Skip to main content

Épisode 16 : La planification financière et l’univers des placements des médecins canadiens

Julie Petrera, responsable nationale du contenu de planification financière et Jean-François Bordeleau, gestionnaire principal de la pratique professionnelle en placement chez Gestion financière MD discutent des placements dans le contexte de la planification financière familiale des médecins.

 

 

*Il peut s’écouler jusqu’à 24 heures avant que l’épisode ci-dessus figure dans vos favoris.

Avertissements juridiques et transcription intégrale ci-dessous.

Nous remercions une fois de plus tous les médecins et professionnels de la santé qui prennent soin de nous en ces temps difficiles. Pendant que vous vous consacrez à la santé de la population, nous, chez MD, sommes déterminés à protéger le fruit de votre dur labeur. Nous sommes là pour vous et pour votre famille. Si vous avez des questions à propos des sujets abordés dans le balado ou de votre plan financier, nous sommes là pour vous aider.

Dans l’épisode 16 du balado L’Analyste MD, nous avons le privilège de nous entretenir avec Julie Petrera, responsable nationale du contenu en planification financière, et avec Jean-François Bordeleau, gestionnaire principal de la pratique professionnelle. Il sera question de placements et de manière plus large, de planification financière dans le contexte actuel. Nous discuterons donc d’une foule de sujets allant de la définition de la planification financière aux difficultés causées par la pandémie en passant par l’engouement actuel pour les placements socialement responsables et les cryptomonnaies et les possibilités actuellement à la portée des médecins et de leur famille.

À votre avis, quelles sont les questions et les difficultés financières récurrentes auxquelles les familles de médecins canadiens sont actuellement confrontées?

Julie Petrera [1:00] Je vais y aller en premier. Les revenus de nombreux médecins sont encore en baisse, car de nombreuses procédures médicales ont été reportées et dans certaines provinces, elles continuent d’être annulées ou restreintes d’une manière ou d’une autre à cause de la [COVID-19]. Tout dépend de la province de résidence du médecin et de sa spécialité. Certains doivent corriger leur plan financier par des mesures à court terme (adaptation de la rémunération, notamment du salaire que les sociétés médicales et d’autres parties versent aux médecins) et à plus long terme (stratégies d’épargne en vue de la retraite).

Les prestations de l’État contrebalancent en partie les revenus perdus et elles ont été et demeurent un sujet d’actualité sur le plan financier. Nous avons maintenant une bonne idée des prestations auxquelles les médecins sont admissibles en tant que propriétaires d’entreprise, qu’ils exercent ou non en société. Et dans certains cas, il n’est pas trop tard pour demander des prestations pour des années civiles ou financières antérieures.

Nous constatons également que les médecins se soucient d’être bien assurés et d’avoir en place un plan successoral à jour.

Finalement, les projets de retraite des médecins changent. Certains médecins hâtent leur départ à la retraite ou souhaitent le faire, tandis que d’autres décident au contraire de le reporter. Tout dépend de la spécialité de chacun et de la manière dont leurs activités professionnelles sont configurées.

Jean-François Bordeleau [2:04] Voilà d’excellents points Julie. Nous avons aussi constaté l’apparition d’autres phénomènes liés au marché ou au comportement des marchés. Je pense notamment à l’attrait croissant qu’exerce l’autogestion des placements.

Certains médecins, compte tenu de ce que vient de dire Julie, ont maintenant un peu plus de temps à consacrer à leurs placements, et l’analyse des marchés devient pour eux une forme de passe-temps. Comme bien d’autres gens, les médecins sont de plus en plus attirés par l’autogestion de leurs placements. Ils se soucient davantage des coûts et de certains facteurs connexes. Ce n’est pas encore une vague, mais il y a assurément une tendance. À la marge, l’intérêt pour l’autogestion des placements s’intensifie.

Personnellement, je crois que la tendance de l’heure est cependant l’intérêt croissant pour les enjeux sociaux. Lorsque la pandémie a frappé en 2020, la santé et les mesures sanitaires ont monopolisé l’attention. Les élections présidentielles américaines ont ensuite suivi en novembre et ont mis en évidence les inégalités dans notre société. Il y a eu l’affaire George Floyd aux États-Unis. Et je pense qu’on pourrait dire qu’au Canada, nous avons depuis quelques semaines l’affaire des pensionnats autochtones. L’intérêt pour les questions sociales est donc vif et les gens veulent s’assurer qu’à tout le moins, leurs placements causent le moins de tort possible et, si possible, ont au contraire des incidences positives.

