Le chômage américain au plus bas en 17 ans : que demander de mieux?

May 11, 2018 Patrick Ercolano

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Tout comme la température corporelle et la tension artérielle renseignent sur la santé d’un patient, l’emploi est probablement le meilleur indicateur de l’état de santé général d’une économie.

Plus l’emploi est dynamique, moins les gens hésitent à consommer des biens et des services, à acheter des maisons, à rembourser leurs dettes et à épargner pour l’avenir, voire à fonder une famille.

L’emploi est donc un indicateur fondamental. Comment se porte-t-il actuellement?

Aux États-Unis, la plus grosse économie du monde, le taux de chômage est étonnamment faible, à 3,9 %, son plus bas niveau en 17 ans. Au Canada, il se situe aussi à un plancher historique de 5,8 %, ce qui tranche avec les taux de 10 % et plus qui ont caractérisé d’autres moments de notre histoire récente.

Au Royaume-Uni, malgré tout le discours négatif à propos du Brexit, le taux de chômage n’est que de 4,2 %, son plus bas niveau depuis les années 1970. L’Allemagne, avec 5,3 %, connaît son meilleur résultat depuis la réunification de l’Est et de l’Ouest en 1990.

Salaires à la hausse, mais sous contrôle

Toutes ces nouvelles sont bien sûr excellentes, mais ce n’est pas tout!

Lorsqu’une économie se rapproche du plein emploi, les pressions à la hausse sur les salaires préoccupent les économistes, car l’augmentation des salaires peut entraîner une hausse des prix (inflation).

Aux États-Unis, les pressions à la hausse semblent cependant sous contrôle, les salaires ayant connu une augmentation sur 12 mois très raisonnable de 2,6 %. En janvier 2018, la hausse a atteint 2,8 %, et certains observateurs n’ont alors pas hésité à lui imputer la responsabilité de la correction boursière survenue à la fin de l’hiver. Même si d’autres facteurs ont joué, il faut se rappeler qu’après 15 mois consécutifs de rendements positifs, il était dans l’ordre des choses que les marchés connaissent un mois négatif à un moment ou à un autre.

Selon l’indicateur de marché baissier propre à MD, la croissance des salaires n’a d’effet important sur les marchés boursiers que lorsqu’elle franchit la barre des 3,5 %. Nous sommes encore bien loin de ce seuil.

Chez MD, nous nous intéressons à l’économie dans l’optique de ses effets sur les marchés. Il est bien sûr impossible de prédire avec certitude l’évolution des marchés, mais l’analyse économique reste l’un des outils les plus efficaces pour déterminer quelles sont les pressions à l’œuvre. Sur le plan des affaires, la période de déclaration des bénéfices qui se termine aux États-Unis a été excellente : la plupart des entreprises ont publié des résultats supérieurs à leurs prévisions, et les bénéfices continuent d’augmenter.

Notre indicateur de marché baissier pointe vers une faible probabilité de baisse de marché aux États-Unis d’ici 12 mois, et il est donc fort probable que les actions offrent un rendement supérieur à celui des obligations au cours de cette période. Notre indicateur, qui s’appuie sur quatre catégories de données (inflation, croissance économique, bénéfices des sociétés, marchés financiers), montre des signes de faiblesse modérée uniquement dans la catégorie des marchés financiers. La situation n’est préoccupante dans aucune autre catégorie.

L’équilibre économique est de bon augure

Aux États-Unis, il semble que le scénario d’équilibre économique persiste : l’activité économique n’est ni trop intense ni trop lente, juste ce qu’il faut. Depuis juin 2016, nous surpondérons les actions américaines, et vu les résultats économiques que les États‑Unis continuent d’afficher, il est difficile d’entrevoir à quel moment nous pourrions décider de les sous-pondérer.

Nous continuons néanmoins d’analyser la situation avec un regard critique. Avec un PIB américain de 2,3 % au premier trimestre, on pourrait dire que la croissance a été faible, mais dans le passé, le premier trimestre a toujours été plus faible. Un taux de croissance du PIB de 3 % en 2018 semble donc tout à fait envisageable. Avec l’indice des prix à la consommation (inflation) qui se rapproche de sa cible, la Réserve fédérale aura bientôt atteint son objectif et disposera de la marge de manœuvre requise pour laisser l’inflation de se hisser au-dessus de la cible après presque 10 années sous ce taux.

De manière générale, l’élément déterminant de l’économie américaine actuellement, c’est qu’elle poursuit son réchauffement graduel et constant, sans surchauffer. Par exemple, les prix des maisons dans les 20 plus grandes villes des États-Unis ont connu en avril une augmentation de 6,8 % qui s’inscrit dans une tendance à la hausse soutenue ayant franchi les 5 % en 2014. Et comme le nombre d’inscriptions au chômage aux États-Unis se maintient aux alentours de 200 000 (un niveau très faible jamais vu depuis les années 1960), la revitalisation de l’économie américaine devrait se poursuivre encore un certain temps.

Faut-il craindre que l’économie finisse par souffrir de pressions inflationnistes ou encore s’inquiéter des évaluations boursières actuellement élevées? Bien sûr! Toutefois, comme ces craintes ont pour toile de fond une vitalité économique à l’évidence équilibrée, elles doivent être vues pour ce qu’elles sont : de simples craintes.

Patrick Ercolano

Patrick Ercolano, CFA, MBA, est gestionnaire de portefeuille principal au sein de Gestion de placements et stratégie chez Gestion financière MD. Il supervise les mandats de répartition stratégique et tactique de l’actif et les fonds communs de placements non traditionnels. De plus, il est membre du Comité du risque et de la répartition tactiques de MD.

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