Topo sectoriel : Matériaux : À la recherche de joyaux

July 3, 2018 Patrick Ercolano

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J’ai amorcé ma carrière à la fin des années 1990. La bulle des titres technologiques tirait à sa fin et j’étais à la recherche du prochain secteur « chaud ». Toutes mes analyses me poussaient vers le secteur des produits de base, qui avait souffert d’un manque flagrant d’investissement pendant les dix années précédentes et dont la capacité de production était insuffisante malgré l’émergence des pays du BRIC (Brésil, Russie, Inde et Chine) et leur insatiable appétit pour les matériaux.

Cette conjoncture a provoqué le boom des produits de base au début des années 2000 et généré des rendements de 10 % et plus pour les titres du secteur des matériaux.

Qu’en est-il en 2018? Le secteur des matériaux est parvenu à maturité. L’époque des rendements de 10 % et plus est probablement révolue, mais la croissance y reste modérée. Les turbulences du commerce international créeront assurément de la volatilité à court terme. On s’attend malgré tout à une croissance de 5 % à 6 % des bénéfices à moyen terme, ce qui est conforme aux rendements historiques. Globalement, nous ne débordons pas d’optimisme pour ce secteur, mais nous croyons qu’il s’y trouve encore des possibilités intéressantes.

Le cas particulier du Canada et de l’Australie

Le Canada et l’Australie représentent respectivement environ 2,1 % et 1,7 % du PIB mondial. Les deux économies tablent sur une forte contribution du secteur des matériaux, qui représente environ 11,7 % de la valeur boursière au Canada et 18,1 % en Australie. À titre de comparaison, mentionnons que le secteur des matériaux ne représente que 5,5 % des marchés boursiers mondiaux et 7,5 % des marchés boursiers des pays émergents. Selon les prévisions, les bénéfices des entreprises du secteur seront stables, modestes et conformes aux moyennes historiques. Pour cette raison (entre autres), nous avons pris la décision tactique de sous-pondérer, pour l’instant, les actions canadiennes et australiennes dans le Fonds collectif d’occasions tactiques mondiales GPPMD.

Cette sous-pondération ne nous empêche pas de trouver des joyaux dans le secteur. Ainsi, le Fonds collectif d’actions canadiennes GPPMD a bénéficié de notre position dans la société forestière Canfor Corp., un chef de file mondial du bois d’œuvre et des pâtes et papier durables. La société domine également le secteur de la production d’énergie verte en Amérique du Nord. L’action de Canfor s’est appréciée de 60 % en 12 mois, comparativement à 12,5 % pour l’ensemble de l’indice composé S&P/TSX.

En Australie, nous détenons des participations dans le Rio Tinto Group et dans BHP Billiton Limited, mais les deux sont sous-pondérées. Ernest Partners, sous‑conseiller du Fonds collectif d’actions internationales GPPMD et du Fonds international de valeur MD, a ajouté ces deux positions il y a quelques années. Les deux actions se négociaient alors au rabais à cause des bas prix des métaux. En raison de leur remontée des deux dernières années, elles ont contribué activement à l’atténuation du risque du portefeuille.

Tarifs, tarifs, tarifs

Les États-Unis se sont mis pratiquement tous les pays du monde à dos pour ce qui est du commerce, et le récent sommet du G7 à Charlevoix au Québec n’a pas amélioré la situation. Le secteur des matériaux n’est pas à l’abri des conséquences de cette crise. En mars dernier, le président Trump a en effet annoncé l’imposition de tarifs douaniers sur les importations d’acier et d’aluminium. Dans un premier temps, le Canada a été exempté, mais ces exemptions sont depuis venues à échéance.

C’est aux États-Unis qu’environ 75 % des exportations du Canada sont destinées, et tout obstacle au commerce (renégociation de l’ALENA ou tarifs additionnels, par exemple) a nécessairement une incidence sur les Canadiens. Les partenaires commerciaux de l’Australie sont plus diversifiés : la Chine, le Japon, la Corée du Sud et l’Inde représentent environ 35 % de ses exportations. Les tarifs annoncés sur l’acier et l’aluminium ne devraient pas avoir une grande incidence sur nos portefeuilles, car nos positions dans ce secteur sont relativement anodines et dans une large mesure, internationales.

Acteurs à valeur ajoutée

Nos détenons deux positions dans le secteur qui sont surpondérées, soit dans Voestalpine AG d’Autriche et Norsk Hydro ASA de Norvège (deux sociétés de métaux). Les deux entreprises ont une production spécialisée qui protège leur action contre les fluctuations des prix des produits de base. À moyen terme, en raison des bas prix des métaux, nos positions dans Norsk Hydro et Voestalpine nous ont bien servis et leur rendement des cinq dernières années a été respectivement supérieur à celui de l’indice MSCI EAEO de 31 % et de 15 %.

Cette sous-pondération importante des secteurs de l’acier et de l’aluminium fait contraste avec la surpondération du secteur des produits chimiques. La société Givaudan SA, un producteur de saveurs et de parfums, est à cet égard particulièrement intéressante. Selon des études de Nielson Research citées par Givaudan, 78 % des décisions des consommateurs de racheter des produits de parfumerie fine sont fondées sur l’odeur et, suivant le même principe, 45 % des décisions de racheter certains aliments sont fondées sur l’odeur et le goût. Pourtant les parfums et saveurs ne représentent que 0,5 % à 5 % des coûts de ces produits. En d’autres termes, les produits de Givaudan sont des intrants d’une importance cruciale, mais leur coût est proportionnellement minime, ce qui procure à la société un pouvoir d’établissement des prix considérable grâce auquel elle arrive à traverser les périodes inflationnistes tout en maintenant des marges bénéficiaires élevées.

En bref

Nous ne reverrons probablement jamais un boom des produits de base de l’ampleur de celui qui a marqué mes premiers pas dans la profession, mais les bénéfices des sociétés de matériaux se sont néanmoins remis progressivement des perturbations de 2015. Nous savons aussi que les tarifs douaniers sont un vecteur de volatilité dans ce secteur. Sans nous montrer exagérément optimistes, nous continuons à penser qu’il reste de beaux joyaux à découvrir!

Patrick Ercolano

Patrick Ercolano, CFA, MBA, est gestionnaire de portefeuille principal au sein de Gestion de placements et stratégie chez Gestion financière MD. Il supervise les mandats de répartition stratégique et tactique de l’actif et les fonds communs de placements non traditionnels. De plus, il est membre du Comité du risque et de la répartition tactiques de MD.

A propos de l'auteur

Patrick Ercolano, CFA, MBA, est gestionnaire de portefeuille principal au sein de Gestion de placements et stratégie chez Gestion financière MD. Il supervise les mandats de répartition stratégique et tactique de l’actif et les fonds communs de placements non traditionnels. De plus, il est membre du Comité du risque et de la répartition tactiques de MD.

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