Voilà donc un autre thème Alex qui a émergé de manière assez convaincante ces dernières semaines, un enjeu qui suscite beaucoup d’intérêt.

Bien des gens pensent que la planification financière se limite aux placements et que les placements sont la planification financière. Pouvez-vous nous dire ce qu’est véritablement la planification financière?

Julie Petrera [4:11] J’adorerais répondre à cette question. S’il est vrai que la planification financière englobe la gestion de placements, les deux expressions ne sont néanmoins pas interchangeables. La planification a un sens beaucoup plus large. Elle est un processus qui consiste à s’assurer que tous les aspects financiers de votre vie sont bien synchronisés et qu’ils se complètent les uns les autres. Si vous vous concentrez sur un seul aspect au détriment des autres, vos finances pourraient en souffrir, ce qui serait contre-productif. Planifier, c’est éviter de compter des cents pour ensuite dépenser des dollars.

La planification est un processus global fondé sur des objectifs qu’il faut d’abord définir, visualiser et formuler pour ensuite chercher à les atteindre en tenant compte des coûts. De là, il faut établir un plan pour atteindre ces objectifs en utilisant l’ensemble des outils de planification à notre disposition.

Parmi ces outils, mentionnons la gestion financière, notamment la gestion des entrées et des sorties de fonds, du budget, des dettes et de l’actif. Les placements font partie de ce volet de la planification. La planification financière englobe toutefois aussi l’affectation de l’actif, c.-à-d. le choix des véhicules d’épargne selon les objectifs et le désir d’optimisation fiscale.

La planification fiscale est en effet cruciale pour les médecins.

Pour planifier sa retraite, il faut décider du moment où vous la prendrez, du lieu où la vivrez, des personnes avec qui vous la partagerez et des choses que vous ferez pendant celle-ci, puis dresser un plan pour que ces projets se concrétisent. Les médecins ont rarement accès à un régime de retraite collectif. Cette planification est donc cruciale pour eux, encore plus que pour les gens en général.

La gestion du risque, soit la protection de votre actif le plus important qui est votre capital humain, et la planification successorale, qui consiste à décider de ce qui arrivera à votre société à votre décès et à mettre en place les mécanismes de transfert de vos biens aux personnes à qui vous souhaitez les léguer de la manière la plus efficace possible sur le plan fiscal sont deux autres aspects de la planification financière.

Souhaitez-vous ajouter quelque chose?

Jean-François Bordeleau [5:45] Oui, mais sans qu’il y ait un lien précis avec les propos de Julie. Comme elle, j’accorde de la valeur à l’aide et au soutien d’un professionnel en chair et en os pour avoir un portrait global de son plan financier. Pourtant, nous commençons à constater, dans le sillage de l’importante distinction que Julie a faite entre planification financière et planification des placements, que de plus en plus d’investisseurs souhaitent jouer un rôle plus direct dans les décisions de placement. Nos clients accordent encore de la valeur aux conseils de professionnels en chair et en os, mais sont aussi intrigués par ce qu’il est maintenant convenu d’appeler les conseillers automatisés, un espace où MD propose une solution appelée ExO MD Direct.

On assiste aussi dans l’univers de l’autogestion des placements au phénomène des actions « chouchous » (les actions « meme ») et à l’émergence des cryptomonnaies, ce qui donne à certains clients l’impression qu’ils sont en train de rater quelque chose. Qu’en pensez-vous?

Jean-François Bordeleau [6:53] Intéressant. Je dois insister encore une fois sur le fait que tous les épargnants ne sont pas semblables. Mais dans le contexte actuel, les gens en général (et pas seulement les médecins ou certains médecins), travaillent à leur domicile ou encore à temps partiel ou en vertu d’autres arrangements du même genre. Ils ont donc plus de temps à eux pour suivre l’évolution de leurs placements, pour s’amuser à les choisir et pour analyser ce qui peut leur paraître comme une belle occasion. Je n’utilise pas ici le verbe « paraître » sans raison.

Je ne saurais dire le nombre exact, mais récemment, plusieurs actions ont suscité un engouement soudain. Je pense entre autres à l’action d’AMC, la chaîne de cinémas américaine, dont le cours s’est emballé depuis quelques semaines au point où elle est devenue une de ces actions « chouchou ». Les rendements mentionnés dans les médias sont alléchants, mais concrètement, tous les actionnaires d’AMC n’ont pas obtenu un tel rendement. Tout dépend du moment de l’acquisition et de la revente des actions. Le choix de ces moments joue un rôle crucial sur le rendement réel.

