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La Banque du Canada relève son taux d’intérêt, d’autres hausses sont à prévoir

Points à retenir

  • La Banque du Canada procède à une autre hausse importante de 75 points de base en septembre.
  • Avec un taux de financement à un jour de 3,25 %, la politique monétaire devient restrictive.
  • L’énoncé de la banque centrale annonce d’autres resserrements, mais à un rythme plus lent.

La Banque du Canada (la « Banque »), qui poursuit sa lutte agressive contre l’inflation, a rehaussé de 75 points de base son taux cible de financement à un jour, pour le porter à 3,25 %. La décision a en grande partie été prise en compte par les marchés et correspond à notre scénario de base.

L’énoncé de la politique de la Banque allait droit au but et ne laissait aucune place à interprétation. Le spectre de l’inflation persiste et le cycle actuel n’est pas terminé.

La Banque serre la vis, sans compromis, et ne fera pas marche arrière. Une question demeure cependant : jusqu’où la banque centrale devra-t-elle relever son taux directeur?

« À mesure que les effets du resserrement de la politique monétaire deviendront plus évidents dans l’économie, la Banque évaluera jusqu’où il faudra encore relever les taux d’intérêt pour ramener l’inflation à la cible », a déclaré la Banque du Canada dans un communiqué publié mercredi. Bien qu’elle annonce d’autres relèvements, la banque centrale semble décidée à influencer plus lentement le marché, par des hausses inférieures à 75 points de base.

« Compte tenu des perspectives d’inflation, le Conseil de direction juge encore que le taux directeur va devoir augmenter davantage », a indiqué la Banque. Toutefois, elle déclare aussi prévoir un ralentissement de l’économie au second semestre, puisque la demande mondiale s’affaiblit et que le resserrement de la politique monétaire commence à ramener la demande à un niveau similaire à celui de l’offre au pays.

Le programme de resserrement quantitatif se poursuivra également, ce qui signifie que les obligations du gouvernement du Canada détenues par la banque centrale ne seront pas remplacées à l’échéance.

La Banque du Canada s’apprête-t-elle à ralentir de manière constante ses interventions?

À 3,25 %, le taux directeur se trouve maintenant en territoire restrictif, quoique légèrement. En effet, la Banque a déclaré qu’elle considérait qu’un taux entre 2 % et 3 % était neutre. D’après les indications contenues dans l’énoncé de la politique, il faudra qu’elle soit encore plus restrictive à court terme.

L’un des scénarios plausibles pour la fin du cycle de resserrement consiste en un ralentissement, à un rythme régulier, des interventions effectuées par la Banque. Une majoration de 50 points de base devrait avoir lieu en octobre, suivie par une dernière hausse de 25 points de base en décembre qui dépendra de la vitesse à laquelle la demande excédentaire se résorbera ou des signes d’atténuation de l’inflation de base.

La baisse des prix à la pompe ne suffit pas à dompter l’inflation de base

En juillet, une chute des prix de l’essence a causé un recul de l’indice des prix à la consommation, le faisant passer de 8,1 % à 7,6 %. Toutefois, si l’on ne tient pas compte des prix à la pompe, les données indiquent que les pressions inflationnistes persistent, particulièrement du côté des services. Dans son énoncé, la Banque mentionne une hausse des mesures de l’inflation de base, qui se situe entre 5 % et 5,5 % en juillet. Elle laisse aussi entendre qu’à court terme, les attentes d’inflation demeurent élevées. « Et plus elles le resteront, plus la forte inflation risque de s’enraciner », selon la banque centrale.

Bien que les économies mondiale et canadienne suivent ses projections de juillet, la Banque mentionne que les mêmes causes continuent de freiner la croissance et de faire monter les prix : les effets des éclosions de COVID-19, les perturbations persistantes de l’approvisionnement et la guerre en Ukraine, entre autres.

Le Canada ne fait pas cavalier seul. Partout dans le monde, les banques centrales resserrent leur politique monétaire. Les mesures de l’inflation de base sont à la hausse dans la plupart des pays. Aux États-Unis, le marché de l’emploi demeure tendu. En Chine, les confinements dus à la COVID-19 continuent de peser sur le secteur manufacturier. Les prix des produits de base restent volatils, bien que ceux du pétrole, du blé et du bois d’œuvre se soient atténués.

