Investir au Canada : une bonne stratégie de couverture pour ceux qui redoutent une récession mondiale

September 5, 2019 Rachael Moir

           

Voici la traduction d’un article de Rachael Moir publié dans le Globe and Mail.

Rachael Moir est analyste en placement quantitatif au sein de l’équipe Gestion de placements et stratégie de Gestion financière MD. Elle assume la responsabilité des mandats de répartition stratégique et tactique de l’actif et de gestion des placements non traditionnels.

Ravivée par les tensions commerciales persistantes entre les États-Unis et la Chine et des données économiques décevantes, la crainte d’une récession a entraîné une autre vague de baisses des rendements obligataires, et nourri les attentes de nouvelles mesures d’assouplissement de la part des banques centrales du monde entier, y compris la Banque du Canada.

Toutefois, nous croyons que l’économie canadienne, dans un contexte de ralentissement de la croissance mondiale, pourrait faire meilleure figure que celle des autres pays développés. En effet, la croissance intérieure du Canada pourrait continuer de dépasser les prévisions des économistes, ce qui devrait dissuader la Banque du Canada d’emboîter le pas à la Réserve fédérale en abaissant son taux directeur cette année.

En fait, miser sur le Canada pourrait être une bonne stratégie de couverture pour les investisseurs qui craignent une récession mondiale imminente.

DES DYNAMIQUES CONTRAIRES

Au cours des 12 prochains mois, on peut s’attendre à des dynamiques contraires : la croissance du PIB devrait ralentir aux États-Unis, tandis qu’elle s’accélérera vraisemblablement au Canada.

Depuis neuf mois, la hausse des bénéfices est plus forte au Canada qu’aux États-Unis et que dans la plupart des autres pays développés. De plus, au cours des 12 prochains mois, la stabilité de l’économie américaine et les effets décalés de la faiblesse du huard devraient stimuler l’économie canadienne et accroître les bénéfices des entreprises du pays.

Le Canada a été relativement épargné par la guerre commerciale, puisque son secteur manufacturier est moins important que celui de la plupart des autres puissances économiques, dont les États-Unis, la Chine, le Japon, l’Allemagne et l’Italie. Beaucoup de ces puissances font également face à des problèmes qui leur sont propres. Par exemple, l’Allemagne a vu son économie se contracter au deuxième trimestre, et son secteur automobile est en difficulté.

En outre, le Canada fait partie, avec les États-Unis et l’Australie, des pays dont les indices des directeurs d’achats (PMI) du secteur manufacturier sont supérieurs à 50, signe que son économie est en pleine croissance.

DÉPASSER LES ATTENTES

Non seulement l’économie canadienne s’est montrée plus résiliente que celle de la majorité des grands pays, mais elle a aussi surpassé les prédictions des économistes. En effet, si l’indice de surprise économique de Citigroup a montré un résultat positif pour le Canada toute l’année, l’indice mondial est quant à lui négatif depuis le deuxième trimestre de 2018.

Et le Canada pourrait continuer de surprendre : nous sommes d’avis que les risques qui pèsent sur le marché du logement sont surestimés, et que le pétrole ne nuira pas autant à l’économie que le prédisent les analystes.

Dans le secteur pétrolier, les difficultés persisteront tant qu’on ne réglera pas les problèmes de transport, et les investissements ne cesseront d’être bridés, les entreprises du secteur de l’énergie ayant du mal à accéder aux marchés du crédit. Or, malgré ces obstacles, le reste de l’économie canadienne a réussi à prendre la relève.

Pas de bulle immobilière au Canada

Sur le plan du logement, les données ne font pas état d’une bulle. L’augmentation des prix des habitations au Canada – en particulier à Toronto et à Vancouver – est principalement causée par l’insuffisance de l’offre. De plus, la Société canadienne d’hypothèques et de logement estime que, après dix trimestres de vulnérabilité élevée, le marché immobilier du pays présente maintenant des risques modérés. Plus particulièrement, la vulnérabilité du marché de Vancouver s’est finalement résorbée, après avoir été élevée pendant trois ans.

Bien que nous ne nous attendions pas à une récession au Canada, cette éventualité représente la menace la plus importante pour le secteur immobilier. En effet, l’augmentation du taux de chômage nuirait à la capacité des ménages à rembourser leur prêt hypothécaire.

Nous sommes convaincus que les préoccupations concernant le niveau élevé d’endettement des ménages et leur capacité à rembourser leurs dettes sont exagérées. En effet, le taux de chômage n’a presque jamais été aussi bas, même s’il a grimpé à 5,7 % en juillet. De plus, la baisse des taux d’intérêt devrait se poursuivre, et les salaires ont progressé au même rythme que le prix des logements dans la dernière année.

AUGMENTATION DU RISQUE DE RÉCESSION MONDIALE : PAS DE DANGER POUR LE CANADA

Dans l’ensemble, même si une récession est de plus en plus probable, nous croyons que l’économie canadienne continuera de croître.

Dernièrement, nos indicateurs laissent présager une récession : la récente révision du PIB américain met en évidence l’affaiblissement des investissements et de la rentabilité des entreprises. Toutefois, le déclin marqué du rendement des obligations à l’échelle mondiale, sur l’ensemble de la courbe, devrait soutenir la croissance économique et donc réduire le risque de récession.

Si une récession venait à frapper les États-Unis ou l’économie mondiale, il serait normal de croire que le Canada n’y échapperait pas. Cela dit, il y résisterait mieux que le Japon, la zone euro et le Royaume-Uni, qui ont tous été plus durement touchés par la guerre commerciale et les risques idiosyncrasiques.

Vu son marché d’actions à caractère défensif, le Canada tiendrait mieux le coup que les autres pays développés. De plus, puisque les États-Unis sont notre premier marché d’exportation, la dépréciation probable du huard face au billet vert viendrait contrebalancer les répercussions d’un ralentissement de l’activité économique. Par conséquent, investir au Canada serait une bonne stratégie de couverture si vous croyez qu’une récession mondiale est imminente.

Quoi qu’il en soit, nous attendrons que l’économie canadienne montre des signes concrets de croissance avant de passer d’une position neutre à une surpondération des actions canadiennes. Entre-temps, nous préférons axer notre exposition sur la monnaie et maintenir une position longue sur le dollar canadien.

A propos de l'auteur

Rachael Moir

Rachael Moir est analyste en placement quantitatif au sein de l’équipe Gestion de placements et stratégie chez Gestion financière MD. Elle travaille aux mandats de répartition stratégique et tactique de l’actif et de gestion des placements non traditionnels. Elle participe également aux travaux du Comité du risque et de la répartition tactiques de MD.

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