Interdiction du plastique à usage unique : une possibilité de placement?

July 3, 2019 Mark Fairbairn

            

Le génie est officiellement sorti de sa bouteille de plastique : le projet du gouvernement canadien d’interdire le plastique à usage unique rendra illégaux dès 2021 certains articles en plastique d’usage courant comme les ustensiles et les pailles.

Le gaspillage de plastique et la pollution des océans sont des problèmes mondiaux bien connus.

Dans les bureaux de direction de nombreuses entreprises, on discute d’ailleurs de bien plus que de la simple disparition des cuillères en plastique. L’évolution des préférences des consommateurs, le resserrement de la réglementation et la concurrence poussent en effet les entreprises à innover pour réduire le gaspillage de plastique et pour devenir durables et rentables.

Pressions pour une consommation réduite de plastique

La décision canadienne va dans le sens de la tendance européenne. Les législateurs français et européens ont en effet déjà interdit les articles en plastique non réutilisables. De plus en plus, les entreprises sont placées devant leur responsabilité d’assumer le coût du recyclage des déchets de plastique générés par leur production.

La plupart des grandes entreprises du secteur des produits de consommation reconnaissent l’urgence de mieux gérer le plastique. Nestlé, Unilever et L’Oréal (des sociétés présentes dans de multiples fonds communs et collectifs de MD) sont au nombre des entreprises qui se sont engagées d’ici 2025 à n’utiliser dans leurs emballages que du plastique entièrement renouvelable, recyclable ou compostable.

Participants à l’initiative de la nouvelle économie du plastique lancée par la Fondation Ellen MacArthur, ces géants de la consommation sont en effet au nombre des quelque 200 entreprises et plus qui se sont engagées à l’échelle mondiale à éradiquer le gaspillage du plastique et la pollution. De nombreuses sociétés bien connues des détenteurs de parts des portefeuilles MD (de Home Depot à Unilever en passant par Walmart) se sont également engagées à déclarer publiquement le volume annuel de leur production d’emballages en plastique.

L’innovation au service d’une utilisation intelligente du plastique

Comme tout bon gestionnaire actif, lorsque nous analysons des possibilités de placement, nous évaluons le risque de réputation ainsi que les risques financiers, réglementaires et opérationnels qui découlent des facteurs environnementaux et sociaux et des facteurs de gouvernance (ESG).

Lorsqu’une entreprise ne tient pas suffisamment compte des possibilités ou des risques découlant des facteurs ESG, il arrive que la discussion à son sujet s’étire. Ainsi, la société Walter Scott & Partners Ltd., sous-conseiller du Fonds international de croissance MD et du Fonds collectif d’actions internationales GPPMD privilégie une démarche à long terme et ne craint pas d’utiliser l’accès dont elle dispose auprès des hauts dirigeants des entreprises dans lesquelles elle détient d’importantes positions.

À propos du plastique, Walter Scott mentionne un certain nombre de développements encourageants dans les entreprises présentes dans les fonds MD :

  • Colgate Palmolive a consacré cinq années au développement du tout premier tube de dentifrice entièrement recyclable, un emballage qu’elle utilisera pour ses produits de marque Tom’s of Maine dès l’an prochain. Colgate entend partager cette technologie avec des fabricants de plastique.
  • Soixante-quinze pour cent de l’ensemble des chaussures et accessoires Nike contiennent désormais une forme ou une autre de matériau recyclé.
  • Plus tôt cette année, Starbucks a commencé à tester un gobelet compostable dans cinq grandes villes du monde, dont Vancouver, en réponse aux pressions dont elle faisait l’objet pour se débarrasser des couvercles en plastique difficilement recyclables qu’elle utilise actuellement.

Le risque de réputation, ce n’est pas un jeu

Notre sous-conseiller parisien du Fonds d’actions sans combustibles fossiles MD et du Fonds collectif d’actions de marchés émergents GPPMD, la société Comgest Asset Management International Limited, a récemment analysé les risques que fait courir le plastique à différentes catégories d’entreprises.

Le gestionnaire a constaté que les fabricants de jouets et de boisson gazeuse sont les plus exposés à un éventuel ressac lié au rejet du plastique qui se traduirait par une diminution des ventes ou une augmentation des coûts. En revanche, les sociétés pharmaceutiques, les restaurants et les détaillants sont moins exposés et sont probablement en meilleure position pour régler le problème collectivement avec l’aide de leurs chaînes d’approvisionnement.

La pénurie de résine recyclée complique le choix écologique

Comgest a également constaté que l’approvisionnement en plastique recyclé est parfois difficile en raison des faibles économies d’échelle et de l’inefficacité et de la fragmentation du système de recyclage. Selon son analyse, le coût du plastique recyclé peut être de deux à dix fois supérieur à celui du plastique ordinaire.

Pour atteindre les cibles qu’elles se sont fixées, les entreprises ont besoin d’emballages conçus dans une optique de récupération et d’un système qui garantira que ce qui est recyclable est vraiment recyclé.

L’initiative de la nouvelle économie du plastique met au défi les chefs d’entreprise et les décideurs politiques d’atteindre l’objectif consistant à développer un marché du recyclage plus efficace et d’élaborer des normes qui favoriseront le maintien dans l’économie des matériaux post-consommation et qui empêcheront qu’ils se retrouvent plutôt dans l’environnement.

Pendant ce temps, dans nos propres bureaux

Le plastique à usage unique présente de nombreux avantages légitimes, particulièrement dans le secteur des soins de santé : des seringues jetables aux sacs de soluté, ce matériau polyvalent a transformé la médecine pour le mieux.

Toutefois, dans de nombreuses situations de la vie courante, le plastique à usage unique pourrait facilement être remplacé. Plus tôt cette année, dans le cadre du programme Écolo MD, nous avons décidé de cesser d’utiliser dans nos locaux les ustensiles et gobelets en plastique afin de réduire notre volume de déchets et apparemment, cette initiative nous a aussi permis d’épargner quelques dollars.

Ces décisions avaient été prises avant même qu’il soit question d’interdire ces objets en plastique, ce qui démontre bien que les entreprises peuvent devancer les tendances et agir pour le plus grand bénéfice de leurs clients et investisseurs.

A propos de l'auteur

Mark Fairbairn

Mark Fairbairn, CFA, B.Ing., est vice-président adjoint au sein de Gestion des placements et stratégie chez Gestion financière MD. Il est responsable des fonds communs et collectifs d’actions non nord-américaines ainsi que du volet de superposition des devises des fonds d’actions.

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