Pourquoi les risques liés au logement et à l’endettement des ménages demeurent contenus

December 12, 2019 Gestion financière MD

L’article qui suit, de Rachael Moir, a été publié à l’origine en anglais dans The Globe and Mail

Les ménages canadiens ont un niveau d’endettement très élevé et fragilisent avec eux l’ensemble du système financier devant une éventuelle récession économique.

En effet, les emprunts des ménages atteignent un total faramineux de 2,3 billions de dollars, dont les deux tiers sont des prêts hypothécaires, ce qui illustre l’importance du secteur de l’habitation dans la richesse des Canadiens.

Toutefois, l’endettement ne représente qu’une partie de l’équation; en tenant compte des revenus, on constate que les risques demeurent contenus.

Voyons pourquoi.

Conditions favorables à une croissance lente, mais soutenue

Les conditions économiques sont généralement favorables à la croissance du marché de l’habitation et du revenu des ménages au Canada. Malgré le risque accru de récession mondiale, on s’attend toujours à une croissance de l’activité aux États-Unis et dans le monde, ce qui devrait permettre au Canada d’éviter la récession. Stimulé par les dépenses de consommation, le PIB réel des États-Unis a connu une hausse de 2,1 % au troisième trimestre, mieux que le 1,9 % prévu.

Au Canada, le PIB réel au troisième trimestre a connu une croissance annualisée de 1,3 %. Ce ralentissement par rapport au trimestre précédent est principalement attribuable à un recul des exportations de 0,4 %. Toutefois, les dépenses des ménages ont permis à la croissance de la consommation d’atteindre 0,4 %, contre le modeste 0,1 % observé au deuxième trimestre.

La politique budgétaire pourrait également profiter à l’économie canadienne. La réélection du premier ministre Justin Trudeau à la tête d’un gouvernement minoritaire rend plus probable l’adoption de mesures de stimulation financière à court terme, même en l’absence de récession, dans le but d’apaiser les partis d’opposition.

La croissance des revenus rattrape la croissance de l’endettement

La croissance économique, malgré sa lenteur, devrait contribuer à l’amélioration des conditions du marché du travail et à l’augmentation des revenus des ménages, ce qui favorisera le remboursement des dettes.

À 5,5 %, le taux de chômage demeure près des creux historiques, et le taux d’activité est supérieur à la moyenne des 20 dernières années.

La croissance du salaire horaire moyen des Canadiens s’est aussi accélérée, s’établissant à 4,4 % pour octobre par rapport à l’année précédente. Cette tendance pourrait se poursuivre : la Banque du Canada, dans son Enquête sur les perspectives des entreprises — Automne 2019, souligne que les indicateurs liés à la pénurie de main-d’œuvre montrent un resserrement des conditions du marché du travail dans la plupart des régions, à l’exception des Prairies.

Depuis mars 2019, le rythme d’augmentation des salaires par rapport à l’année précédente a dépassé celui du prix des maisons.

Dans l’ensemble, la croissance des revenus des ménages a rattrapé la croissance de l’endettement au cours de la dernière année, augmentant de près de 3,6 % d’une année à l’autre au deuxième trimestre après un maigre 2,8 % au troisième trimestre l’an dernier. Parallèlement, la croissance de l’endettement s’est maintenue entre 3,4 % et 3,8 %.

Actuellement, le taux de croissance des revenus et celui de l’endettement se suivent de plus près qu’il y a un an.

Statistique Canada estime que le revenu disponible s’est accru plus rapidement que les dépenses nominales des ménages au troisième trimestre, d’où une augmentation du taux d’épargne.

Un autre facteur contribuant à réduire le risque d’augmentation incontrôlable de l’endettement est la volonté exprimée par le gouverneur de la Banque du Canada, Stephen Poloz, de continuer d’éviter d’alimenter l’endettement des ménages en maintenant les taux d’intérêt à un niveau faible.

Assouplissement des conditions financières

Bien que le taux directeur de la Banque du Canada soit le plus élevé parmi les pays du G7, les conditions financières se sont assouplies, suivant la tendance mondiale. Le rendement sur cinq ans, la référence la plus commune pour les prêts hypothécaires au Canada, est actuellement sous 1,5 %, contre 2,3 % il y a un an.

Les tensions commerciales et l’incertitude à l’échelle mondiale devraient continuer d’empêcher une augmentation marquée des taux à long terme, un avantage pour la capacité de remboursement des emprunteurs à long terme.

Les tensions commerciales devraient également décourager la Banque du Canada d’augmenter les taux, bien qu’il soit peu probable qu’elle assouplisse son taux directeur compte tenu du resserrement du marché du travail, de l’inflation proche du taux cible et du niveau élevé d’endettement des ménages.

Amélioration de la qualité des créances hypothécaires

Le resserrement de la réglementation est un autre facteur pris en compte dans notre évaluation des risques liés au logement et à l’endettement; les tests de résistance plus stricts ont entraîné une réduction importante du nombre de nouveaux prêts hypothécaires dépassant 450 % du revenu disponible.

La diminution du nombre de prêts hypothécaires assurés à ratio prêt-revenu élevé se traduit par une meilleure capacité de remboursement des dettes.

Carolyn Wilkins, la numéro 2 de la banque centrale, a également souligné que l’augmentation cumulative de 50 points de base des taux en juillet et en octobre 2018, combinée aux mesures fiscales, avait contribué à réduire la vulnérabilité financière des Canadiens.

Pas de bulle immobilière

Malgré l’assouplissement des conditions financières, l’amélioration de la qualité des créances hypothécaires et le resserrement du marché du travail, la crainte de l’éclatement d’une bulle immobilière se fait sentir depuis un certain temps. Cela dit, selon nous, il n’y a pas de bulle immobilière.

Les tendances en matière de prix des logements demeurent alignées sur les bases de l’économie, et les indicateurs de l’offre et de la demande donnent à penser que les conditions sont généralement équilibrées, malgré les variations régionales.

En ce qui concerne la demande, la croissance démographique du Canada est la plus rapide parmi les pays du G7, et la hausse des salaires au-delà de l’inflation favorise les revenus des ménages.

L’offre est en voie de rejoindre la demande, ce qui devrait empêcher une augmentation insoutenable des prix des logements. Statistique Canada rapporte que les investissements dans le secteur de l’habitation ont augmenté de 3,2 % au troisième trimestre, la hausse la plus rapide depuis le premier trimestre de 2012, et ils comprennent notamment une hausse de 3,3 % des mises en chantier.

En conclusion, les perspectives économiques globales au Canada demeurent favorables aux actifs à risque, bien que la lenteur de la croissance, le risque accru de récession et la persistance des tensions commerciales appellent à la prudence.

C’est pourquoi notre exposition aux marchés boursiers est surtout axée sur les marchés défensifs plutôt que sur les marchés plus cycliques. Nous privilégions également les marchés développés par rapport aux marchés émergents. Sur le plan des devises, nous continuons de favoriser le dollar canadien, vu les taux d’intérêt plus élevés au Canada et une économie intérieure résiliente malgré sa lenteur.

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