Opa! La Grèce regagne son indépendance financière

August 29, 2018 Patrick Ercolano

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La semaine dernière, la Grèce et l’Union européenne (UE) ont vécu un moment historique : la fin du programme de renflouement de la Grèce. Après plusieurs années d’encadrement financier de son pays par ses créanciers, le premier ministre grec Alexis Tsipras a déclaré que la journée en était une de « véritable libération ». À première vue, il s’agit d’une bonne nouvelle pour la Grèce et d’une nouvelle encore meilleure pour les 28 pays membres de l’UE. Le retour à la santé financière marque en effet la fin symbolique de la crise de la dette souveraine en Europe. Mais en réalité, qu’en est-il?

Rétrospective 2010 : la Grèce en difficulté

Après la crise financière de 2008, de nombreux pays européens comme l’Espagne, l’Italie et le Portugal ont eu du mal à assurer le service de leur dette publique. La Grèce, en particulier, a été durement frappée par cette récession épique. Rappelons les mesures de redressement économique, les compressions budgétaires, la réforme fiscale, les manifestations, les émeutes et la succession rapide au pouvoir de cinq gouvernements différents de 2009 à 2018.

La dépression économique grecque a été déclenchée par les faiblesses structurelles de l’économie nationale et la révélation que les données sur la dette du pays sous‑estimaient la situation. La dette initialement déclarée en 2009 se chiffrait à 269 milliards d’euros, mais elle a ensuite été revue à la hausse, à près de 300 milliards d’euros.

Comme si cela ne suffisait pas, en plus des conséquences de la crise financière, la baisse marquée du tourisme et le ralentissement du transport maritime, deux des plus importants secteurs d’activité économique du pays, ont fait fondre la croissance du PIB grec. La Grèce a aussi été affligée par un déficit important, car les dépenses publiques dépassaient largement les recettes fiscales, amputées par un phénomène d’évasion fiscale endémique.

À un certain point, la Grèce a été évincée des marchés financiers et a dû se résoudre à solliciter un plan de renflouement à l’UE et au Fonds monétaire international. À partir de 2010, le pays a reçu de l’aide trois fois pour un total de 260 milliards d’euros. Ce soutien était conditionnel à la mise en place de mesures d’austérité draconiennes. Les Grecs ont vu une augmentation du taux de chômage, une perte de valeur des biens, une contraction de l’économie, des réformes importantes et une émigration massive.

Maintenant que l’opération de sauvetage est terminée, où en est la Grèce?

La situation s’est améliorée. Les programmes de renflouement ont pris fin et le pays est de nouveau capable de s’autofinancer. Selon les prévisions de la Commission européenne, le taux de croissance de l’économie grecque sera de 1,9 % en 2018 et de 2,3 % en 2019. Par ailleurs, le pays bénéficie maintenant d’un coussin financier capable de couvrir ses besoins en capitaux pendant 22 mois. Il a également mis en place un budget équilibré comportant même un léger surplus (0,8 % du PIB), a modernisé son régime de retraite et a confié la perception des taxes et des impôts à un organisme indépendant. Malgré tout, les obligations de dix ans du gouvernement grec se négocient à un taux de rendement d’environ 4,3 %, le plus élevé dans la région.

La situation semble positive, mais certains problèmes persistants justifient une surveillance étroite :

●      La Grèce doit des milliards d’euros à ses créanciers qui resteront donc attentifs à la situation économique. Le pays mettra 42 ans à les rembourser.

●      Le taux de chômage a baissé, mais reste élevé à 20 %.

●      Le rétablissement complet prendra du temps. L’économie s’est tout de même contractée de plus de 25 %.

●      Les actuelles mesures d’austérité resteront en place même si le premier ministre Tsipras a promis une augmentation des salaires, un filet social plus étendu et une baisse de l’impôt des entreprises.

Même si le pays demeure dans une situation encore vulnérable, sa « libération » peut être vue comme le signe d’une amélioration générale de la conjoncture en Europe.

Malgré les rumeurs de « Grexit » en 2015, la Grèce est demeurée membre de l’UE, ce qui améliore ses perspectives économiques.

Avec ses 28 membres, dont 19 ont adopté l’euro, la gestion des relations, des interdépendances et des disparités au sein de l’UE demeure hasardeuse. Toutefois, comme la Grèce l’a constaté concrètement, les contraintes liées à l’appartenance à l’UE s’accompagnent aussi d’avantages appréciables.

Des célébrations sont-elles de mise?

En gardant à l’esprit tous ces facteurs, il importe d’analyser la situation de la Grèce dans une juste perspective. Ses marchés financiers demeurent très restreints et ne représentent qu’une infime partie de l’économie mondiale. Dans l’ensemble, nos positions dans ce pays sont minimes. Comme mon collègue l’a écrit la semaine dernière, nous continuons de surpondérer les actions européennes, car nous prévoyons une solide croissance des titres de cette région. De plus, nos positions courtes en euros ont été profitables.

La croissance mondiale demeure positive et l’Europe sort d’une récession à double creux. Maintenant que les opérations de renflouement de la Grèce sont terminées, l’Europe semble en bonne position pour commencer le retrait progressif des mesures d’assouplissement quantitatif d’ici la fin de l’année, comme elle l’a d’ailleurs annoncé plus tôt cette année. Il est même possible que la Banque centrale européenne (BCE) soit en mesure de majorer les taux d’intérêt dès l’an prochain. Le taux de croissance de la région est tout à fait correct et l’inflation commence à se rapprocher des taux cibles. La conjoncture nous semble donc positive dans l’ensemble.

Il était tout à fait approprié que le premier ministre Tsipras fasse l’annonce de cette semaine sur l’île d’Ithaque. Dans le poème épique d’Homère dans l’Odyssée, on dit qu’Ithaque est la terre natale d’Ulysse qui a mis dix ans à rentrer chez lui après la guerre de Troie. Un peu comme l’Odyssée de la légende, l’odyssée moderne de la Grèce vient de se conclure.

Si vous désirez obtenir des précisions sur ce que cela signifie pour la Grèce, pour l’économie mondiale ou pour votre portefeuille, je vous invite à communiquer avec votre conseiller MD.

Patrick Ercolano

Patrick Ercolano, CFA, MBA, est gestionnaire de portefeuille principal au sein de Gestion de placements et stratégie chez Gestion financière MD. Il supervise les mandats de répartition stratégique et tactique de l’actif et les fonds communs de placements non traditionnels. De plus, il est membre du Comité du risque et de la répartition tactiques de MD.

A propos de l'auteur

Patrick Ercolano

Patrick Ercolano, CFA, MBA, is a Lead Portfolio Manager with the Investment Management and Strategy team at MD Financial Management. He oversees strategic and tactical asset allocation mandates, alternative investment mutual funds and is a member of MD’s Tactical and Risk Allocation Committee.

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