Les PAPE et notre choix de ne pas « covoiturer » avec Lyft

April 23, 2019 Edward Golding

           

La technologie a démocratisé la bourse. Il est aujourd’hui plus facile et plus efficace que jamais pour l’épargnant moyen d’acheter et de vendre des produits de placement. La quasi-totalité des opérations se font sur « le marché secondaire », c.-à-d. par l’intermédiaire d’une place boursière comme la Bourse de Toronto (TSX), la bourse de New York (NYSE) et NASDAQ.

En revanche, les premiers appels publics à l’épargne (PAPE) demeurent en général une chasse gardée inaccessible aux particuliers.

Marché primaire et PAPE : s’inscrire à la bourse

Lorsqu’une société fermée décide d’émettre des actions, elle retient habituellement les services d’une maison de courtage (un « preneur ferme ») dont le mandat est de vendre des blocs massifs d’actions à des investisseurs institutionnels. Ce processus du PAPE est le « marché primaire ».

Les PAPE sont en général hors de la portée des particuliers parce qu’il n’existe pour eux aucun canal donnant accès au marché primaire. De plus, pour les PAPE, la vitesse de réaction est primordiale, car les preneurs opèrent sur de très courtes périodes. Autre complication : il est très difficile pour un petit investisseur d’évaluer la qualité d’une société fermée (sur le point de faire son entrée à la bourse) sur laquelle il n’existe que peu d’information publique.

Les PAPE sont pourtant aujourd’hui plus importants que jamais pour les investisseurs. En 2018, malgré les multiples sources d’incertitude (Brexit, litige commercial sino-américain), le marché des PAPE a été très dynamique. La valeur des capitaux mobilisés par les PAPE a globalement augmenté de 6 % (204,8 milliards de dollars américains) malgré une baisse de volume de 21 %. Les secteurs les plus actifs ont été les technologies de l’information, les produits industriels, les soins de santé, les télécommunications et les services financiers. Près de 50 % de tous les PAPE et des capitaux mobilisés sont venus l’an dernier de la région Asie-Pacifique.

Gros plan sur un PAPE : départ difficile pour Lyft

Les PAPE de sociétés technologiques suscitent toujours beaucoup d’engouement et sont très attendus. Le PAPE de Facebook et celui d’Alibaba sont au nombre des plus importants de l’histoire. Lorsque la société de covoiturage Lyft a annoncé le mois dernier sa décision de recourir à l’épargne publique, les investisseurs ont donc tendu l’oreille. Malgré une dette considérable de 911 millions de dollars américains, Lyft a généré en 2018 un chiffre d’affaires impressionnant de 2,2 milliards de dollars américains. Dans le secteur des technologies de l’information, seules Google et Facebook généraient à leur arrivée en bourse des revenus plus imposants. Lyft est la première société de covoiturage à s’inscrire à la cote.

Initialement, le cours de l’action devait se situer dans une fourchette de 62 $ US à 68 $ US. À la date du PAPE, à cause de la forte demande, le cours était rendu à 72 $ US. Le 29 mars, le cours de l’action de Lyft a grimpé à 87 $ US, pour ensuite redescendre deux jours plus tard à 72 $ US. Au moment de la rédaction du présent article (12 avril, 10 h), l’action se négociait sous le seuil des 60 $ US.

Notre refus de monter à bord du véhicule de Lyft

Janus Henderson Investors, notre partenaire et sous-conseiller sur les marchés boursiers américains, croit dans le potentiel de croissance à long terme de l’industrie du covoiturage, mais il a refusé d’acquérir au nom des clients de MD une position dans Lyft. Voici pourquoi :

  1. Nous préférons Uber à Lyft. Lyft est un joueur moins important sur ce marché et l’exploitation de ses réseaux moins étendus lui coûte plus cher, ce qui procure un avantage marqué à Uber. À long terme, cet avantage pourrait se traduire par des marges supérieures pour Uber et exercer des pressions concurrentielles pour Lyft. Les deux joueurs pourraient réussir, mais nous croyons qu’Uber est aujourd’hui en meilleure position concurrentielle.
  2. Lyft et Uber sont aujourd’hui les deux principales sociétés de covoiturage. La pérennité du duopole Uber et Lyft est loin d’être assurée. En effet, le covoiturage n’est qu’un élément de la catégorie des voitures autonomes. Le développement et l’entrée potentielle de ces voitures sur le marché pourraient avoir un effet transformateur. Par exemple, de nouveaux joueurs, comme les sociétés de véhicules autonomes Cruise et Waymo pourraient notamment faire éclater le modèle de tarification actuel, car la rémunération des conducteurs représente 75 % des dépenses d’exploitation totales d’Uber et de Lyft. Par conséquent, nous croyons que les véhicules autonomes (qui pourraient théoriquement fonctionner à moindre coût), pourraient compromettre l’industrie du covoiturage.
  3. La décision de Lyft de majorer le cours initial de son action à 72 $ US laisse croire à une garantie considérable de succès à long terme, autant pour ce qui est des questions soulevées dans un avenir rapproché, mais aussi dans un avenir plus lointain. De plus, le futur PAPE d’Uber pourrait contribuer à la pression baissière de l’évaluation actuelle de Lyft, car les investisseurs disposeront alors d’une autre société de covoiturage dans laquelle investir.

PAPE : un élément important de l’éventail des placements possibles

L’action de Lyft a fait vivre de grandes émotions aux investisseurs, ce qui suscite une réflexion sur le mode de fixation des prix des PAPE et sur la décision de participer ou non à un PAPE. Ces analyses sont cruciales, car les PAPE occupent une place de plus en plus importante dans le bassin mondial des possibilités de placement.

La création du Fonds collectif de capital-investissement mondial Platine MD donne une importance nouvelle au marché des PAPE pour les épargnants de MD, car ce fonds se consacre exclusivement aux entreprises à capital fermé ou qui se désinscrivent de la cote. Ces placements doivent habituellement être conservés plus longtemps dans l’espoir que la rentabilité de l’entreprise augmente et que le placement génère à la revente un bénéfice conforme aux attentes des clients.

Les sociétés fermées sont en général vendues à des gestionnaires de placements privés ou à un acheteur stratégique (habituellement une grande société en quête d’acquisitions). L’autre option de revente consiste à lancer un PAPE sur le marché primaire.

Si les trois méthodes se valent, le moment retenu a souvent une influence déterminante sur le choix de stratégie. Une chose est sûre : MD devra compter sur le dynamisme du marché des PAPE pour la revente de certains des placements privés détenus dans le Fonds collectif de capital-investissement mondial Platine MD.

Pour en savoir plus, veuillez communiquer avec votre conseiller MD.

A propos de l'auteur

Edward Golding

Edward Golding, CFA, MBA, est gestionnaire de portefeuille au sein de l’équipe Gestion de placements chez Gestion financière MD. Il est responsable des fonds communs et collectifs de titres canadiens, de dividendes et d’actions américaines de MD.

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