Topo sectoriel : Journée caniculaire à Paris

November 12, 2018 Mark Fairbairn

         

Changement climatique : un risque maintenant à l’ordre du jour de votre fournisseur d’électricité

Il y a trois ans, le monde faisait cause commune contre les émissions de carbone et l’Accord de Paris était signé. Aujourd’hui, les changements climatiques sont le sujet de l’heure pour les investisseurs.

J’en ai fait le constat à la mi-octobre, alors que je participais en Europe à des rencontres de contrôle diligent et à une conférence sur les placements. De nombreux conférenciers, dont des dirigeants de grandes multinationales, considèrent désormais les changements climatiques comme un véritable risque d’exploitation (et comme une occasion possible) et prennent leurs décisions en conséquence.

Pour bien ponctuer le débat, Paris était pendant mon séjour au cœur d’une canicule. Le jour de ma rencontre avec l’équipe de gestion de portefeuille de Comgest Asset Management International, le thermomètre affichait une température supérieure de 10 °C à la normale. L’ironie de la situation n’a échappé à personne pendant notre entretien sur le Fonds d’actions sans combustibles fossiles MD, un des mandats de Comgest.

La pression pour réduire les émissions de carbone s’accentue, et je suis rassuré par la réaction d’entreprises clés, notamment les sociétés de distribution d’électricité.

Nouvel éclairage sur le virage du secteur de l’énergie et des services publics

Le secteur de l’énergie et des services publics, dont l’activité principale consiste à distribuer de l’électricité sans égard à son mode de production, est au nombre de ceux en mutation rapide à cause des changements climatiques. Une forte proportion de l’énergie consommée est encore produite en faisant brûler des combustibles fossiles, ce qui ne veut pas dire que cette situation est immuable.

Au fil des gains d’efficacité et de la diminution des coûts des énergies de remplacement comme l’énergie solaire, les sociétés de services publics délaisseront les combustibles fossiles, car à défaut, elles courront le risque d’être éjectées de leur marché par les entreprises qui l’auront fait avant elles.

L’abandon des centrales au charbon est maintenant dicté par des facteurs économiques plus que par des facteurs politiques : le gaz naturel est deux fois plus efficace et génère la moitié moins de carbone pour la même quantité d’électricité produite et est donc vu comme une solution provisoire qui limite la croissance des émissions de carbone.

Les producteurs d’électricité américains fermeront plus de centrales au charbon en 2018 que jamais auparavant. Pour la première fois, le gaz naturel a dépassé le charbon comme principale source d’électricité.

L’énergie solaire et éolienne et les autres sources d’énergie renouvelables sont porteuses de croissance. Plus leur prix et leur efficacité se rapprocheront de ceux des sources conventionnelles, quand ils ne seront pas meilleurs, plus elles se rapprocheront des réseaux de distribution et des consommateurs.

Un préjugé de plus en plus favorable à l’énergie renouvelable

Le Canada profite d’une abondance de cours d’eau et comble une bonne partie de ses besoins énergétiques de sources hydroélectriques renouvelables. D’ailleurs, ce n’est pas un hasard si le mot « hydro » fait partie du nom des sociétés publiques qui produisent l’électricité en Ontario et au Québec.

Quelques entreprises en portefeuille participent à la commercialisation mondiale de l’énergie renouvelable.

Nous détenons notamment un bloc d’actions de la société ontarienne Algonquin Power & Utilities Corp., une entreprise qui investit activement dans les installations hydroélectriques, éoliennes et solaires, et dans le secteur de la distribution d’électricité. Son chiffre d’affaires est généré environ à 95 % aux États-Unis et elle assure sa croissance surtout par voie d’acquisitions.

Nous détenons aussi une position dans Brookfield Renewable Partners qui est à la tête d’un des plus importants parcs d’énergie renouvelable dans le monde et est composé de plus de 875 centrales en Amérique du Nord, en Amérique du Sud, en Europe et en Asie, dont environ 75 % sont hydroélectriques.

Brookfield commercialise aussi d’autres énergies renouvelables qui rapprochent la production du lieu de consommation. Elle s’approprie actuellement le marché fragmenté, mais en plein essor, de la production répartie d’électricité, c.-à-d. la mise en place d'installations de production d’électricité au lieu de consommation comme des panneaux solaires installés sur les toits ou des verrières.