Lorsque le cours de l’action de GameStop s’est emballé en février dernier, si je me souviens bien, il a beaucoup été question des quelques personnes qui ont tiré un rendement phénoménal de cette action chouchou. Mais seules les personnes à l’origine de cet engouement qui ont revendu rapidement leurs actions ont obtenu ce genre de rendement. Une analyse approfondie révèle que pour la plupart des gens, les résultats ont été nettement inférieurs, car ils ont acquis les actions pendant la montée des cours et les ont revendues pendant la redescente. Non seulement bon nombre de ces personnes n’ont pas obtenu le rendement dont il a été question dans les médias, mais la plupart n’ont rien obtenu du tout et d’autres ont même essuyé des pertes à cause d’actions chouchous du genre de celle de GameStop.

Il y a donc un risque. La combinaison autogestion et recherche de titres chouchou peut, si vous êtes chanceux, rapporter beaucoup d’argent. Mais est-ce une bonne stratégie de placement de s’en remettre à la chance? Je préfère de beaucoup le rendement moins ronflant, mais plus constant, que l’on obtient en faisant des recherches sur des entreprises saines s’appuyant sur des facteurs fondamentaux solides. Si vous jugez que l’autogestion des placements est une bonne solution pour vous, je vous recommande de procéder à une analyse plus traditionnelle de la qualité des actions et des facteurs fondamentaux des sociétés que vous convoitez sans tenir compte des frénésies passagères qui agitent les marchés même si cette manière de procéder est moins excitante.

Quand est-il préférable de recourir à l’autogestion des placements? Et quand est-il préférable de recourir aux services d’un professionnel?

Julie Petrera [9:42] Voici le conseil que je donnerais aux gens : si vous avez un intérêt pour la bourse, allez-y pour l’autogestion et occupez-vous vous-même d’une partie de votre argent, mais uniquement après avoir dressé un plan dont vous savez qu’il vous rapprochera de vos objectifs, quels qu’ils soient.

Disons, par exemple, que votre objectif est une retraite de rêve qui protégera votre famille et vous permettra de laisser un héritage à vos enfants, sans avoir à abandonner d’autres aspects de votre plan. N’oubliez pas qu’en qualité de médecin, vous n’avez pas de solution de repli comme un régime de retraite d’employeur. Les personnes qui ont un tel régime s’appuient indirectement sur des gestionnaires de portefeuille professionnels. Donc, même si elles ont peu de succès avec les placements qu’elles gèrent elles-mêmes, cela n’aura pas un effet marquant sur leur retraite, car elles pourront toujours compter sur les prestations de leur régime de retraite. Les médecins, en revanche, comptent uniquement sur l’actif accumulé en vue de leur retraite, qu’il soit détenu dans une société, un REER ou un autre compte. Une invitation à la prudence doit donc être adressée aux médecins qui envisagent de gérer eux-mêmes cet argent.

L’aspect le plus important de la collaboration avec un conseiller ou un planificateur est le choix de cette personne. Par où commencer? Que recommanderiez-vous? Chez MD, nous parlons souvent du fait que nos conseillers ne touchent pas de commission. Qu’est-ce que cela signifie au juste?

Julie Petrera [10:50] Il y a deux questions ici. En ce qui concerne le choix d’un conseiller, les recommandations venant d’une personne en qui vous avez confiance (un membre de votre famille ou un ami) sont un bon point de départ. Je pense qu’il est important que la personne choisie comprenne très bien la réalité de la vie d’un médecin. Les médecins sont des clients différents des autres. Nous l’avons constaté dans le contexte des prestations publiques liées à la pandémie. Les médecins répondent à de nombreux profils différents. Il est donc utile pour eux d’obtenir les conseils d’une personne qui les aidera à naviguer entre ces multiples possibilités.

Lorsque nous disons que nos conseillers ne touchent pas de commission, nous voulons dire que ceux-ci ne reçoivent pas de commission en contrepartie de la vente d’un produit donné. Leur rémunération est constituée surtout de salaire, mais ils touchent aussi des primes au rendement qui récompensent notamment les efforts déployés pour mobiliser ou recruter des clients. Leur salaire n’est pas lié directement à la vente de certains placements.

Jean-François Bordeleau [11:29] C’est bien vrai Julie et c’est même pour cela qu’à mon humble avis, nos clients obtiennent probablement une des offres les plus avantageuses sur le marché lorsqu’il est question d’obtenir des conseils de placement d’un professionnel accrédité.

