La Banque du Canada fait fi des tensions commerciales et maintient ses taux

July 12, 2019 Wesley Blight

           

La Banque du Canada a annoncé cette semaine qu’elle maintenait son taux cible de financement à un jour à 1,75 %. Elle a aussi revu à la hausse ses prévisions de croissance du produit intérieur brut (PIB) réel à 1,3 % pour 2019, et à 2,0 % en 2020 et 2021. Cette révision à la hausse s’explique par le regain de vigueur de l’économie canadienne qui, au deuxième trimestre, a été stimulé par un redressement consécutif au ralentissement causé par les conditions météorologiques au premier trimestre et par la forte augmentation de la production pétrolière.

Tensions commerciales : perspectives assombries

La décision de la Banque de maintenir ses taux arrive dans un contexte de tensions commerciales mondiales persistantes (particulièrement entre les États‑Unis et la Chine) qui assombrit les perspectives de l’économie mondiale. Elle reflète un point de vue partagé par les décideurs des autres pays développés qui, malgré les perspectives de croissance à court terme favorables en Amérique du Nord, semblent se diriger vers une baisse des taux d’intérêt plus tard cette année. Selon la Banque, le PIB mondial croîtra au rythme de 3,0 % en 2019. La croissance accélérerait ensuite à environ 3,25 % en 2020 et en 2021.

Perspectives favorables au Canada

Au Canada, les perspectives économiques demeurent positives malgré l’incertitude causée par les tensions commerciales, car le dynamisme du marché du travail stimule les dépenses des consommateurs, le marché de l’habitation se stabilise et les exportations sont appelées à croître grâce à l’accroissement de la demande étrangère. Les conflits commerciaux et les problèmes de compétitivité continuent cependant d’assombrir les perspectives des échanges commerciaux et des investissements.

Il est peu probable que la Banque du Canada soit en mesure de majorer ses taux dans un avenir prévisible. En effet, malgré les perspectives favorables au Canada, les taux devront rester conformes aux attentes des marchés à l’égard des États‑Unis. Si les taux canadiens sont, ne serait-ce que légèrement, supérieurs aux taux américains, le dollar canadien sera stimulé, ce qui nuira aux exportateurs et augmentera le coût du crédit pour les consommateurs et les entreprises dans un contexte de grande incertitude commerciale.

Effet des commentaires de la Réserve fédérale des États-Unis

Les propos du président de la Réserve fédérale des États-Unis, Jerome Powell, devant le Congrès ont par ailleurs confirmé les attentes des investisseurs qui s’attendent à ce qu’à sa prochaine réunion, la Réserve fédérale réduise les taux. Leur certitude s’était émoussée à la parution des statistiques sur l’emploi aux États-Unis la semaine dernière, car le marché du travail affiche une vitalité supérieure aux attentes. Dans le contexte actuel de tensions commerciales et de grande incertitude causée par les politiques de l’administration américaine, les commentaires de Powell sont venus consolider les attentes d’une probable baisse des taux.

Dans une perspective canadienne, cette annonce a cependant eu pour effet de soutenir le dollar canadien qui s’est donc raffermi par rapport au dollar américain.

L’inversion de la courbe des taux de rendement rend improbable toute majoration de taux

En avril, la Banque du Canada a fait preuve d’une grande prudence dans ses propos, car les dépenses des ménages, la conjoncture pétrolière et les tensions commerciales internationales pesaient sur les perspectives. Jumelée aux attentes des investisseurs à l’endroit de l’économie mondiale, cette attitude accommodante a contribué à l’inversion de la courbe des taux de rendement obligataires au Canada. Les taux d’emprunt à court terme sont donc actuellement plus élevés que les taux à long terme, d’où la difficulté pour la Banque du Canada de majorer ses taux dans un avenir prévisible.

La croissance économique récente au Canada a été très forte, ce qui pourrait convaincre à tort les investisseurs qu’une majoration des taux est justifiée puisque les décisions de la Banque s’appuient sur ces données. La Banque a donc exprimé très clairement que cette forte croissance récente est attribuable à des facteurs conjoncturels (hausse de la production de pétrole et reprise après les ralentissements causés par les conditions climatiques) et que les sources de croissance durable sont plutôt annonciatrices d’une croissance et d’une inflation modestes.

Incidences sur le marché

Largement attendue, l’annonce illustre parfaitement l’influence qu’exercent désormais sur les investisseurs les politiques publiques mondiales.

En plus d’être tributaire des données, la Banque du Canada a aussi une attitude attentiste et suit de près l’évolution des tarifs douaniers, des politiques commerciales et des décisions des autres banques centrales aux États-Unis et en Europe.

Les analystes continuent de s’attendre à un ralentissement de la croissance économique et à la persistance d’une forte incertitude. Les entreprises auront donc plus de mal à planifier leurs dépenses, d’où une possible diminution de leurs investissements et une baisse de la contribution des exportateurs canadiens. J’ai donc beaucoup de difficulté à concevoir une hausse prochaine des taux d’intérêt qui ne serait pas sans créer un contexte encore plus défavorable pour l’économie canadienne.

Entre-temps, les dépenses des consommateurs devraient être soutenues par le faible coût du crédit et les prix des maisons devraient continuer d’augmenter sous l’effet de la baisse des coûts des prêts hypothécaires. En matière de placement, les titres risqués continueront d’être soutenus par la faiblesse des taux d’intérêt. La possibilité d’une augmentation substantielle des taux de rendement obligataires est ténue dans l’immédiat, et les rendements à long terme diminueront si l’on se fie au mouvement des taux de rendement qui ne cessent de diminuer depuis le début de l’année.

Dans notre approche de la gestion de nos portefeuilles, nous tenons pour acquis que les taux de rendement obligataires demeureront faibles à court terme, et que les taux d’emprunt resteront stables, puis baisseront légèrement. Ces conditions devraient influer favorablement sur le rendement des portefeuilles d’obligations.

A propos de l'auteur

Wesley Blight

Wesley Blight, CFA, CIM, FCSI, est gestionnaire de portefeuille au sein de l’équipe Gestion de placements chez Gestion financière MD. Il est responsable des résultats des fonds communs et des fonds collectifs à revenu fixe et de type « équilibré » de MD.

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