Ailleurs dans le monde, la production d’électricité exige encore des combustibles fossiles, mais les sociétés productrices traditionnelles s’efforcent de réduire leurs émissions de carbone et investissent dans l’économie post-carbone. C’est notamment le cas d’Iberdrola SA, une multinationale espagnole présente dans notre Fonds d’actions internationales GPPMD dont la fondation remonte à 170 ans et qui est un chef de file de l’énergie propre grâce à ses parcs éoliens et solaires et à d’autres installations de production d’énergie renouvelable. Conformément à son modèle d’affaires, elle aspire à remplacer les sources polluantes d’énergie par des sources propres. Actuellement, 67 % de sa capacité de production ne génère aucune émission. Selon les projections d’Enel, un distributeur d’électricité italien, 40 % de l’énergie qu’elle produit viendra de sources renouvelables d’ici 2040 par rapport à 14 % aujourd’hui. Une de ses filiales, Enel X, construit actuellement un réseau national de bornes de recharge pour véhicules électriques.

La sauvegarde de la planète : la nouvelle préoccupation des entreprises

L’enjeu ne se limite pas à la production et à la distribution d’électricité. J’ai été frappé pendant mon séjour par la rapidité d’action et d’innovation de l’industrie et du secteur privé par rapport aux autorités publiques. Les retombées éventuelles des changements climatiques sont préoccupantes, mais je suis rassuré par l’ingéniosité humaine qui se manifeste de plus en plus pour résoudre le problème.

Un coup d’œil rapide sur certaines des sociétés les plus fortement représentées dans le portefeuille de MD révèle que la lutte contre les changements climatiques est devenue l’affaire des entreprises de tous les secteurs.

Gestion financière MD inc. est signataire des Principes pour l’investissement responsable (PRI), une organisation appuyée par l’ONU qui fait la promotion de l’investissement responsable pour améliorer les rendements et mieux gérer les risques. Un des principes en question consiste à s’assurer que les mécanismes de gouvernance des entreprises contribuent à l’atteinte des objectifs de l’Accord de Paris et n’entravent pas le processus.

Plus près de nous, le siège social de MD a reçu la certification LEED Or (Leadership in Energy and Environmental Design), un système de classement qui récompense les concepts écologiques.

Ma propre empreinte carbonique

Pour la première étape de mon voyage de retour depuis Paris, j’ai d’abord pris un vol Lufthansa en direction de Francfort avec correspondance vers Ottawa sur les ailes d’Air Canada. En attendant le décollage, j’ai feuilleté la revue offerte aux passagers.

Elle contenait une lettre du chef de la direction de Lufthansa sur la croissance du transport aérien, sur ses retombées environnementales et sur les mesures prises par le transporteur pour les atténuer. La revue contenait aussi un article sur l’électrification éventuelle des flottes d’avions commerciaux.

L’avion dans lequel je prenais place était un Airbus A320 NEO équipé de réacteurs de la nouvelle génération qui accroissent l’efficacité énergétique de 15 % et réduisent par un ratio de 1:1 les émissions de carbone. Lufthansa a visiblement compris que la question environnementale préoccupe ses clients et affiche donc fièrement et en gros caractères sa contribution sur le fuselage de ses avions.

En tant que consommateurs, nous nous habituons peu à peu à ce genre de mesures pendant que nous nous efforçons de faire des choix qui contribuent à atténuer les changements climatiques.

En tant qu’investisseurs, nous intégrons l’information sur le développement durable, et les critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) à nos contrôles diligents et au processus décisionnel de tous nos fonds et portefeuilles, et notamment du Fonds d’actions sans combustibles fossiles MD.

Je pense que les instruments de placement « ESG » seront bientôt une chose du passé, car le développement durable deviendra un critère de contrôle diligent pour toutes les entreprises, sans égard au secteur auquel elles appartiennent.

J’espère que vous partagez notre optimisme au moment où nous nous collons aux entreprises qui relèvent le défi et s’efforcent de s’imposer en se propulsant à l’avant‑garde de l’économie post-carbone.

Et pendant qu’on y est, pourquoi ne baisseriez-vous pas un peu le chauffage chez vous?

[Note de bas de page]

1 Institute for Energy Economics and Financial Analysis, octobre 2018.

A propos de l'auteur

Mark Fairbairn

Mark Fairbairn, CFA, B.Eng., is an Assistant Vice President with the Investment Management and Strategy team at MD Financial Management. He is responsible for the non-North American equity funds and pools as well as the currency overlay program within the equity funds.

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