Tarifs douaniers sur l’acier : pas de panique

June 8, 2018 Craig Maddock

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Les caméras s’en donnent à cœur joie au Sommet du G7 dans la région de Charlevoix au Québec, où se déroulera le prochain acte du drame sur le commerce mondial.

Depuis l’imposition de tarifs douaniers sur les importations européennes, canadiennes et mexicaines d’acier et d’aluminium par les États-Unis la semaine dernière, les prises de bec entre le premier ministre Justin Trudeau et le président Donald Trump ont été à tout le moins divertissantes.

Malgré la guerre commerciale appréhendée, les pénalités américaines (25 % sur l’acier et 10 % sur l’aluminium) sont à ce jour sans effet réel sur les investisseurs et sur les sociétés représentées dans les portefeuilles MD.

Le marché réagit... exactement comme nous l’avions anticipé

Le jour de l’annonce des sanctions, le cours des actions des producteurs américains d’acier et d’aluminium a augmenté d’environ 3 % tandis que les actions des gros utilisateurs d’acier comme Harley-Davidson Inc., Caterpillar Inc. et Deere & Company reculaient d’environ 2 %.

Ce qui n’a rien d’étonnant : lorsque le coût des intrants augmente, le bénéfice diminue.

Le poids réel des métaux

Vous croyez probablement que Stelco, un producteur d’acier canadien, est un « gros » acteur du marché. Pourtant, sa capitalisation boursière n’est que de 2,3 milliards de dollars. Comparez avec la Banque Royale (109 milliards de dollars) et Apple (mille milliards de dollars)! Même les grandes sociétés sidérurgiques mondiales ne sont pas si importantes, ce qui limite leur influence sur les marchés.

Nous détenons dans les secteurs de l’acier et de l’aluminium de petits blocs d’actions de sociétés en grande partie étrangères qui représentent approximativement 0,8 % de nos portefeuilles d’actions. Voilà pourquoi le débat à propos des tarifs douaniers sur l’acier et l’aluminium n’est pas vraiment une nouvelle pour nous, mais plutôt un simple bruit de fond.

Nous détenons notamment des actions de la société norvégienne Norsk Hydro ASA, un des plus importants producteurs intégrés mondiaux d’aluminium, dans le Fonds collectif d’actions internationales GPPMD, le Fonds international de valeur MD et le Fonds d’actions MD. Les ventes de ce producteur à faible coût d’aluminium de qualité supérieure aux États-Unis représentent moins de 10 % de son chiffre d’affaires. Son évaluation boursière est modeste et selon l’analyse de notre sous-conseiller d’Atlanta, Ernest Partners, la société continuera de bénéficier de la demande dans le secteur de l’automobile, de l’emballage des produits de consommation et des applications électriques.

Plusieurs portefeuilles de MD contiennent des actions de la société sidérurgique autrichienne Voestalpine AG. Le Fonds d’actions sans combustibles fossiles MD, le fonds Placements d’avenir MD et le Fonds international de valeur MD sont du nombre. Environ 3 % des livraisons de l’entreprise pourraient être touchées par les tarifs douaniers américains selon Ernest Partners. La demande pour ses pièces d’automobile et composantes légères et ultrarésistantes devrait se maintenir.

Le véritable coût des tarifs douaniers

Les tarifs gonfleront vraisemblablement les prix de nombreux produits pour les consommateurs américains, car les acheteurs américains d’acier et d’aluminium canadiens paieront plus cher.

Les tarifs stimuleront l’emploi et les bénéfices des producteurs d’acier et d’aluminium américains, mais l’augmentation du coût des intrants pourrait nuire à d’autres acteurs du secteur manufacturier. Selon un économiste américain, chaque emploi gagné dans la sidérurgie et l’aluminium en coûtera 16 dans d’autres secteurs[1].

Une répétition du scénario du film Réellement l’amour?

À l’aube de la rencontre au Québec des leaders du G7, notre premier ministre pourrait s’inspirer d’une scène du film Réellement l’amour, une comédie romantique de 2003 dans laquelle Hugh Grant, qui joue le rôle du premier ministre britannique envoie paître dans un discours l'antipathique président des États‑Unis joué par Billy Bob Thornton, qui menace la relation entre les deux pays (ET courtise celle qui fait l’objet de ses assiduités).

« Nous sommes un petit pays certes, mais nous sommes aussi une grande nation », affirme le personnage de Grant dans un point de presse.

« Quand un ami nous tyrannise, ce n’est plus un ami. Et puisqu’un tyran ne comprend que la force, je suis prêt à faire preuve de plus de force. Que le président se prépare à y faire face. »

La loi du plus fort

Malgré tout, dans la vraie vie, il serait peut-être plus sage d’imiter Larry Kudlow, président du National Economic Council des États-Unis et conseiller de Trump, qui a cherché à minimiser les représailles décrétées par les alliés des États-Unis et a comparé le litige actuel à une « dispute familiale ».

Dans ce drame, le Canada doit composer avec un partenaire commercial puissant qui dicte le scénario.

Que les tarifs douaniers sur l’acier et l’aluminium soient là pour de bon ou qu’ils ne soient qu’une simple manœuvre des États-Unis pour arracher des concessions, en raison du faible engagement de MD sur le marché des métaux, il sera plus facile pour nos clients de voir comme un simple divertissement cette intrigue qui se déploie sous leurs yeux.

Craig Maddock

Craig Maddock, CFP, CFA, CIM, MBA, est vice-président à la gestion des placements chez Gestion financière MD. Il dirige les gestionnaires de portefeuille et les analystes en placement qui gèrent les fonds communs de placement et les fonds collectifs de MD.

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