Guerre commerciale ou simple altercation?

April 6, 2018 Ian Taylor

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Lundi dernier, la Chine a annoncé des tarifs sur 128 produits américains (dont le vin, le porc et les tuyaux), une réplique au projet du président Trump d’imposer des tarifs de 25 % sur 60 milliards de dollars américains en importations chinoises. Depuis, les possibilités de guerre commerciale font quotidiennement la une du New York Times, car les deux pays continuent de se menacer mutuellement dans une surenchère de droits de douane éventuels.

Les entreprises américaines visées directement (viticulteurs de Californie et producteurs de soya et de porc du Midwest) se soucient de toute évidence d’éventuelles pertes de revenu. Pour les investisseurs, malgré la volatilité récente des marchés, la situation est moins préoccupante.

Nous surveillons attentivement les échanges sino-américains depuis l’élection du président Trump. Pour l’instant, nous pensons que l’économie mondiale absorbera ces nouveaux tarifs sans trop compromettre la croissance globale prévue en 2018.

Pour les investisseurs, il n’y a pas que les tarifs…

La tournure des échanges entre la Maison-Blanche et la Chine semble inquiéter les investisseurs si l’on en juge par les soubresauts qui agitent les marchés à chaque nouveau développement. Pourtant, cette agitation ne repose pas exclusivement sur les tarifs douaniers.

Les investisseurs doivent en effet gérer simultanément plusieurs risques : resserrement du filet réglementaire autour de Facebook, relèvement des taux d’intérêt par la Réserve fédérale et changement de ton dénotant une nouvelle confiance, et premiers signes de ralentissement en Europe et au Japon.

Malgré l’incertitude ambiante, notons que les marchés ont rapidement regagné le terrain perdu et que les baisses subséquentes ont aussi été de courte durée.

À notre avis, une certaine volatilité persistera tant que les marchés n’auront pas digéré les hausses de taux. Une récession dans les 12 prochains mois nous semble cependant improbable. Tout d’abord, la politique budgétaire actuelle des États-Unis est expansionniste. Ensuite, l’économie de la zone euro continue d’afficher une croissance supérieure à son potentiel, la politique monétaire reste très accommodante et la croissance de l’économie chinoise est stable.

Des tarifs en réponse à de présumées pratiques commerciales déloyales

Les tarifs annoncés en mars par le président Trump, d’une valeur de 15 milliards de dollars américains, seraient une réponse mesurée aux pratiques commerciales déloyales alléguées de la Chine. Selon de nombreuses sociétés américaines, la Chine aurait à répétition enfreint leurs droits de propriété intellectuelle au cours des 20 dernières années. Rappelons que l’économie strictement industrielle de la Chine est en transition vers une économie aujourd’hui axée sur les produits de consommation et les services.

Les tarifs annoncés par les États-Unis visent l’aérospatiale, la biomédecine, les technologies de l’information, les machines et la robotique, soit autant de secteurs où la Chine entend s’imposer grâce à son programme « Fait en Chine 2025 ».

Quelles seront les retombées directes sur l’économie américaine? Bien qu’imposante en chiffres absolus, la somme de 15 milliards de dollars américains aurait pu, selon nos experts, l’être beaucoup plus et atteindre les 50 milliards. Ces 15 milliards de dollars nous semblent donc être une surprise positive. S’ils sont appliqués, les tarifs annoncés par le président Trump sur des importations chinoises de 100 milliards de dollars porteraient la valeur des retombées plus près de l’estimation de 50 milliards de dollars.

Dans un cas comme dans l’autre, ces tarifs ne représentent qu’une faible proportion des importations chinoises aux États-Unis dont la valeur se chiffre à 528 milliards de dollars américains (les tarifs initiaux représentaient environ 2,8 % de cette somme). De plus, comme les États-Unis dépendent moins du commerce international que la Chine, ils ont moins à perdre, du moins à court terme.

Les tarifs proposés pourraient donc n’avoir qu’une incidence marginale sur la Chine. L’an dernier, la production chinoise s’est chiffrée à 12 billions de dollars américains et selon les prévisions, elle croîtra de 6,5 % cette année (après correction pour l’inflation). Les droits de douane proposés ne représentent donc plus ou moins que 0,1 % de l’ensemble de l’économie chinoise, si l’on fait abstraction des très probables futures tentatives de la Chine pour contrebalancer les conséquences économiques de ces droits.

Le message sous-jacent aux tarifs douaniers

Même si les répercussions économiques de ces tarifs sont faibles, le message qu’envoie le président Trump est clair : les États-Unis n’hésiteront pas à agir si la Chine continue d’ignorer les règles du commerce international. La Chine, quant à elle, nie tout geste répréhensible.

La Chine a déclaré qu’elle répondrait coup pour coup aux mesures américaines, mais a indiqué qu’elle préférait des discussions rationnelles à une escalade dont l’issue ne peut être qu’une guerre commerciale. Nous continuerons d’observer attentivement la situation afin de pouvoir agir si elle en vient à exposer l’économie mondiale à un risque important.

À plus long terme, la rivalité entre les États-Unis et la Chine influera assurément sur les marchés financiers. L’expansion (et la transformation) de l’économie chinoise représente une possibilité réelle pour les investisseurs mondiaux.

L’influence économique croissante de la Chine pourrait finir par compromettre le statut de première puissance économique mondiale des États-Unis. Il n’en demeure pas moins dans l’intérêt des deux pays de favoriser la croissance de leur propre économie et de l’économie mondiale.

Grâce à son réseau de partenaires, MD a accès à des analyses géopolitiques détaillées qu’elle examine régulièrement et attentivement, à plus forte raison dans le contexte actuel. Je discutais aujourd’hui même avec Gary Evans, vice‑président principal et responsable de la répartition mondiale de l’actif chez BCA Research, une société-conseil de confiance qui compte presque 70 années d’expérience dans l’analyse des marchés financiers. Ce dernier reconnaît que le poids économique des mesures budgétaires récemment annoncées par l’administration américaine excède largement celui des tarifs douaniers annoncés par les États-Unis et la Chine.

Même si la situation est susceptible de s’envenimer, les données actuelles portent à croire que la dispute commerciale entre la Chine et les États-Unis ne freinera pas la croissance de l’économie mondiale, un constat qui rassurera les investisseurs.

Ian Taylor

Ian Taylor, CFA, CIM, est gestionnaire de portefeuille au sein de l’équipe Stratégie de placement chez Gestion financière MD. Il supervise les mandats de répartition stratégique et tactique de l’actif et les fonds communs de placements non traditionnels. De plus, il est membre du Comité du risque et de la répartition tactiques de MD.

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