparables, mais que l’action de l’entreprise A se négocie à 10 fois le bénéfice prévisionnel et celle de l’entreprise B à 15 fois le bénéfice prévisionnel, il conclura vraisemblablement que la société A est plus attrayante parce que son action est « moins chère » que celle de la société B et que son potentiel à la hausse est supérieur.

Lorsque l’enthousiasme gagne les marchés et que les investisseurs sont prêts à payer plus cher en proportion du bénéfice escompté, le ratio C/B augmente, d’où une expansion des multiples.

En 2018 et 2019 : rendements boursiers solides, stagnation des bénéfices, augmentation des évaluations

Après une importante correction au quatrième trimestre de 2018, les marchés boursiers mondiaux ont fortement rebondi en 2019. Aidé par l’assouplissement des conditions monétaires de la Réserve fédérale des États-Unis qui a soutenu la croissance de l’économie américaine, l’indice S&P 500 s’est apprécié de 31,5 %. Il a affiché en 2019 un rendement robuste, au contraire du bénéfice par action des sociétés américaines de l’indice S&P 500 qui est demeuré fondamentalement stationnaire. À la fin de 2019, l’indice S&P 500 se négociait à 18,3 fois les bénéfices prévisionnels.

Si on remonte un peu en arrière (soit depuis 2007), la moyenne du ratio cours-bénéfice de l’indice S&P 500 a été de 14,8. Les actions américaines sont donc actuellement chères dans une perspective historique et leur potentiel à la hausse est limité.

Lorsque les actions coûtent cher, on dit qu’elles sont évaluées à leur prix juste ou « à la perfection ». Il est généralement admis que dans un tel scénario, la marge de manœuvre est mince et que le moindre choc peut provoquer une liquidation substantielle.

Arrivent 2020 et la pandémie : les évaluations plongent

En février, l’indice S&P 500 était évalué « à la perfection » : les titres se négociaient en moyenne à 18 fois les bénéfices prévisionnels. La propagation de la pandémie est devenue le proverbial bâton dans les roues qui a fait dérailler l’indice S&P 500 et l’a fait plonger de presque 34 % en 4 semaines en février et mars derniers. Le ratio cours-bénéfice de l’indice S&P 500 a chuté à 14 fois les bénéfices prévisionnels, ce qui est inférieur à sa moyenne à long terme. Ce résultat était éminemment prévisible vu l’incertitude qui planait sur la future rentabilité des entreprises et le niveau élevé du ratio à 18 fois les bénéfices prévisionnels au début de la pandémie.

La suite de l’histoire a de quoi étonner.

Montée en flèche des évaluations sur fond de mesures d’urgence liées à la pandémie

L’économie mondiale se dirigeait vers l’une des pires récessions de l’histoire. Partout sur la planète, les banques centrales ont donc mis en place des programmes de stimulation de l’économie d’une ampleur inédite. La Réserve fédérale des États-Unis a réduit ses taux d’intérêt à 0 et acheté pour presque 3 000 milliards de dollars américains d’obligations d’État et de sociétés afin d’injecter dans le système financier les liquidités nécessaires. L’effet de ces mesures sur les évaluations boursières a été phénoménal.

Malgré la révision à la baisse des bénéfices prévus en 2020 et 2021, imputable au ralentissement économique causé par la pandémie, les cours boursiers ont spectaculairement rebondi et l’indice S&P 500 n’est plus qu’à 10 % de ses sommets précédents.

Compte tenu de la diminution des bénéfices prévus, cette hausse substantielle des cours boursiers a propulsé le ratio C/B de l’indice S&P 500 à 21!

Normalement, en période de récession, les ratios C/B sont déprimés (inférieurs aux moyennes à long terme), car l’incertitude est forte et que les investisseurs doutent de la rentabilité future des entreprises. Pendant la crise financière mondiale de 2008, le ratio C/B de l’indice S&P 500 a chuté à environ 12 fois les bénéfices prévisionnels.

Pourtant, malgré les quelque 45 millions de nouvelles inscriptions à l’assurance chômage aux États-Unis, la baisse substantielle prévue du PIB et les perturbations sans précédent aux chaînes d’approvisionnement mondiales imputables aux restrictions visant à ralentir la progression de la COVID-19, les ratios cours-bénéfice atteignent de nouveaux sommets.

Comment expliquer une augmentation à court terme si importante des évaluations boursières à un moment où la rentabilité des entreprises est compromise? Voici quelques facteurs susceptibles de répondre à cette question.

Taux d’intérêt très bas – La Réserve fédérale des États-Unis a réduit la fourchette cible du taux de financement à un jour à 0,0 % à 0,25 %. Le crédit coûte donc moins cher, ce qui stimule l’investissement. Lorsque les taux d’intérêt sont bas, les évaluations tendent à augmenter, car la demande des investisseurs stimule les cours boursiers. Par ailleurs, l’appétit des investisseurs pour les titres à revenu fixe s’amoindrit, ce qui rend les actions encore plus attrayantes et contribue à l’augmentation des évaluations.

Aide massive et continue La Réserve fédérale des États-Unis a injecté aux environs de 6 000 milliards de dollars américains pour soutenir l’économie. Les investisseurs jugent que cet énorme apport de capitaux mènera à une forte croissance des bénéfices, ce qui donne confiance et favorise les investissements. Il faut aussi comprendre que les décideurs ont résolument affirmé leur intention de faire tout ce qui devait être fait pour soutenir l’économie, d’où une confiance encore plus grande qui a propulsé les évaluations.

Plus je réfléchis, plus il m’apparaît évident que nous vivons une période unique. Notre quotidien a été bouleversé. Chez MD, nous avons revu nos points de vue sur les placements : l’augmentation des évaluations boursières pendant la pandémie peut, au départ, laisser perplexe, mais en y regardant d’un peu plus près, nous trouvons des raisons fondamentales susceptibles de l’expliquer. Cela étant dit, nous pensons que la situation invite malgré tout à la plus grande prudence, car plus que jamais, les actions sont en ce moment « évaluées à la perfection ».

Pour plus de renseignements, nous vous invitons à communiquer avec votre conseiller MD*. Si vous désirez obtenir plus de renseignements sur l’état actuel des marchés ou sur votre portefeuille, n’hésitez pas à communiquer avec votre conseiller MD*, qui sera fera un plaisir de répondre à vos questions.

* « Conseiller MD » désigne un conseiller financier de Gestion MD limitée (au Québec, un conseiller en placement).

L’information ci-dessus ne doit pas être interprétée comme des conseils professionnels en placements ou d’ordre financier, fiscal, juridique, comptable ou de nature similaire applicables en contexte canadien ou étranger, et elle ne saurait en aucun cas remplacer les conseils d’un fiscaliste, d’un comptable ou d’un conseiller juridique indépendant.

À propos de l'auteur

Edward Golding, CFA, MBA, is an Assistant Vice President with the Multi-Asset Management team at MD Financial Management. He oversees the Canadian, Dividend and U.S. equity mutual funds and investment pools at the firm.

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