Vague de fusions et acquisitions dans le secteur pharmaceutique

April 20, 2018 Mark Fairbairn

Blog image

Dans un récent topo sectoriel sur les soins de santé, je soulignais que les sociétés pharmaceutiques et biotechnologiques étaient fortement représentées parmi les titres que nous détenons dans le secteur de la santé.

Dernièrement, les fusions et acquisitions se sont multipliées dans ce secteur : les transactions se chiffrent déjà à plus de 30 milliards de dollars en 2018 et touchent principalement les entreprises de biotechnologies.

Différents facteurs sont à l’origine de cette intense vague de fusions et acquisitions observée chez certains des grands acteurs mondiaux.

La réforme de la politique fiscale américaine

L’année 2017 a été très calme sur le plan des fusions et acquisitions dans le secteur de la santé, surtout en raison de l’incertitude entourant la politique fiscale américaine. La réforme annoncée en décembre 2017 est venue dissiper en bonne partie cette incertitude et redonner aux dirigeants des entreprises de la santé l’envie de poursuivre leurs acquisitions.

La réforme fiscale permet aussi aux sociétés d’accéder plus facilement à des capitaux qui se trouvaient auparavant « bloqués » à l’étranger. Par ailleurs, l’abaissement des taux d’imposition des sociétés améliore l’aspect économique des transactions.

Des moyens financiers considérables

Les sociétés du domaine de la santé, et plus particulièrement dans le secteur pharmaceutique, sont en général des entreprises « de qualité supérieure » qui affichent un bilan prudent et ont peu de dettes ou un solde de trésorerie élevé, ou les deux. Elles disposent donc de capitaux considérables à injecter dans des fusions et acquisitions.

Selon une étude de Goldman Sachs, les grandes sociétés biotechnologiques et pharmaceutiques pourraient avoir accès à plus de 460 milliards de dollars américains de capitaux, d’après les estimations, si l’on tient compte des sommes disponibles et de la possibilité d’emprunter.

Soutenir le positionnement concurrentiel et développer des créneaux

Jusqu’ici en 2018, les fusions et acquisitions se concentrent dans les biotechnologies. De nombreuses entreprises tentent en effet de se positionner pour profiter de la commercialisation de produits d’avenir issus notamment de la technologie génomique, que l’on croit capable de révolutionner le secteur pharmaceutique.

Beaucoup de sociétés procèdent à des acquisitions pour avoir accès à des technologies complémentaires et soutenir ainsi leur croissance. C’est le cas surtout dans le domaine des traitements anticancéreux. Celgene Corporation, par exemple, a acheté en janvier dernier au coût de 9 milliards de dollars américains la société Juno Therapeutics, Inc., un laboratoire de médicaments expérimentaux contre le cancer qui travaille à l’avancement de la thérapie par lymphocytes T à récepteur antigénique chimérique (CAR-T).

GlaxoSmithKline Inc. (GSK) a récemment investi 13 milliards de dollars américains dans l’achat de la participation de 36,5 % détenue par Novartis International AG dans leur coentreprise de produits de santé grand public, parmi lesquels figurent des marques réputées comme le dentifrice Sensodyne, les analgésiques Panadol et le gel anti-inflammatoire Voltaren. GSK table sur ces produits grand public pour générer des flux de trésorerie et accroître ainsi ses investissements en R-D. Novartis n’a pas tardé à utiliser une partie du produit de la vente pour faire l’acquisition d’Avexis au prix de 8,7 milliards de dollars américains et renforcer ainsi son portefeuille dans le domaine des neurosciences.

Les entreprises du secteur de la santé grand public s’inquiètent des pressions qui s’exercent sur la croissance et les prix, conséquence notamment de l’entrée en scène de marchands en ligne comme Amazon dans la distribution et les produits de marques de distributeurs, qui se vendent moins cher.

Toutefois, de l’avis de Mondrian Investment Partners, qui détient des actions de Novartis et de GSK dans le Fonds collectif d’actions internationales GPPMD, le Fonds d’actions MD et le Fonds international de valeur MD, le secteur de la santé grand public offre encore des perspectives à long terme fort intéressantes.

