Fermeture de la frontière sud des États Unis : conséquences possibles

April 9, 2019 Craig Maddock

          

À peine de retour de vacances familiales au Mexique, la nouvelle est parvenue à mes oreilles : le président Trump menaçait de fermer la frontière avec le Mexique si ce pays ne s’engageait pas à mettre en place des mesures pour freiner le flux de migrants en provenance d’Amérique centrale et d’Amérique du Sud.

La date (le 1er avril!) rendait plausible l’hypothèse d’une mauvaise blague tant cette éventuelle mesure paraissait farfelue.

Or même si Washington a depuis nuancé ses propos, le président Trump maintient sa rhétorique. Nous avons donc décidé de revoir notre portefeuille afin d’évaluer les retombées possibles d’une fermeture de la frontière sur les titres détenus.

Conséquences mondiales possibles d’une fermeture prolongée

Selon la Chambre de commerce des États-Unis, la valeur des échanges commerciaux avec le Mexique dépasse le seuil des 1,7 milliard de dollars américains par jour. Une fermeture prolongée de la frontière aurait de lourdes conséquences pour les entreprises des deux pays (les entreprises mexicaines souffriraient probablement davantage) et pourrait causer une raréfaction des marchandises produites et fabriquées au Mexique accompagnée d’une augmentation des prix aux États-Unis. Même si la probabilité en est très faible, une réduction mondiale du commerce pourrait aussi ralentir la croissance économique mondiale.

Un de nos gestionnaires d’actions américaines installé aux États-Unis, Barrow, Hanley, Mewhinney et Strauss, LLC (Barrow Hanley) confirme que nous ne sommes pas directement exposés aux échanges commerciaux entre les États‑Unis et le Mexique. Toutefois, la fermeture de la frontière pourrait indirectement mettre de la pression sur la main-d’œuvre et les salaires de certaines entreprises industrielles américaines dont nous détenons des actions. Selon ce gestionnaire, les retombées seraient cependant pour nous marginales, dans le pire des cas.

La fermeture de la frontière pourrait provoquer une liquidation des titres libellés en pesos mexicains et engendrer une poussée inflationniste dans le pays. Pourtant, il est peu probable que cette politique américaine crée une dépréciation durable, sauf si l’administration cherchait à bloquer les envois au Mexique de fonds par des travailleurs installés aux États-Unis, une mesure qui semble aussi improbable. Dans un tel cas, les taux d’intérêt mexicains augmenteraient peut-être, d’où un ralentissement possible de la croissance économique (les taux d’intérêt réels au Mexique sont déjà très élevés).

Concrètement, toutefois, Barrow Hanley pense que la non-ratification de l’Accord États-Unis-Mexique-Canada (AEUMC) et la mauvaise gestion de l’économie par l’administration mexicaine sont deux scénarios vraisemblables susceptibles de causer beaucoup plus de dommages qu’une hypothétique fermeture à court terme de la frontière.

Selon notre gestionnaire de placements partenaire Comgest S.A., la véritable source d’inquiétude au Mexique tient davantage à des problèmes intérieurs. La tendance au populisme du président Andrés Manuel López Obrador éloigne en effet les investisseurs.

Sources diversifiées de profit et flux de trésorerie prévisibles

Dans une perspective plus générale, notre portefeuille est bien positionné pour résister à une fermeture éventuelle de la frontière ou à une diminution du débit transfrontalier. Normalement, le portefeuille de nos clients est constitué à environ 5 % de parts du Fonds collectif d’actions de marchés émergents GPPMD qui est lui-même constitué à environ 3 % de placements directs dans des entreprises mexicaines.

Nos placements au Mexique sont concentrés dans deux entreprises. : Fomento Económico Mexicano, S.A.B. de C.V. (FEMSA), une multinationale du secteur des boissons et produits de consommation qui embouteille les produits de Coca-Cola au Mexique et exploite l’une des plus importantes chaînes de dépanneurs au Mexique; et Infraestructura Energetica Nova SAB de CV (IE Nova), une société de distribution de gaz naturel.

Selon Comgest, les économies américaine et mexicaine sont si fortement intégrées que toute fermeture de la frontière aurait des conséquences imprévisibles. Au-delà des conséquences concrètes, le sentiment des investisseurs et la perception du risque pays seraient nécessairement touchés par toute fermeture entière ou partielle de la frontière ou les restrictions à la libre circulation des personnes à la frontière.

Nos positions dans FEMSA et IE Nova sont plutôt défensives. Le tiers des bénéfices de FEMSA viennent de l’étranger. À l’échelle nationale, l’entreprise est active dans le secteur des produits de consommation de base, surtout des produits de première nécessité. Dans le deuxième cas, IE Nova génère des flux de trésorerie très visibles grâce à des contrats à long terme établis libellés en dollars américains. Le cours de l’action de cette entreprise réagit cependant aux fluctuations à court terme des marchés causées par les risques perçus, mais les facteurs fondamentaux de l’entreprise sont solides.

Tout ralentissement de l’économie mexicaine influerait obligatoirement sur les affaires des deux entreprises, mais les conséquences d’une fermeture de la frontière seraient probablement minimes pour elles.

Pas touche à mes avocats!

Le commerce des denrées agricoles serait probablement le plus durement touché. Si le Mexique est réputé pour sa production de pièces d’automobile et de produits électroniques, l’effet le plus immédiat pour les consommateurs canadiens d’une fermeture de la frontière serait sans doute l’augmentation des prix des produits agricoles.

Que le président Trump ferme la frontière ou mette en place des mesures qui ralentiront le débit transfrontalier des produits et services, il est certain que ce sont les consommateurs qui paieront la note, peu importe l’angle sous lequel la question est abordée.

L’enjeu vital pour les investisseurs est d’établir si oui ou non la fermeture de la frontière aura des conséquences à long terme importantes sur les bénéfices des entreprises. À mon avis, les épargnants de MD ne courent pas un grand risque et les conséquences négatives de cette fermeture seront brèves. Dans la mesure où les entreprises en portefeuille ne dépendent aucunement des échanges avec le Mexique, j’estime que le coup le plus dur sera encaissé par les consommateurs, car les entreprises touchées régleront le problème en majorant les prix des produits qu’elles seront en mesure d’obtenir. Il appartiendra ensuite probablement aux consommateurs de modifier leurs choix de fruits et légumes en fonction des prix. Si vous êtes un grand amateur d’avocats, vous devrez peut-être vous résigner à réduire votre consommation de guacamole!

Si vous désirez obtenir des précisions sur les conséquences possibles des relations entre les États-Unis et le Mexique sur votre portefeuille, n’hésitez pas à communiquer avec votre conseiller MD.

A propos de l'auteur

Craig Maddock

Craig Maddock, CFP, CFA, CIM, MBA, est vice-président à la gestion des placements chez Gestion financière MD. Il dirige les gestionnaires de portefeuille et les analystes en placement qui gèrent les fonds communs de placement et les fonds collectifs de MD.

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