Topo sectoriel : l’innovation, la clé du succès en santé

February 23, 2018 Mark Fairbairn

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Récemment, une de mes amies s’est malencontreusement blessée en glissant sur un trottoir glacé et a dû être conduite à l’urgence. Pendant l’inévitable attente, je n’ai pu m’empêcher de remarquer que les nombreux appareils hospitaliers arboraient le logo d’entreprises présentes dans nos portefeuilles. La vague de technologies novatrices des dernières années a radicalement transformé le système de santé, et nombre de ces technologies ont été créées par des sociétés représentées dans nos fonds communs et collectifs.

L’innovation est actuellement au cœur des changements dans le domaine de la santé. Vu la hausse actuelle des coûts en raison du vieillissement de la population, de l’augmentation de l’obésité et de certains risques politiques et législatifs, la capacité d’innover pourrait bien devenir le critère qui distingue les entreprises prospères des autres.

Espérance de vie en bonne santé

En 2016, lors d’une conférence, la professeure Sarah Harper de l’Université d’Oxford a forgé l’expression « espérance de vie en bonne santé ». Les gens vivent plus longtemps, mais souvent en mauvaise santé. En fin de vie, nous serons nombreux à souffrir d’incapacités et de problèmes de santé qui non seulement dégraderont notre qualité de vie, mais exigeront des soins coûteux. Le système de santé sera de plus en plus sollicité et subira une pression financière croissante.

Rappelons que le taux d’obésité mondial est en hausse dans tous les groupes d’âge, ce qui ajoute un stress au système déjà sous forte tension.

Risque politique et législatif

Selon Walter Scott & Partners Limited, sous-conseiller du fonds Placements d’avenir MD, du Fonds équilibré MD, du Fonds international de croissance MD et du Fonds collectif d’actions internationales GPPMD, les administrations publiques exercent des pressions considérables sur les fournisseurs pour réduire au minimum le coût des soins, surtout devant le vieillissement de la population. Ce contexte plombe les actions des sociétés du secteur de la santé depuis le milieu de 2016.

Certains risques législatifs pèsent aussi sur le secteur. Toujours selon Walter Scott, dans certaines régions, la production de nouveaux médicaments de marque est entravée par le resserrement des normes de sécurité, déjà très élevées, ce qui augmente les coûts des sociétés pharmaceutiques.

De plus, les brevets ne sont pas toujours respectés. En Inde notamment, les pouvoirs publics autorisent l’utilisation de versions génériques de certains médicaments encore sous brevet. D’autres pays pourraient aussi être tentés de faire pareil devant une éventuelle crise de leur système de santé au cours des prochaines années.

Walter Scott cherche des entreprises dominantes ou propriétaires d’une technologie de pointe et donc moins vulnérables au risque politique et législatif, comme Roche, Novartis et Novo Nordisk. Selon la société de placement, Roche est l’une des entreprises les plus innovantes de ce secteur et devrait demeurer un acteur mondial incontournable dans les soins médicaux.

Casser le modèle

Janus Capital Group, sous-conseiller du Fonds américain de croissance MD et du Fonds collectif d’actions américaines GPPMD, privilégie aussi l’innovation dans la sélection des titres. Le sous-conseiller s’intéresse notamment à trois sociétés étrangères au secteur de la santé, mais qui pourraient changer la donne aux États-Unis.

Amazon, Berkshire Hathaway et JP Morgan Chase ont en effet récemment annoncé la création d’une société de soins de santé indépendante afin de réduire les coûts pour leurs employés. Peu de détails ont été publiés, mais à long terme, Janus estime que ce partenariat pourrait servir de modèle pour l’utilisation des technologies en vue de réduire les coûts de santé et de maximiser les résultats.

Atténuer les risques

Ces problèmes créent de la volatilité dans le secteur des soins de santé, mais comme l’accès au marché est strictement réglementé et que les dépenses en santé sont inévitables, les marges bénéficiaires restent généralement élevées, mais stables, et les entreprises sont peu endettées, ce qui en fait un secteur défensif. La clé consiste à trouver les entreprises les plus susceptibles de profiter de cet accès limité au marché, ou celles qui sont prêtes à s’adapter et à innover.