Il suffit de regarder les frais perçus auprès de nos clients. On peut même combiner ces frais à la rémunération objectivement équitable que touchent nos conseillers. Ce n’est pas une structure de rémunération très courante dans notre secteur d’activité. Je sais pertinemment que certains investisseurs sont à la recherche d’autres options et je crois aussi qu’il est excellent qu’ils aient ces autres options. Mais pour ceux qui accordent une véritable valeur à la relation qu’ils ont avec leur conseiller, je dirais sans hésiter que MD propose probablement la relation qui représente le meilleur ratio prix-qualité sur le marché.

Qu’en est-il des conseillers automatisés?

Jean-François Bordeleau [12:23] Pour ceux qui sont tentés par le modèle des conseillers automatisés, sa beauté réside dans son caractère hybride qui vous permet de faire valider l’objectif de votre compte ou votre profil de risque. Le conseiller automatisé formulera aussi une recommandation générée par un algorithme, c.-à-d. par un « robot », quant à la nature du portefeuille que vous devriez détenir.

Vous n’avez cependant aucune discrétion dans la composition du portefeuille. Si votre profil de risque est « croissance modérée », vous aurez un portefeuille de croissance modérée. Il n’y a aucun moyen de contourner cette réalité. On évacue ainsi l’aspect émotif des décisions de placement et on réduit les coûts des placements tout en obtenant une certaine forme de validation de la pertinence des choix effectués.

Un conseiller automatisé peut-il remplacer un professionnel humain dans tous les aspects de son travail? Non. Mais pour les investisseurs qui souhaitent, disons, jouer un rôle plus actif, qui jugent en savoir suffisamment, qui sont simplement à la recherche d’une forme de validation et qui sont peut-être un peu plus rébarbatifs aux frais de gestion, le conseiller automatisé est une solution intéressante.

Pourriez-vous nous parler un peu plus des placements socialement responsables?

Jean-François Bordeleau [13:44] Oui Alex, merci de poser cette question. Il existe plusieurs versions des placements socialement responsables qui se présentent sous de nombreuses appellations. Pour notre discussion d’aujourd’hui, je me limiterai aux critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) en mettant l’accent sur le E de l’acronyme ESG, soit l’environnement, puisque cette question a toujours intéressé, mais peut-être encore plus depuis 2016, nos médecins clients. Cet intérêt explique pourquoi nous avons lancé nos fonds sans combustibles fossiles il y a environ cinq ans afin de répondre au désir et aux besoins des médecins désireux d’obtenir de bons rendements de placement sans nuire à l’environnement, voire en contribuant éventuellement à la création de retombées favorables.

Comme je l’ai mentionné précédemment, l’intérêt des médecins s’est porté au cours des derniers mois sur le S de notre acronyme, soit l’aspect social des placements qui gagne en importance. Plusieurs des médecins qui nous écoutent aujourd’hui (et j’en connais plusieurs) de même que ceux qui fréquentent Twitter ou d’autres médias sociaux voient ce qui se passe en ce moment.

De nombreux médecins demandent, par exemple, que des vaccins soient acheminés vers les points chauds où la population est moins fortunée, mais où les besoins sont énormes, les familles plus nombreuses, etc. Ces revendications ont commencé très tôt afin de nous assurer de contrôler plus rapidement la pandémie. Il s’agit bien sûr d’une question de santé, mais avec une forte composante sociale parce que nos dirigeants auraient pu se contenter de distribuer les vaccins partout de manière égale. Mais dès qu’on a constaté que certains groupes n’étaient pas en mesure d’accéder aussi facilement que d’autres aux vaccins, les revendications pour que les efforts soient concentrés dans certains points chauds ont commencé. Et c’est là que sont apparues les nouvelles manières de faire les choses : centre de vaccination de masse, vaccination au travail ou vaccination ciblée dans les points chauds, etc. Je sais bien que la vaccination comme telle n’a rien à voir avec les placements. Le parallèle que j’essaie de faire ici est que les enjeux sociaux comme ceux que j’ai mentionnés sont importants, qu’il soit question d’inclusion (aux États-Unis, le mouvement Black Lives Matters et ici au Canada la crise des pensionnats autochtones). Ce sont des problèmes dont nous avons entendu parler beaucoup récemment et nous avons aussi entendu parler des effets que ces problèmes ont eu sur les Autochtones. Toutes ces questions touchent profondément nos médecins clients. Il n’est pas facile de mettre en œuvre une stratégie de placement qui tiendra compte de ces enjeux très précis. Dans le même ordre d’idées, on peut aussi se poser des questions sur la main-d’œuvre utilisée par certaines des entreprises dans lesquelles nous plaçons l’argent de nos clients, s’interroger sur la nature des relations que ces entreprises ont avec leur clientèle. Ont-elles mis en place des politiques d’inclusion? Nos clients commencent à s’éveiller à ces questions.

