La latitude de réduire les taux : la Banque du Canada laisse les taux inchangés

January 23, 2020 Wesley Blight

La Banque du Canada a annoncé qu’elle laissait inchangé son taux cible du financement à un jour à 1,75 % pour les prochaines semaines. Elle affirme que l’économie mondiale semble se stabiliser et que le commerce mondial évolue dans le bon sens, mais que la grande incertitude entourant l’économie mondiale subsiste, vu le retour des tensions géopolitiques.

Par cette annonce, qui indique une position assez conciliante, la Banque laisse les taux d’intérêt inchangés; or, la réaction des investisseurs et l’attitude de la Banque elle-même laissent croire qu’elle pourrait décider de les réduire prochainement.

Dans son annonce, la Banque a évité d’employer une formulation laissant entendre, comme précédemment, que le taux directeur actuel était approprié. Les investisseurs ont réagi à la nouvelle, ce qui a fait chuter les rendements des obligations canadiennes sur l’ensemble de la courbe mercredi matin. Le dollar canadien a aussi reculé par rapport au dollar américain.

Des signaux contradictoires au Canada

La Banque affirme que l’économie canadienne a été résiliente, mais les indicateurs sont partagés. Elle ajoute que la croissance à court terme sera probablement plus faible; elle prévoit une croissance d’à peine 0,3 % au quatrième trimestre de 2019 (comparativement à sa prévision de 1,3 % en octobre) et de 1,3 % au premier trimestre de 2020.

Cela dit, il faut savoir que la Banque du Canada fait généralement fi de cette faiblesse à court terme, car les politiques mettent du temps à produire l’effet escompté. Par ailleurs, mentionnons que le ralentissement au quatrième trimestre a été causé en partie par des facteurs temporaires, comme des grèves et les conditions météorologiques.

Globalement, les exportations et les investissements des entreprises – tous deux influencés par la situation géopolitique et le commerce mondial – ont faibli après un excellent troisième trimestre en 2019. La création d’emplois a aussi ralenti, et la confiance des consommateurs et les dépenses de consommation ont affiché une faiblesse inattendue. À l’inverse, les investissements résidentiels ont été solides durant la majeure partie de 2019, ne diminuant que modérément au quatrième trimestre.

« Les données défavorables pourraient être un signe que les conditions économiques mondiales affectent l’économie canadienne davantage qu’on le prévoyait, écrit la Banque dans son annonce. De plus, les Canadiens ont épargné une plus grande part de leurs revenus, ce qui pourrait être révélateur d’une prudence accrue de la part des consommateurs. » La Banque prévoit un redressement des dépenses des ménages au cours des prochains mois. Parallèlement, les investissements des entreprises, la production industrielle et les exportations devraient contribuer quelque peu à la croissance.

La Banque prévoit une amélioration lente de la croissance

Après une croissance du PIB réel de 1,6 % en 2019, la Banque prévoit maintenant une croissance de 1,6 % en 2020 et de 2 % en 2021. L’inflation devrait rester autour de 2 %, avec quelques fluctuations dues à la volatilité des prix de l’énergie. La Banque affirme qu’elle surveillera de près la situation afin de voir si le récent ralentissement est plus persistant que prévu. Elle prêtera aussi une attention particulière à l’évolution des dépenses de consommation, du marché du logement et des investissements des entreprises.

D’après le dernier Rapport sur la politique monétaire, « la Banque prévoit une amélioration de l’activité économique tout au long de 2020 et un rythme de croissance légèrement supérieur à celui de la production potentielle en 2021. Les dépenses des ménages devraient se raffermir et progresser à une cadence modérée. La Banque s’attend aussi à ce que la contribution des investissements des entreprises et des exportations à l’expansion économique s’accentue, à mesure que la demande étrangère se redressera, que l’incidence de l’incertitude entourant les politiques commerciales diminuera et que les capacités de transport du pétrole augmenteront. » Parallèlement, la croissance des dépenses publiques devrait ralentir.

L’écart de production global (la différence entre la production réelle et la production potentielle maximale) s’est creusé au quatrième trimestre, en raison de la croissance plus faible que prévu. On suppose que la production potentielle tournera autour de 2 % en moyenne pour 2019-2020, avant de passer graduellement à 1,8 % en 2021. Bien que ces taux soient plus élevés que le point médian des fourchettes d’estimation de la Banque et que les prévisions du Rapport sur la politique monétaire d’octobre, les chiffres sont tout de même faibles. Avec une production potentielle faible, la croissance économique n’a pas à être énorme pour pousser l’inflation vers le haut. C’est ce qui a aidé la Banque à atteindre ses cibles d’inflation récemment, et c’est aussi ce qui explique en partie pourquoi elle n’a pas abaissé son taux directeur ce mois-ci.

Dans l’ensemble, la Banque du Canada a encore le taux le plus élevé parmi les principaux pays développés. Si la croissance réelle n’est pas en voie de reprendre après la faiblesse récente, il sera certainement faisable de réviser les taux à la baisse.

Comme les prévisions de la Banque correspondent globalement à nos attentes, pour le moment, nous ne comptons pas réviser notre positionnement à la suite de l’annonce de mercredi. Cela dit, n’hésitez surtout pas à communiquer avec votre conseiller MD* si vous avez des questions.

* « Conseiller MD » désigne un conseiller financier de Gestion MD limitée (au Québec, un conseiller en placement).

À propos de l'auteur

Wesley Blight

Wesley Blight, CFA, CIM, FCSI, est gestionnaire de portefeuille au sein de l’équipe Gestion multiactif chez Gestion financière MD. Il est responsable des résultats des fonds communs et des fonds collectifs à revenu fixe et de type « équilibré » de MD.

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