Ralentissement aux États-Unis et au Canada : Inquiétude fondée, mais exagérée

July 5, 2019 Rachael Moir

           

Voici la traduction d’un article de Rachael Moir publié dans le Globe and Mail.

Les tensions commerciales, le risque d’une mauvaise orientation de la politique monétaire, le Brexit et le nombre décevant d’emplois créés aux États-Unis en mai dernier sont autant de facteurs qui semblent annoncer une récession. D’ailleurs, c’est aussi ce qu’annonce l’inversion de la courbe des taux de rendement aux États-Unis, non?

À mon humble avis, tel n’est pas le cas. Notre équipe continue plutôt de croire au scénario d’une croissance continue, mais modérée, aux États-Unis et au Canada. Bien qu’elle ne soit pas infondée, l’inquiétude actuelle est exagérée.

Craintes de récession : nouvelle baisse possible du taux des obligations américaines de dix ans

Les investisseurs s’efforcent actuellement de décoder les signaux conflictuels des marchés boursiers et obligataires caractéristiques, dans le premier cas, d’une expansion économique continue et dans le deuxième, d’une possibilité de récession.

À ce jour cette année, l’indice S&P 500 maintient un rendement de 10 % et plus et malgré un épisode de volatilité des bons du Trésor dans les dernières semaines, l’indice VIX, qui mesure la volatilité des marchés, se maintient autour de 15, un niveau relativement modeste par rapport au quatrième trimestre de 2018. Après avoir atteint 3,2 % en octobre 2018, le taux de rendement de référence des obligations de 10 ans du gouvernement américain a récemment chuté sous le seuil de 2 %, son plus bas niveau depuis novembre 2017.

Les craintes de récession et la quête de rendement et de placements sûrs pourraient faire plonger encore plus le taux des obligations de 10 ans du gouvernement américain avant que ne s’amorce une remontée. Selon nos modèles, la juste valeur de ce taux se situerait actuellement à 1,55 %.

Notre estimation du « taux juste » recule depuis janvier 2018, soit depuis que l’indice manufacturier PMI mondial JPM a connu un premier épisode baissier qui s’est depuis transformé en baisse soutenue. Tombé sous le seuil de 50 (49,8) en mai dernier, l’indice annonce actuellement une contraction.

La récession ne se matérialisera pas

En 2011, 2012 et 2016, l’indice était également tombé sous le seuil de 50 et il n’y a pas eu de récession. Ces chutes ont chaque fois coïncidé avec un ralentissement de milieu de cycle économique découlant, dans le cas le plus récent, de la décélération de l’industrie chinoise.

Si l’indice PMI mondial demeure bas et que le dollar américain maintient sa vigueur, notre estimation de la juste valeur du taux de rendement restera elle aussi basse.

Nous ne prêtons cependant pas foi à ce scénario. Comme l’évolution des indices PMI est liée à la croissance économique et puisque les statistiques du PIB montrent une expansion continue, nous pensons que la remontée des indices PMI est imminente.

D’abord, les actuelles craintes de récession reposent en grande partie sur des attentes (c.-à-d. sur des données incertaines issues d’enquêtes et d’indicateurs sensibles aux risques géopolitiques) plutôt que sur des données objectives.

Il est vrai que puisqu’elles créent un climat propice aux ralentissements économiques, des attentes de cette nature peuvent finir par « s’auto-réaliser ». C’est justement pour cette raison que la Réserve fédérale devra intervenir pour apaiser les craintes liées à la croissance si elles prennent une ampleur démesurée.

Ensuite, notre indicateur de marché baissier aux États-Unis continue d’indiquer une faible probabilité de récession. Selon notre indicateur, l’inquiétude tient surtout à des facteurs financiers (particulièrement les taux d’intérêt) plutôt qu’à des facteurs strictement économiques (croissance, inflation, bénéfice des sociétés). Concrètement, l’économie américaine a crû de 3,2 % au premier trimestre et le PIB canadien, de 1,4 %.

À notre avis, le négativisme qui entoure les négociations commerciales dissimule plusieurs facteurs positifs. L’économie américaine demeure solide et par conséquent, une diminution des taux de la Réserve fédérale ne serait pas vraiment nécessaire. Malgré tout, le ton qui émane de la dernière réunion de la Réserve est très accommodant et la probabilité d’une réduction des taux en juillet est très élevée. Les marchés s’attendent à ce scénario et si la Réserve contrarie ces attentes, un épisode de volatilité est à prévoir.

Si les marchés boursiers traversent une nouvelle phase de liquidation, la Réserve sera forcée de réduire les taux. Dans le contexte actuel de croissance et d’inflation faibles, une réduction des taux d’intérêt ne risque pas vraiment de créer une surchauffe de l’activité ou une poussée inflationniste. Elle empêcherait également une appréciation excessive du dollar américain et un resserrement des conditions financières mondiales.

Nous maintenons notre préjugé favorable aux titres à risque

Malgré le ralentissement aux États-Unis, nous ne croyons pas au scénario d’une récession. Nous continuons donc de favoriser les actions plutôt que les obligations, mais moins qu’en début d’année.

Nous avons prolongé la durée de notre portefeuille de créances américaines et maintenu la proportion de titres de qualité supérieure et de titres à rendement élevé. Les différentiels de taux d’intérêt se sont récemment élargis, mais ce phénomène découle surtout de la remontée des bons du Trésor américains qui crée une excellente occasion de placement.

En raison du ton plus accommodant de la Réserve fédérale ce mois-ci et de la réduction probable des taux d’intérêt en juillet, les prévisions de croissance et par conséquent de l’évolution du taux de rendement des obligations de dix ans du gouvernement des États-Unis s’amélioreront pour le deuxième semestre de l’année. Il demeure cependant vital de surveiller le développement de la dispute commerciale en cours et les statistiques économiques.

A propos de l'auteur

Rachael Moir

Rachael Moir est analyste en placement quantitatif au sein de l’équipe Gestion de placements et stratégie chez Gestion financière MD. Elle travaille aux mandats de répartition stratégique et tactique de l’actif et de gestion des placements non traditionnels. Elle participe également aux travaux du Comité du risque et de la répartition tactiques de MD.

Plus de contenu de Rachael Moir
Article précédent
Conjuguer médecine et bébé au Québec
Conjuguer médecine et bébé au Québec

Toute l'information dont les médecins qui pratiquent au Québec ont besoin pour bien planifier leur congé pa...

Article suivant
Le meilleur du Web : pour mordre dans l’été à pleines dents!
Le meilleur du Web : pour mordre dans l’été à pleines dents!

Vive l’été! Suggestions d’activités avec les enfants, lectures et trucs pour éviter les punaises et les tiques

×

Abonnez-vous à notre infolettre

J’autorise Gestion financière MD (y compris Gestion financière MD inc., Gestion MD limitée, la Société de fiducie privée MD, la Société d’assurance vie MD et l’Agence d’assurance MD limitée), La Banque de Nouvelle-Écosse et les autres membres du groupe d’entreprises de la Banque Scotia (les « membres de la Banque Scotia ») à me faire parvenir par messages électroniques (courriels et messages texte) des renseignements au sujet de leurs produits et services, de leurs offres, de leurs événements et d’autres renseignements pertinents y compris des renseignements sur les produits et services d’autres partenaires de confiance de la Banque Scotia susceptibles de m’intéresser. Ce consentement est sollicité par Gestion financière MD et chaque membre de la Banque Scotia, y compris toute entité qui pourr
!
Merci
Error - something went wrong!