L’énoncé de mercredi ne contient aucune attente d’inflation. Les prochaines prévisions de la Banque relatives à l’inflation devraient être publiées dans son Rapport sur la politique monétaire du 26 octobre. Précédemment, en juillet, elle s’attendait à ce qu’elle commence à redescendre, pour se situer autour de 3 % à la fin de 2023, et à ce qu’elle retourne à la cible de 2 % à la fin de 2024.

L’économie toujours en surchauffe en raison de la forte demande et de la pénurie de main-d’œuvre

Au deuxième trimestre, le produit intérieur brut du Canada s’est chiffré à 3,3 %, soit légèrement moins que les prévisions de la Banque. Toutefois, l’économie demeure en surchauffe en raison de la demande excédentaire, de la pénurie de main-d’œuvre et des pressions inflationnistes, les entreprises refilant les hausses de leurs coûts aux consommateurs. 

Selon la Banque, au deuxième trimestre, « les indicateurs de la demande intérieure ont été très forts : la consommation a progressé d’environ 9½ % et les investissements des entreprises, de près de 12 %. »

D’après la Banque, ses efforts pour niveler la demande excédentaire freinent l’inflation d’un des principaux secteurs : « Les taux hypothécaires plus élevés entraînent un recul du marché du logement, comme prévu, suivant la période de croissance insoutenable enregistrée durant la pandémie. », déclare-t-elle.

Dans un discours prononcé jeudi, à Calgary, la première sous-gouverneure de la Banque du Canada, Carolyn Rogers, a évoqué la décision de cette semaine quand elle a fait le point sur la situation économique.

La décision sur le taux de la Banque du Canada conforme aux attentes

Dans l’ensemble, les marchés ont maintenu leur cap à la suite de la décision, fort attendue, de la Banque du Canada. L’indice composé S&P/TSX a clôturé en hausse de 0,8 % par rapport à la veille, propulsé par les titres des secteurs des services financiers, des produits industriels et des matières premières. Les titres énergétiques ont quant à eux reculé de 3,1 %.

Nous maintenons une sous-pondération des actions dans nos portefeuilles. Notre choix est justifié par le resserrement des conditions financières et de la politique monétaire. Les risques associés à la pandémie et au conflit en Ukraine persistent et la probabilité d’une récession augmente. Nous avons récemment augmenté le poids relatif des liquidités étant donné que nous avons une légère sous-pondération des actions canadiennes et américaines et une sous-pondération un peu plus grande des actions internationales et des marchés émergents.

En ce qui concerne notre portefeuille de titres à revenu fixe, nous visons une courbe de rendement plus aplatie en Europe, la Banque centrale européenne étant sur le point de délaisser les taux d’urgence. De plus, nous privilégions les durées légèrement longues (sensibilité aux taux d’intérêt) en Amérique du Nord, car nous nous attendons à ce que le resserrement des conditions de crédit par les banques centrales dans le contexte du ralentissement économique entraîne une baisse des taux de rendement à long terme.

La prochaine annonce de la Banque du Canada sur les taux d’intérêt est prévue le 26 octobre 2022.

Pendant plusieurs années, les taux d’intérêt se sont maintenus à un creux sans précédent en guise de mesure d’urgence, et la situation s’inverse rapidement. Il est important de garder en perspective les raisons qui expliquent les hausses des taux ainsi que les effets de ces dernières sur l’inflation. Outre des coûts d’emprunt plus élevés, les hausses des taux peuvent avoir des répercussions sur vos placements et votre portefeuille. Si vous avez des questions concernant l’annonce de la Banque du Canada, notre positionnement ou les éventuelles conséquences pour vous, n’hésitez pas à communiquer avec votre conseillère ou conseiller MD*.

* « Conseiller MD » désigne un conseiller financier de Gestion MD limitée (au Québec, un conseiller en placement) ou un gestionnaire de portefeuille de Conseils en placement privés MD.

L’information ci-dessus ne doit pas être interprétée comme des conseils professionnels en placements ou d’ordre financier, fiscal, juridique, comptable ou de nature similaire applicables en contexte canadien ou étranger, et elle ne saurait en aucun cas remplacer les conseils d’un fiscaliste, d’un comptable ou d’un conseiller juridique indépendant.

À propos de l'auteur

Idriss Benzina, CFA, M. Sc., est négociateur au sein de l’équipe Gestion multiactif. Il compte plusieurs années d’expérience à titre de gestionnaire de portefeuille et de négociateur, plus particulièrement dans le secteur des FNB, des titres à revenu fixe, des devises et des instruments dérivés.

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