Pour en revenir à l’autogestion dont nous parlions précédemment, certains outils permettent d’évaluer des placements potentiels en fonction des critères d’ESG. Toutefois, la réalité est que la perception de ces questions varie énormément d’une personne à l’autre. Par conséquent, il me paraît tout à fait judicieux à cet égard de travailler avec un conseiller et je le recommande fortement.

Julie Petrera [17:05] Je tiens aussi à ajouter quelque chose à ce sujet. Comme vous venez de le dire Jean-François, ce qui compte pour une personne, ce qui fait qu’un placement est socialement responsable ou non à ses yeux, est une question vraiment très personnelle, n’est-ce pas? Il s’agit d’un reflet de ses valeurs individuelles, de ce qui compte vraiment pour elle. Et en ce qui concerne les médecins, les possibilités de recourir aux placements socialement responsables sont supérieures.

Comme je l’ai mentionné précédemment, il est peu courant pour des médecins d’avoir un régime de retraite administré par une tierce partie. Et nous savons que ces tierces parties décident des placements effectués par les régimes de retraite en question.

En tant que médecin, vous avez donc dans les faits un plus grand contrôle sur votre actif et sur la manière dont il est placé. Ce qui vous donne une occasion additionnelle de placer votre argent dans des entreprises, des secteurs ou des pays qui correspondent à vos propres valeurs. Il vous est loisible d’éviter des entreprises ou des secteurs qui, dans une certaine mesure, ne répondent pas à vos valeurs. Voilà qui me paraît être une possibilité additionnelle pour les médecins. Alors, pour en revenir à ce que vous disiez, Jean-François, nous devons savoir quelles sont les valeurs de nos clients pour faire en sorte que leurs placements soient représentatifs de ces valeurs.

Les taux d’intérêt, les taux de rendement obligataires et l’inflation ont fait la manchette dernièrement. Qu’arrivera-t-il lorsque les décideurs voudront réduire les mesures de soutien actuelles puis y mettre fin et lorsque les marchés sortiront du mode de récupération actuel auquel nous nous sommes habitués?

Jean-François Bordeleau [18:32] Et bien, comme vous l’avez dit, il est temps de se préparer. Il importe de ne pas oublier que de la fin mars 2020 à la fin mars 2021, la plupart des grands indices boursiers du monde se sont appréciés de 35 % à 50 %. On ne voit pas ce genre de rendements tous les ans, ni même toutes les décennies et c’est probablement plus le genre de chose qui se produit seulement une fois par génération, voire une fois dans une vie entière. Il importe donc de garder ce facteur à l’esprit lorsque nous analysons le contexte et les perspectives.

La situation actuelle est plutôt intéressante. Oui, les mesures de stimulation des administrations publiques partout dans le monde soutiennent l’économie, ce qui mènera probablement à une forme ou une autre d’inflation à court terme. Toutefois, ces mesures n’expliquent pas à elles seules cette inflation à court terme (c’est notre conclusion que cette inflation ne durera pas).

Avec la réouverture des économies, les entreprises embauchent ou réembauchent. Dans certains cas, les prestations publiques continuent d’être versées par l’État et bien des gens se demandent donc s’ils ne devraient pas continuer à les toucher plutôt que de réintégrer leur ancien emploi qui ne les satisfaisait pas vraiment et ont d’autres idées de même nature. On assiste donc actuellement aux États-Unis, et un peu aussi au Canada et ailleurs dans le monde, à un phénomène qui fait a fait perdre beaucoup d’attrait aux emplois dits « au bas de l’échelle ». Les gens se font prier pour les reprendre. Les entreprises de l’économie des services doivent donc offrir des avantages qu’elles n’avaient pour la plupart jamais offerts auparavant. Si les salaires de l’économie des services doivent être majorés pour des raisons valables, au bout du compte, cela signifie que le coût des services ou des produits devra aussi augmenter. Ce phénomène crée de l’inflation.