Voilà pourquoi les capitaux que nous investissons dans le secteur des soins de santé sont concentrés dans des sociétés pharmaceutiques et biotechnologiques. Nos positions couvrent tout le spectre des fabricants de génériques comme Teva Pharmaceuticals, aux sociétés innovantes comme Regeneron Pharmaceutical, connue pour ses médicaments révolutionnaires.

Selon Janus, le dernier médicament de Regeneron (le Dupixent) répond à un besoin médical non satisfait. La plateforme technologique de la société est solide et son bassin de médicaments candidats est en croissance. La société soumet actuellement plusieurs anticorps immuno‑oncologiques à des études cliniques.

L’innovation est aussi présente dans le créneau de l’équipement et des services de santé.

Fiduciary Management Inc., sous-conseiller du Fonds américain de valeur MD, du Fonds d’actions MD et du Fonds collectif d’actions américaines GPPMD, juge que sa participation dans Cerner est primordiale, car les administrations publiques pressent les hôpitaux et les médecins d’adopter le dossier médical électronique. La société propose aussi des systèmes de gestion du cycle de revenus, et des services d’hébergement de données et de TI indispensables aux entreprises désireuses de réduire leurs coûts et de gagner en efficacité.

En ce qui concerne l’équipement, nous détenons une position dans Intuitive Surgical, qui a développé des robots qui simplifient un nombre croissant de chirurgies non invasives et améliorent de manière vérifiable les résultats pour les patients.

Positions hors secteur

Nos portefeuilles sont aussi exposés au secteur des soins de santé par l’entremise d’entreprises d’autres secteurs, notamment des conglomérats industriels et des sociétés de technologies de l’information. Nous songeons notamment à General Electric, qui tire 15 % de son chiffre d’affaires du secteur des soins de santé grâce à sa division qui domine le créneau de l’imagerie diagnostique. Air Liquide, une société est l’un des plus importants producteurs de gaz de qualité officinale utilisés dans les hôpitaux et les cliniques médicales.

De plus, quiconque connaît le moindrement l’univers hospitalier sait que les téléphones intelligents y sont devenus essentiels pour garder le contact et se tenir à jour, ou simplement pour passer le temps. Il convient aussi de mentionner la multitude d’applications liées à la santé et autres dispositifs portables qui facilitent la prévention en donnant aux gens de l’information et en surveillant certains indicateurs santé importants. La réduction des coûts en santé passe sans doute par des interventions visant à régler les problèmes avant qu’ils ne s’aggravent et exigent des soins intensifs ou une hospitalisation. Qui dit technologie dit Google. La société travaille sur certaines initiatives en santé et collabore notamment avec Ethicon au perfectionnement de robots chirurgicaux.

Un peu de géographie

Soulignons que nos positions dans le secteur de la santé sont concentrées dans des sociétés américaines, européennes et, dans une moindre mesure, japonaises. Pour le moment, ce secteur n’occupe pas une place importante dans nos portefeuilles d’actions canadiennes ou d’actions de marchés émergents. Au Canada, aucune occasion ne s’est présentée jusqu’à maintenant. Sur les marchés émergents, la montée de la classe moyenne (vieillissante) stimule cependant la demande de soins de santé, une tendance que nous continuons de surveiller.

Ce passage à l’urgence m’a permis de réfléchir sur l’avenir du secteur des soins de santé et sur l’importance des entreprises prêtes à innover pour répondre aux nouveaux besoins. Ce sont celles que nous continuerons de privilégier. Certaines plus rébarbatives à l’innovation pourraient s’en sortir assez bien dans la mesure où l’accès à leur marché est bien protégé. Les autres risquent d’éprouver des difficultés au cours des prochaines années.

Pour en revenir à mon amie, elle portera un plâtre quelques semaines, mais elle se remettra.

Mark Fairbairn

Mark Fairbairn, CFA, B. Ing., est analyste en placement principal au sein de l’équipe Gestion de placements chez Gestion financière MD. Il est responsable des fonds communs et collectifs d’actions non nord-américaines ainsi que du volet de superposition des devises des fonds d’actions.

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