Merci de ne pas enfumer… mon fonds de retraite

June 23, 2017 Mark Fairbairn

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Seriez-vous inquiet si votre fonds de retraite était accro à la cigarette?

J’ai récemment rencontré la Dre Bronwyn King, radio-oncologue australienne et fondatrice de Tobacco Free Portfolios, une organisation sans but lucratif dont la mission est d’expurger tous les fonds de retraite de sociétés de l’industrie du tabac.

En 2010, la Dre King a été consternée de s’apercevoir qu’elle tirait un bénéfice personnel de la vente des produits qui étaient la cause même des maladies mortelles dont étaient affligés ses patients. Comme bien d’autres professionnels de la santé australiens, elle détenait sans le savoir des actions de sociétés de tabac par l’entremise de son fonds de retraite.

La position étrangère la plus importante dans son portefeuille était à l’époque un bloc d’actions de la British American Tobacco (BAT). Convaincue des méfaits de la consommation de tabac, aussi infime soit-elle, elle s’est attaquée au problème en mettant de l’avant des arguments financiers.

Depuis, Tobacco Free Portfolios a convaincu 35 fonds de retraite australiens de mettre en place des mandats de placement dits « sans tabac ». Du coup, une importante compagnie d’assurance, AXA, a décidé de retirer de l’industrie du tabac des placements évalués à 1,8 milliard d’euros (environ 2,5 milliards de dollars canadiens).

Prière de vous abstenir de fumer dans nos portefeuilles!

Pour nous, les positions défendues par la Dre King sont tout sauf radicales : MD a commencé dès 1969 à restreindre ses placements dans les sociétés liées au secteur du tabac.

Aucun produit de placement exclusif de MD ne contient de participation directe dans des sociétés du tabac. Nous n’achetons aucun titre individuel (obligations, actions ou instruments dérivés) émis par une entreprise fabriquant du tabac ou des produits liés au tabac.

Nous avons écarté activement tous les producteurs de tabac de nos portefeuilles et éliminé nos positions dans des sociétés comme Philip Morris, Altria et British American Tobacco. Même nos fonds indiciels en sont exempts.

Les positions défendues par l’AMC guident nos placements

Favorable à un Canada sans fumée, l’Association médicale canadienne (AMC) a émis son premier avertissement public sur les dangers du tabac en 1954.

Depuis 2004, l’AMC exhorte l’Office d’investissement du régime de pensions du Canada à se départir de ses titres liés au tabac. On attend toujours qu’il passe à l’action.

Plus récemment, avec l’émergence des sociétés productrices de cannabis sur les bourses canadiennes et étrangères, l’AMC a adopté une motion qui élargit l’application des restrictions actuelles afin d’exclure les entreprises productrices de marijuana ou de produits liés à la marijuana.

Comme pour le tabac, cette décision rejoint les préoccupations de longue date de l’Association quant aux risques pour la santé liés à la consommation de marijuana. Elle illustre aussi sa conviction que la recherche scientifique et les évaluations cliniques demeurent à ce jour insuffisantes pour qu’on puisse se prononcer sur l’utilisation de la marijuana à des fins médicales.

Le mirage des chiffres et l’attrait du tabac

Certains investisseurs refusent de se départir de leurs positions dans des sociétés du tabac, qui ont généré des rendements énormes au cours des 20 dernières années.

Le secteur étant perçu comme en déclin, les évaluations boursières étaient au plus bas, mais les dividendes versés étaient appréciables et les actions, moins sensibles aux cycles du marché (les fumeurs continuent de fumer, même en récession).

Les actions ont piqué du nez après l’entente à l’amiable conclue entre des compagnies de cigarettes et 46 États américains en 1998, alors qu’elles se sont engagées à verser à ces États plus de 200 milliards de dollars américains sur une période de 25 ans (et plus encore à perpétuité) afin de couvrir les coûts des soins de santé imputables au tabac.

Depuis lors, soit de novembre 1998 à la fin de mai 2017, ces actions ont le vent dans les voiles.

Le rendement annualisé en dollars américains des sociétés de tabac de l’indice Russell 1000 des États-Unis a été de 15,7 %, comparativement à 6,6 % pour l’ensemble de l’indice. À l’échelle mondiale, pendant la même période, les sociétés du sous-secteur du tabac de l’indice MSCI mondial ont généré un rendement annualisé de 13,4 % en dollars américains, comparativement à 5,5 % pour l’ensemble de l’indice.

Nous préférons voir le cendrier à moitié vide

Si vous aviez placé tout votre argent dans le secteur du tabac il y a 20 ans, vous seriez assurément plus riche aujourd’hui. Mais quel investisseur prudent concentre tous ses placements dans un seul et même secteur?

Les actions du secteur du tabac ont certes offert un formidable rendement, mais elles représentent moins de 2 % des marchés. Le fait de ne pas en détenir n’aura pas une grande incidence sur l’ensemble de votre portefeuille. En notre qualité de gestionnaires actifs, nous voyons de multiples possibilités dans les 98 % restants de l‘univers des placements.

Les actions du secteur du tabac n’intègrent plus ce rabais imputable aux perceptions défavorables et elles se négocient actuellement moyennant une prime de 20 % à 30 % par rapport au marché. L’évaluation boursière actuelle et les risques associés aux sociétés du tabac réduisent l’attrait de ces actions. Un exemple de risque? La plupart des provinces canadiennes ont engagé ou comptent engager des poursuites contre les sociétés du tabac afin de récupérer une partie des coûts des soins de santé imputables au tabac.

Éliminer la fumée secondaire des fonds de placement

Alors, où placer votre argent? Vous pourriez notamment acheter des parts du Fonds collectif d’actions internationales GPPMD, un de nos fonds de placement gérés activement. Le titre principal de ce fonds est actuellement l’action de la société pharmaceutique Roche.

Comparons l’action de Roche à celle de la BAT. Son rendement en dividendes est quasi identique, son évaluation boursière est inférieure et son profil de rendement défensif est similaire – les clients n’arrêteront pas de prendre leurs médicaments, même s’il y a récession.

La croissance de la BAT est tributaire de l’utilisation accrue d’un produit dont on sait qu’il est dangereux; celle de Roche, du développement de médicaments et de traitements qui améliorent la santé.

Voilà un substitut qui a fort bon goût.

1 Source: Factset
2 Source: Datastream

Mark Fairbairn

Mark Fairbairn, CFA, B. Ing., est analyste en placement principal au sein de l’équipe Gestion de placements chez Gestion financière MD. Il est responsable des fonds communs et collectifs d’actions non nord-américaines ainsi que du volet de superposition des devises des fonds d’actions.

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