Fermeture de l’usine de GM : confessions d’un « p’tit gars » d’Oshawa

December 7, 2018 Edward Golding

           

Oshawa occupe une place bien spéciale dans mon cœur. J’y suis né. J’y ai fait mes cours primaire et secondaire, et j’y ai joué au hockey, au baseball et à la crosse. Mes parents et mon frère vivent encore à Oshawa ainsi qu’un bon nombre de mes amis. Le 25 novembre dernier, lorsque la nouvelle a filtré que General Motors (GM) était sur le point d’annoncer la fermeture de son usine locale, j’ai eu l’impression de perdre une partie de mon identité. Mes parents n’ont pourtant jamais travaillé pour GM, ni moi d’ailleurs. Mais la population d’Oshawa dans son ensemble a, au fil des ans, fait sien l’esprit d’entreprise qui anime GM et les autres constructeurs automobiles qui ont tant contribué au dynamisme économique de la ville.

Une décision claire

Malgré tout, sur le plan professionnel, j’ai dû mettre mes sentiments de côté et évaluer la décision de GM de fermer l’usine en m’appuyant sur les faits. Mon rapport particulier avec Oshawa a rendu cette tâche très difficile.

Il est important d’évaluer et d’analyser l’effet réel des fermetures annoncées sur la structure de coûts, la rentabilité, les dépenses en immobilisations, les mouvements de trésorerie, la position concurrentielle et le bilan de l’entreprise ainsi que sur une foule d’autres facteurs susceptibles d’influer sur le cours de son action. Dans cette optique, force est de reconnaître que la décision de GM de fermer l’usine d’Oshawa (et quatre autres usines aux États-Unis) n’a rien d’étonnant.

Le modèle d’affaires de l’entreprise est menacé de toutes parts :

  • Les consommateurs privilégient de plus en plus les véhicules multisegments.
  • La demande baisse.
  • La concurrence des Tesla et Uber de ce monde est féroce.
  • L’industrie est agitée par des perturbations sans précédent.

Ces menaces compromettent la santé financière de GM. Ces dix dernières années, la croissance du chiffre d’affaires a été maigre et les marges brutes n’ont pas bougé depuis la fin de la crise financière mondiale.

Les dépenses en immobilisations ont grimpé en flèche depuis cinq ans, d’où une détérioration du bilan qui est de plus en plus écrit à l’encre rouge, car l’entreprise doit emprunter pour financer ses activités.

La position du secteur automobile sur les marchés nord-américains est aussi relativement faible. L’automobile et le sous-secteur des pièces d’automobiles ne représentent en effet plus que 1,15 % des marchés canadiens et 0,54 % des marchés américains. Il s’ensuit que malgré une légère surpondération du secteur automobile dans le Fonds collectif de dividendes GPPMD (qui s’explique par l’importante position détenue dans Magna, un fournisseur canadien qui vend des pièces aux constructeurs automobiles), notre exposition à ce secteur est minime et concentrée dans le Fonds collectif de dividendes GPPMD, le Fonds collectif d’actions canadiennes GPPMD et le Fonds collectif d’actions américaines GPPMD.

L’avenir d’Oshawa

Le côté de moi qui est conditionné à évaluer les restructurations d’entreprises rationnellement et sans préjugés pense qu’Oshawa survivra à la fermeture de l’usine d’assemblage de GM. La ville saura exploiter les forces de la « destruction créatrice », un processus économique qui depuis des siècles fait en sorte que l’évolution conduit inévitablement à la mort des secteurs industriels devenus désuets tandis que d’autres émergent. Oshawa vit actuellement une telle phase et doit composer avec la disparition progressive des emplois traditionnels dans les usines d’assemblage d’automobiles. La fermeture se répercutera sur les entreprises de plusieurs autres secteurs à Oshawa.

Il est cependant aussi important de comprendre qu’Oshawa a en elle la capacité de se régénérer. Selon Statistique Canada, seulement 9 % des habitants d’Oshawa travaillent dans le secteur automobile. Oshawa est une banlieue-dortoir de Toronto où les maisons se négocient à des prix relativement raisonnables et qui est dotée d’un réseau de transport efficace, deux éléments susceptibles d’attirer des personnes de talent.

Non seulement Oshawa s’en sortira-t-elle, mais à mon avis, cette transition qui marque une rupture avec son passé sera porteuse de prospérité.

Mon côté émotif et nostalgique souhaiterait qu’Oshawa reste cette ville que je connais si bien (loin des turbulences de la grande ville et riche de ses valeurs axées sur le travail et la famille, et sur la bravoure quotidienne des ouvriers), mais mon côté rationnel sait pertinemment que la ville s’adaptera et se renouvellera pour redevenir un moteur économique pour le Canada.

Sur ce plan, les deux côtés de ma double personnalité sont en parfaite harmonie.

A propos de l'auteur

Edward Golding

Edward Golding, CFA, MBA, est gestionnaire de portefeuille au sein de l’équipe Gestion de placements chez Gestion financière MD. Il est responsable des fonds communs et collectifs de titres canadiens, de dividendes et d’actions américaines de MD.

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