En effet, ce secteur génère des flux de trésorerie récurrents et stables en plus de donner accès à des ressources logistiques et de distribution. Le vieillissement de la population et les possibilités de fusions dans ce secteur hautement fragmenté devraient aussi avoir un effet positif. Mondrian indique que tant l’approche de Novartis axée sur le secteur pharmaceutique et l’innovation que celle plus diversifiée de GSK présentent des avantages.

Une stratégie d’affaires moins risquée

La commercialisation de nouveaux médicaments est un processus long, coûteux et risqué. Selon une étude réalisée par Deloitte, le rendement des investissements en recherche et développement (R-D) est passé de 10,1 % en 2010 à seulement 3,2 % en 2017. Cette diminution résulte en partie du fait que les gouvernements scrutent avec une attention sans précédent les nouveaux médicaments avant de les approuver, au point où seulement 14 % d’entre eux environ sont finalement commercialisés.

Procéder à une acquisition dans le but d’acheter une technologie à un stade de développement plus avancé constitue parfois une stratégie moins risquée pour les grandes sociétés cherchant à remplacer les revenus générés par d’anciens médicaments vedettes dont le brevet arrive à échéance. C’est ce qu’a fait Sanofi, dont l’action se retrouve dans le Fonds collectif d’actions internationales GPPMD, le Fonds d’actions MD et le Fonds international de valeur MD. L’entreprise s’est montrée particulièrement active cette année sur le plan des fusions et acquisitions dans l’optique de compenser les baisses prévues de ses médicaments antidiabétiques (Lantus).

Des transactions de l’ordre de 200 milliards de dollars

Quelle sera l’ampleur de cette vague de fusions et d’acquisitions cette année dans le secteur pharmaceutique? Après quatre mois, les transactions atteignent déjà environ 30 milliards de dollars américains. Selon certains observateurs, le total pourrait s’élever en fin d’année à 200 milliards. L’année dernière a été inhabituellement calme sur le plan des fusions et acquisitions : les gros joueurs attendaient de connaître les détails de la réforme fiscale de l’administration Trump et sa mise en œuvre. L’annonce de règles plus favorables ayant chassé en partie l’incertitude, la dimension fiscale joue désormais en faveur des fusions et acquisitions. Les évaluations boursières sont peut-être le facteur le plus susceptible de limiter ces transactions dans l’avenir, car le prix des petites sociétés de biotechnologies tend à augmenter.

Faire preuve de résilience face aux vents contraires

Le secteur pharmaceutique continuera d’être ralenti par de forts vents contraires dans les années à venir, compte tenu des pressions sur les prix et de l’expiration des brevets. Mais de formidables innovations y voient aussi le jour, surtout en génomique.  

Les sociétés pharmaceutiques continuent de figurer parmi les entreprises les mieux pourvues en ressources dans le monde. L’intensification actuelle des fusions et acquisitions n’est qu’un autre signe d’une industrie qui s’adapte rapidement et efficacement à la conjoncture, tout en restant ouverte au développement de nouvelles technologies pharmacologiques. Pour l’investisseur, le secteur pharmaceutique demeure digne d’intérêt.

Mark Fairbairn

Mark Fairbairn, CFA, B. Ing., est analyste en placement principal au sein de l’équipe Gestion de placements chez Gestion financière MD. Il est responsable des fonds communs et collectifs d’actions non nord-américaines ainsi que du volet de superposition des devises des fonds d’actions.

Article précédent
Oubliez les manchettes et tenez-vous-en à l’essentiel!
Oubliez les manchettes et tenez-vous-en à l’essentiel!

Jour après jour, de nouveaux sujets font les manchettes. Un portefeuille bien conçu et composé d'actifs cho...

Article suivant
Taux d’intérêt : la Banque du Canada maintient le cap
Taux d’intérêt : la Banque du Canada maintient le cap

La Banque du Canada a annoncé en avril 2018 qu’elle maintenait à 1,25 % son taux de financement à un jour. ...