La Chine, toujours en mutation

March 16, 2018 Ian Taylor

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En 30 ans, la Chine a changé du tout au tout : ce pays peu développé au départ est devenu une superpuissance économique mondiale. L’ampleur de ce changement peut facilement nous faire oublier que la Chine n’est pas une démocratie. Cela dit, certains événements nous ramènent rapidement à la réalité, comme le vote par la législature du pays en faveur de l’abolition du nombre maximal de mandats présidentiels.

La Chine a dû se pencher sur des questions propres au « marché libre » tout en opérant le passage délicat d’une économie axée sur la production industrielle et manufacturière à une économie axée davantage sur la consommation de biens et services. On soutient d’ailleurs que l’abolition de la limitation des mandats présidentiels fonde sur des motifs économiques plutôt que strictement politiques.

L’émergence d’une classe moyenne

J’ai grandi dans une ville canadienne entièrement dépendante de l’industrie forestière et j’ai vu de près les effets de la hausse de la concurrence des marchés émergents au début des années 2000. Il y a 10 ans à peine, on considérait les rendements boursiers des marchés émergents comme indissociables de ceux des marchés des matières premières.

Les temps ont changé, comme en témoigne la composition de l’indice MSCI Marchés émergents. La proportion de certains pays producteurs de matières premières au sein de l’indice, comme le Brésil et la Russie, a fondu comme neige au soleil, tandis que celle de l’Asie, la Chine en tête, prenait de l’ampleur. Plus important encore, des secteurs comme ceux des produits de consommation discrétionnaire et des technologies de l’information s’imposent. Les sociétés technologiques chinoises telles que Tencent et Alibaba comptent à elles seules pour plus de 9 % de l’indice. Ces changements sont tributaires de l’émergence d’une classe moyenne dépensière.

Là où l’économie et le politique convergent

Avant que le consommateur chinois ne devienne un facteur économique, la croissance était principalement le fruit d’investissements de l’État dans les industries lourdes. Ce type de croissance étant insoutenable, il est impératif de pouvoir compter sur la consommation intérieure. Puisque la mutation en cours a de grandes implications politiques dans la région, le gouvernement chinois est convaincu qu’il faut recentraliser les pouvoirs pour donner à l’État plus de contrôle sur le processus de désendettement et sur la réduction des excédents découlant du boom des investissements.

L’abolition de la limitation des mandats présidentiels annonce la recentralisation des pouvoirs; les décideurs chinois s’attaquent aux déséquilibres économiques et financiers. Pensons à la récente fusion des commissions de réglementation des services bancaires et de l’assurance ainsi que le transfert de certaines fonctions de réglementation et de surveillance à la Banque populaire de Chine (la banque centrale du pays). Voilà des exemples de changements profonds apportés au système financier chinois afin de réduire le risque systématique.

Étant donné la stabilité relative de la conjoncture économique mondiale, les décideurs chinois pourront accélérer les choses. Il ne faudra donc pas se surprendre de constater d’autres ajustements dans les semaines et les mois à venir.

Perspectives de placement

Pour nous, la stabilité en Chine est cruciale parce que le pays est sans contredit au centre de la conjoncture mondiale. Plus de la moitié de la production économique du monde provient de la Chine, des États-Unis et de la zone euro. S’il fallait que l’un de ces trois marchés trébuche, l’économie mondiale au grand complet s’en ressentirait. Nous sommes d’avis que les décideurs chinois sont bien placés pour assurer la transition économique, car ils ont un contrôle direct sur le secteur financier et les abondantes réserves de change du pays.

Comme les marchés émergents devraient continuer à croître plus rapidement que les marchés développés, le potentiel économique de la Chine ouvre beaucoup de possibilités aux investisseurs. Dans le Fonds collectif d’occasions tactiques mondiales GPPMD, par exemple, nous maintenons une forte pondération des actions mondiales, une forte croissance globale étant attendue en 2018, notamment une croissance rapide en Chine.

Environ 24 % de l’actif du Fonds collectif d’actions de marchés émergents GPPMD est investi dans des actions chinoises, dont 4 % dans des actions de catégorie A (négociées sur les bourses de Shanghai et de Shenzen, en Renminbi et habituellement réservées aux citoyens chinois). Nos placements chinois sont concentrés dans le marché intérieur et beaucoup sont acquis par l’intermédiaire d’une banque d’investissement ou au moyen du programme de connexion de la bourse de Hong Kong.

Parmi les titres dignes de mention, notons celui de Kweichow Moutai, la société de boissons alcoolisées dont l’évaluation boursière est la plus élevée dans le monde. Elle a d’ailleurs tout récemment éclipsé Diageo. Kweichow produit un baijiu chinois réputé qui dégage une marge bénéficiaire de 90 % et qui peut se vendre jusqu’à 300 £ aux boutiques hors taxes de l’aéroport Heathrow.

Nous avons également investi dans Yili Inner Mongolia Holdings, une société productrice de lait frais, de yogourt et de produits laitiers non périssables. La valeur de la société s’élève à deux fois celle de son concurrent canadien, Saputo.

Aussi présentes dans nos portefeuilles, les grandes Chinoises Alibaba et Tencent affichent une croissance rapide. Les deux sociétés du secteur des paiements mobiles ont créé un duopole dominant comparativement à ce qu’on voit aux États-Unis. Les ventes d’Alibaba durant la journée des célibataires (journée d’achats populaire en Chine) ont surclassé à elles seules les ventes enregistrées durant le Vendredi fou et le Cyberlundi en Amérique.

Et ce n’est pas tout; prenons notamment l’accès direct aux titres de créance sur le marché obligataire interbancaire chinois pour le volet opportuniste des mandats obligataires de MD. À tout prendre, faut-il s’inquiéter ou se réjouir des orientations politiques de la Chine? Seul l’avenir le dira. Cela dit, nous pensons, comme la majorité, que la Chine tient actuellement l’économie en tête de liste de ses priorités.

Ian Taylor

Ian Taylor, CFA, CIM, est gestionnaire de portefeuille au sein de l’équipe Stratégie de placement chez Gestion financière MD. Il supervise les mandats de répartition stratégique et tactique de l’actif et les fonds communs de placements non traditionnels. De plus, il est membre du Comité du risque et de la répartition tactiques de MD.

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