Nous avons entendu les déclarations de Janet Yellen cette semaine à la rencontre du G-7 à l’issue d’une rencontre des ministres des Finances indiquant que, oui, il y aura un peu d’inflation et que ce n’est pas une si mauvaise chose. Les taux d’intérêt vont vraisemblablement augmenter un peu, mais ce n’est pas la fin du monde. En fait, c’est peut-être même ce dont ont besoin les économies du monde. En fait, les administrations centrales ont besoin d’un peu d’inflation, car cela facilitera le remboursement de leur dette. Soyons clairs, il n’est pas ici question d’inflation galopante à 10 % comme dans les années 1980 ni d’une inflation qui durera pendant 10 ans.

Pour l’instant, le système s’efforce de se rajuster. Comme vous l’avez d’ailleurs dit Alex, il tente d’aller au-delà des premières étapes de la phase de récupération, mais nous n’y sommes pas encore. Il est indubitable qu’il y aura de l’inflation. Les taux d’intérêt augmenteront au moins temporairement, ce qui pourrait créer une certaine rupture ou freiner les marchés boursiers. C’est une possibilité. Mais pour l’instant, je tiens à dire que nous n’entrevoyons aucune catastrophe imminente, que nous ne sommes pas à la veille d’une phase baissière ni de rien du genre. Il y a encore de l’espace pour la croissance sur le marché. Reste à voir de quelle ampleur sera cette croissance.

Qu’est-ce que cela signifie pour nos clients?

Julie Petrera [22:01] Et bien je vais répondre en premier si vous le voulez bien. À la dernière question, nous avons parlé des biais. Je tiens à souligner que ceux-ci influent sur d’autres aspects de la planification. Les sentiments, attitudes et expériences des gens ne sont pas liés uniquement aux placements ou aux types de placements détenus, mais aussi aux genres de comptes utilisés, à l’impôt et à la constitution en société, à l’assurance et à la planification successorale. Tous ces facteurs influent sur la planification et ils tendent à changer avec le temps.

Donc, tout comme nous ajustons les portefeuilles en fonction des fluctuations des taux d’intérêt, nous devons nous adapter aux nouvelles attitudes ou aux nouvelles règles introduites par les autres facteurs qui jouent sur la planification. La planification financière est un travail qui ne se termine jamais. Les objectifs changent. Ainsi, au cours de la dernière année, de nombreux clients ont modifié ou rajusté leurs objectifs. Certaines personnes se sont donné plus ou moins de temps pour atteindre certains de leurs objectifs. Par exemple, la pandémie et les baisses de revenus qu’elle a causées ont forcé plusieurs médecins à modifier le calendrier de remboursement de leurs dettes, à remettre des décisions d’achat, à faire preuve d’une plus grande prudence dans leurs dépenses en immobilisations, voire dans certains cas à repousser leur retraite. Toutes ces mesures constituent au sens large des ajustements au plan, car celui-ci ne se limite pas au contenu des portefeuilles de placements.

Jean-François Bordeleau [23:03] Oui. Je vais maintenant justement parler des changements aux placements en étant bref. Deux éléments me viennent à l’esprit.

Premièrement, il faut comprendre l’appétit pour le risque des investisseurs. Lorsque les rendements sont positifs comme ils l’ont été depuis un an, l’appétit moyen pour le risque tend à augmenter. Lorsque les choses commencent à se corser ou que les marchés reculent, soudainement, l’appétit pour le risque tend à diminuer. Nous avons tenté d’établir une constante, un point médian, au moyen d’outils comme des questionnaires d’évaluation du profil de risque et d’exploration, puis nous avons affecté à un client donné le portefeuille approprié en fonction de ce niveau de risque. Par conséquent, notre approche fondée sur le portefeuille est imprégnée d’une solide gestion du risque et repose sur l’affectation d’un portefeuille qui tient compte de la volatilité.

Mais outre le portefeuille de base qui est en quelque sorte la pierre d’assise du plan d’un investisseur, nous analysons aussi l’état du marché. Et à la marge, nous apportons certains ajustements : augmentation légère de la proportion d’actions ou de titres à revenu fixe, concentration dans un pays plutôt que dans un autre en fonction des conditions du marché. Toutefois, soyons clairs : ces changements sont marginaux.

Le plus important est de comprendre la tolérance au risque de la personne. Et ensuite de lui bâtir un portefeuille, ou plutôt de discuter avec elle du portefeuille qui correspondra à cette tolérance. En tant qu’entreprise et dans une perspective plus globale de la gestion des placements, il faut faire ces petites corrections lorsque les conditions le justifient. Voilà comment nous tenons compte de tous les facteurs et prenons des décisions de placement au nom de nos clients.

