Négociations de l’ALÉNA : faut-il se préoccuper de la « montée de lait » des États-Unis?

September 7, 2018 Ian Taylor

 

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Selon l’administration Trump, l’ALÉNA serait l’un des pires accords commerciaux jamais conclus.

L’inflexibilité des États-Unis à l’égard du Canada continue de faire la manchette. Les États-Unis et le Mexique ont conclu un accord préliminaire, mais des points d’achoppement persistent entre le Canada et les États-Unis.

Les négociations se poursuivent et les trois pays ont tous exprimé leur conviction qu’une entente peut malgré tout être conclue plus tôt que tard.

Quels sont les effets de cette incertitude qui entoure les négociations de l’ALÉNA sur les marchés canadiens? Et sur votre portefeuille?

Le Canada ne bronche pas

Parmi les principaux points d’achoppement pour le Canada, mentionnons l’aide à l’agriculture (plus précisément le système canadien de gestion de l’offre dans les secteurs laitier et avicole), le resserrement des règles sur les droits d’auteur et la propriété intellectuelle sur les sites Web et le maintien d’un mécanisme obligatoire de règlement des différends. Les États-Unis semblent tenir à l’ouverture du marché laitier canadien et à la mise à mort du système de gestion de l’offre qui protège les producteurs canadiens.

Le premier ministre Justin Trudeau et la ministre des Affaires étrangères Chrystia Freeland ont tous les deux déclaré que le Canada ne signera pas un mauvais accord (comprendre un accord impopulaire sur le plan politique au Canada). Il est donc peu probable que le Canada cède facilement sur ces points.

Issues possibles des négociations

Le Canada et les États-Unis pourraient conclure une entente calquée sur celle intervenue entre les États-Unis et le Mexique. Dans ce cas, la Banque du Canada recommencerait à majorer les taux d’intérêt pour tenir en respect l’inflation, car cet accord mettrait fin à l’incertitude économique associée aux tensions commerciales.

À court terme, le dollar canadien se raffermirait légèrement parce que la majoration escomptée des taux d’intérêt rendrait notre monnaie plus attrayante et parce que les taux de rendement obligataires augmenteraient au même rythme que les taux d’intérêt.

Toutefois, même en tenant pour acquise la conclusion d’un accord trilatéral, il faudrait des mois avant qu’il soit officialisé, car il devrait être formellement ratifié. À l’approche des élections de mi-mandat aux États-Unis et sans savoir si le Congrès américain approuvera les révisions apportées à l’accord, il est plus facile de proclamer (ou de « twitter ») qu’un accord a été conclu que de le faire.

Les retombées d’un éventuel échec des négociations sont plus difficiles à jauger. L’incertitude s’amplifierait probablement et exercerait à très court terme des pressions sur les marchés et sur le dollar canadien. Les négociations s’étireraient probablement.

Les États-Unis pourraient menacer de se retirer de l’accord en invoquant l’article 2205 de l’ALÉNA, ce qui déclencherait un compte à rebours de six mois avant le retrait officiel des États‑Unis. Comme nous l’avons déjà constaté, l’administration Trump n’hésite pas à utiliser tous les outils à sa disposition pour renforcer sa position de négociation. Elle est même allée jusqu’à étiqueter le Canada de menace à la sécurité nationale des États-Unis pour justifier ses tarifs sur l’acier.

Il est aussi possible que le Congrès exige que le Canada fasse partie de tout nouvel accord, ce qui empêcherait l’accord avec le Mexique de se concrétiser, malgré l’entente négociée. Tous ces rebondissements prolongeraient l’incertitude.

Les négociations de l’ALENA ont-elles des retombées négatives sur l’économie et les marchés canadiens?

Historiquement, les marchés boursiers ont toujours été instables en septembre, mais certains signes portent à croire que les négociations nuisent aux investissements des entreprises et à la croissance.

L’économie canadienne tourne actuellement presque au maximum de sa capacité, ce qui semble nier les soi-disant effets néfastes des négociations de l’ALÉNA sur le sentiment économique. La Banque du Canada a relevé à deux reprises ses taux d’intérêt cette année et une nouvelle majoration est attendue dès sa prochaine réunion en octobre.

Tout le bruit engendré par cette volatilité saisonnière n’est justement que cela : du bruit. À notre avis, les marchés boursiers poursuivront sur leur lancée au cours des prochains mois. Les bénéfices des sociétés sont solides partout dans le monde, et aux États-Unis en particulier, et cette tendance se maintiendra probablement.

Malgré la rhétorique enflammée sur la scène commerciale, une récession mondiale est très improbable. Les mesures budgétaires récentes aux États-Unis stimulent l’économie tout comme les bas taux d’intérêt. Malgré une augmentation récente, l’inflation reste sous contrôle et aucune spirale inflationniste n’est en vue.

Sur le plan tactique, nous conservons dans nos portefeuilles une proportion d’actions canadiennes inférieure à celle des indices de référence, car nous nous attendons à un rendement supérieur des marchés américains et internationaux qui comptent plus d’actions cycliques (de sociétés qui vendent des articles discrétionnaires que les consommateurs ont les moyens de se procurer seulement pendant les périodes de grande prospérité).

Faire fi de la politique et conserver ses placements

Chez MD, l’horizon temporel le plus court envisagé dans le processus décisionnel est de 12 mois. Les élections de mi-mandat aux États-Unis et les négociations de l’ALÉNA dominent actuellement l’actualité, mais ces sujets « chauds » seront bientôt remplacés par d’autres. À notre avis, toute tentative de battre les marchés s’appuyant sur des programmes politiques par définition incertains est une stratégie perdante.

Pour la plupart des épargnants, les retombées de ces événements sont beaucoup moins importantes que celles de l’évolution de l’économie mondiale dans son ensemble et nous préférons donc nous concentrer sur ces facteurs fondamentaux qui, incidemment, demeurent positifs pour les marchés boursiers des pays développés.

Si vous désirez obtenir des précisions sur les effets des négociations de l’ALÉNA sur votre portefeuille, n’hésitez pas à communiquer avec votre conseiller MD.

 

A propos de l'auteur

Ian Taylor

Ian Taylor, CFA, CIM, is an Assistant Vice President with the Investment Management and Strategy team at MD Financial Management. He oversees strategic and tactical asset allocation mandates, alternative investment mutual funds and is a member of MD’s Tactical and Risk Allocation Committee.

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