À quelles prestations publiques les médecins de famille ont-ils actuellement droit?

Julie Petrera [24:59] Bonne question. La plus importante est sans doute la SSUC, soit la subvention salariale qui restera accessible jusqu’à la fin du printemps 2021. Il est même possible d’en faire la demande rétroactivement pour des périodes antérieures. Donc, si vous demandez ces prestations pour un exercice financier antérieur et si vous êtes imposé l’année où vous la recevez plutôt que l’année pour laquelle vous la réclamez, vous vous trouvez à reporter le paiement de l’impôt. Si vous n’avez pas encore fait votre demande de SSUC et que vous êtes admissible en raison d’une diminution de vos revenus, il est encore temps de le faire.

La PCRE a remplacé la PCU plus tôt en 2021. Donc si vous ou un membre de votre famille y êtes admissibles, il vaut peut-être la peine de la demander.

Certaines administrations provinciales ou municipales versent aussi des subventions au loyer et d’autres avantages. Je suggérerais donc à tous nos clients de s’informer auprès d’un comptable pour vérifier s’ils sont admissibles à des prestations ou des subventions fédérales et provinciales. Il faut aussi continuer d’exercer une surveillance sur des prestations auxquelles ils pourraient devenir admissibles parce que les règles d’attribution de ces prestations changent tout comme les restrictions et l’impact qu’elles ont sur les revenus des médecins.

Quelles sont certaines des possibilités de planification financière actuellement offertes?

Julie Petrera [26:10] Bonne question à laquelle il n’y a pas de réponse universelle. Chaque cas est unique et tout dépend de vos valeurs personnelles, de vos objectifs, du temps que vous vous accordez pour atteindre ces objectifs et des autres sources de revenus éventuelles de votre ménage, maintenant et à la retraite.

De manière générale, il y a quelques grands thèmes sur lesquels nous nous concentrons pour les médecins, tout dépendant de l’étape de la carrière à laquelle ils en sont. Tout commence par le remboursement des dettes. Il faut bien reconnaître que pendant leurs études et jusqu’à la fin de leur période de résidence ou de leurs stages, les médecins accumulent des dettes. L’endettement moyen à la fin de la formation varie entre 100 000 $ et 350 000 $ selon la durée de la formation et la spécialité1. Il faut donc planifier la gestion de cette dette, mais aussi s’assurer de définir d’autres objectifs sans jamais perdre de vue la gestion de la dette, soit son remboursement. Il faut aussi soupeser l’avantage de le faire rapidement tout en envisageant les autres solutions possibles. Les dettes souscrites par les médecins sont peu coûteuses. Il est donc possible de les gérer différemment. Cette dette peut aussi être particulière. Les dettes souscrites pendant la formation d’un médecin peuvent bénéficier d’un certain « statut » particulier qui les rend admissibles à une exonération ou un report des intérêts. Il ne faut donc prendre aucune mesure susceptible de vous faire perdre ces avantages parce qu’il vous en coûterait alors de l’argent.

Cette dette dont je parle souvent persiste pendant une période d’environ cinq à dix ans. En fait, de nombreux médecins souscrivent encore plus de dettes lorsqu’ils commencent à exercer leur profession pour absorber les coûts élevés de la transition entre la formation et l’exercice de la profession. En plus, comme les médecins commencent à gagner des salaires intéressants tard dans la vie comparativement à leurs pairs et à d’autres professionnels, il leur reste moins de temps pour épargner en vue de leur retraite. Au début de leur carrière ou à mi-carrière, ils sont confrontés au dilemme suivant : épargner en vue de leur retraite ou rembourser rapidement leurs dettes. Penchons-nous sur cette question immédiatement.

La planification de la retraite peut englober la création d’une société à l’intérieur de laquelle le médecin exercera ses activités, le fractionnement du revenu, le report de l’impôt et les placements dans différentes catégories de comptes. Toutes ces décisions dépendront de vos objectifs personnels et du degré de confort ou d’inconfort que crée en vous le fait d’être endetté sans compter évidemment les autres facteurs comme la fondation éventuelle d’une famille, l’achat d’une maison et le déménagement qui coûtent tous de l’argent.

Pour les médecins en milieu de carrière ou en fin de carrière, le nerf de la guerre consiste souvent à réduire et à reporter leur fardeau fiscal tout en s’efforçant d’atteindre les autres objectifs personnels du médecin. Encore là, la retraite est un élément important, car les médecins doivent financer eux-mêmes leur retraite et souhaitent aussi souvent financer les études de leurs enfants, voyager, acheter une deuxième propriété. Toutes ces ambitions sont normales et légitimes. L’accent est mis sur l’impôt parce qu’il est particulièrement élevé ici. Et le fardeau fiscal peut avoir un effet très important sur les résultats réels. Habituellement, l’impôt a un effet beaucoup plus important que tous les autres éléments qui entrent en compte dans le plan comme les placements, le rendement sur les placements ou les frais de placement.

Et lorsque vous serez à la retraite, la planification ne cessera pas pour autant. Nous vous aurons préparé à cette période pendant un certain temps déjà, et à ce point, nous souhaiterons simplement nous assurer de vous maintenir sur la bonne voie. Chaque fois qu’un budget sera déposé ou qu’un programme public sera mis à jour ou que surviendra une pandémie, les choses changeront. Donc, la planification consiste à faire pour le mieux en tenant compte des éléments que l’on sait être vrais au moment où le plan est établi et comme tous ces facteurs changent, il en va de même des plans.

Il ne faut pas oublier non plus les conjoints. Je sais de première main que tous ces facteurs jouent également sur vous à chaque étape de la carrière de votre partenaire. Planifier pour deux représente deux fois plus de plaisir et peut être deux fois plus efficace. Même si vous gérez vos finances séparément. Il n’est donc pas obligatoire de mettre en commun vos actifs pour avoir une planification commune. Si vous partagez certains objectifs, comme le financement des études supérieures de vos enfants, une retraite commune et même d’autres buts, je vous recommande de planifier ensemble parce que l’éventail des solutions possibles est beaucoup plus large pour un ménage que pour une personne seule. J’espère que cela vous a donné un bon aperçu Alex.

 

1 Questionnaire à l’intention des diplômés de l’AFMC de 2020. Association des facultés de médecine du Canada.

L’information contenue dans le présent document ne doit pas être interprétée comme des conseils professionnels d’ordre fiscal, juridique, comptable ou de nature similaire applicables en contexte canadien ou étranger, et elle ne saurait en aucun cas remplacer les conseils d’un fiscaliste, d’un comptable ou d’un conseiller juridique indépendant. Les recommandations sur la constitution en société se limitent à la répartition de l’actif et à l’intégration des personnes morales dans les plans financiers et les stratégies de gestion de patrimoine. Toute information d’ordre fiscal ne s’applique qu’aux résidents canadiens et s’appuie sur le droit canadien de l’impôt en vigueur, notamment sur l’interprétation judiciaire et administrative en la matière. L’information et les stratégies ci-indiquées peuvent ne pas convenir aux personnes des États-Unis (citoyens, résidents ou détenteurs d’une carte verte) ou aux non-résidents du Canada, ni dans des situations mettant en cause de telles personnes. Les employés du groupe de sociétés MD ne sont pas habilités à déterminer si un client est considéré comme une personne des États-Unis ou soumis à des obligations de déclaration de revenus, au Canada ou à l’étranger. Le service ExO MDMD offre aux clients des conseils et des produits financiers par l’entremise du groupe de sociétés MD (Gestion financière MD inc., Gestion MD limitée, la Société de fiducie privée MD, la Société d’assurance vie MD et l’Agence d’assurance MD limitée). Pour obtenir une liste détaillée de ces sociétés, veuillez consulter notre site à l’adresse md.ca. Gestion financière MD offre des produits et services financiers, la famille de fonds MD et des services-conseils en placement par l’entremise du groupe de sociétés MD.

Ces présentations sont fournies uniquement à titre d’information et ne doivent en aucun cas être interprétées comme constituant des conseils en placement ou une invitation à se procurer certains titres. Pour en savoir plus sur la stratégie de gestion de patrimoine qui répondrait à vos besoins, veuillez consulter votre conseiller MD.

« Conseiller MD » désigne un conseiller financier de Gestion MD limitée (au Québec, un conseiller en placement) ou un gestionnaire de portefeuille de Conseils en placement privés MD.

©2021 Gestion financière MD inc.

Tous droits réservés. Il est interdit de reproduire ou de transmettre le présent document, en tout ou en partie, sous quelque forme que ce soit ou par quelque moyen que ce soit, électronique ou mécanique, y compris la photocopie, la photographie, l’enregistrement ou tout autre système de stockage et de récupération de données, sans l’autorisation écrite expresse de Gestion financière MD inc.