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Cryptomonnaie : un placement spéculatif plus qu’une véritable monnaie

Argent d'or crypto.

En décembre 2017, un bitcoin valait plus de 19 650 $ US avant de plonger à environ 3 200 $ US. Dernièrement, le bitcoin a remonté et, au moment d’écrire ces lignes (20 novembre), il valait plus ou moins 18 000 $ US.

L’engouement actuel ne se limite pas au bitcoin et touche d’autres cryptomonnaies ou monnaies numériques. La valeur de l’ethereum ou « ether » a plus que quintuplé depuis 2018 (passant d’environ 80 $ US à 460 $ US), mais demeure nettement inférieure au sommet de 2017 (1 300 $ US). Ces cryptomonnaies populaires sont flottantes, tandis que d’autres dites « stables » (les stablecoins) lient leur valeur à celle d’un autre actif (par exemple, le dollar américain) pour réduire la volatilité. La libra de Facebook (lorsque les problèmes de réglementation seront résolus) sera entièrement adossée à des actifs comme des dépôts bancaires et des obligations d’État à court terme et sera donc probablement moins volatile. Le tether est un autre bon exemple.

Comme ces monnaies font beaucoup les manchettes, trois questions reviennent souvent. Les cryptomonnaies sont-elles de véritables monnaies? Représentent-elles un placement intéressant? Quel sera leur effet sur l’écosystème financier mondial?

Les cryptomonnaies sont-elles des monnaies? Peut-être bien, mais ça dépend…

On peut voir de deux manières le concept de monnaie. La première, plus restrictive, limite la notion de monnaie à un système monétaire utilisé dans un pays donné. La deuxième, plus large, considère qu’une monnaie est simplement un moyen d’échange ou de troc.

Si l’on adopte la vision plus restrictive, les cryptomonnaies comme le bitcoin ne sont pas des monnaies. Quelques entreprises ont commencé à les accepter comme mode de paiement (et de temps à autre, on entendra parler d’une personne qui a payé un bien comme une maison en bitcoins), mais pour l’instant, les cryptomonnaies n’ont cours légal dans aucun pays.

Si l’on adopte la vision plus large, elles sont des monnaies puisqu’elles servent déjà de moyen d’échange ou de troc. L’échange est un exercice relativement simple, qui peut cependant se complexifier lorsque la cryptomonnaie est flottante. La clé du succès d’une monnaie comme moyen d’échange est sa stabilité. C’est sa capacité à conserver sa valeur et le fait qu’elle a cours légal (lorsque deux parties acceptent la monnaie, en connaissent la valeur et ont confiance qu’elle se maintiendra plus ou moins d’une journée à l’autre plus, la transaction est plus facile). Le bitcoin et la plupart des cryptomonnaies ne répondent pas pour l’instant à ces critères.

Plutôt un placement spéculatif

Pour l’instant, il est plus prudent de décrire les cryptomonnaies comme un placement spéculatif. Jerome Powell, président de la Réserve fédérale des États-Unis, a d’ailleurs dit du bitcoin qu’il était « une réserve de valeur spéculative », un peu comme l’or.

L’appréciation récente du bitcoin et de l’ether est imputable en partie à deux facteurs.

Premièrement, en 2020, partout dans le monde, les investisseurs ont cherché une solution de rechange au dollar américain. Souvent, ils vont se tourner vers l’or (le métal jaune a aussi très bien fait pendant cette période) ou vers d’autres monnaies comme l’euro ou le renminbi. Or, le bitcoin a vu sa valeur plus que tripler depuis mars dernier et son rendement par rapport à la « valeur refuge » qu’est l’or a nettement augmenté pour atteindre récemment 70 %, un sommet historique.

Deuxièmement, l’appréciation récente des cryptomonnaies s’explique aussi par la création de nouvelles solutions pour concrétiser les avantages des cryptomonnaies et l’appui de gros joueurs comme PayPal. Fait intéressant, le contexte et le sentiment actuels rappellent ceux qui régnaient en 2017 avant que les cryptomonnaies atteignent un sommet. Le bitcoin est populaire et « tendance », d’où sa croissance exponentielle en 2020.

Un avenir entièrement numérique? Peut-être, mais ce ne sera pas si simple

Lentement, le monde se tourne vers les monnaies numériques. En Suède, l’argent immatériel est devenu la norme, et le pays envisage de donner un cours légal à la « e-couronne ». Autre exemple : le système de paiement par monnaie numérique, le DCEP (ou « yuan numérique »), que pourrait lancer la Chine bientôt. Il y a toutefois une nuance importante : ces deux monnaies numériques sont appuyées par la banque centrale d’un État, tandis que le bitcoin et autres monnaies du même type sont de nature privée.

En Chine, les portefeuilles numériques et modes de paiement comme Alipay ou WeChat Pay sont très répandus. Il faut donc s’attendre à des tensions entre les pays qui émettront leur propre monnaie électronique et les entreprises privées qui proposeront leur propre système de paiement et leur propre monnaie. On avance même dans certains milieux que le report du premier appel public à l’épargne de la division de Shanghai de la société ANT Financial s’explique en partie par la volonté des organismes de réglementation chinois de garder la main haute sur la monnaie et le système financier.

La monnaie reste à ce jour un moyen très important pour les États de contrôler l’économie, grâce à la politique monétaire. L’adoption généralisée de réseaux et de monnaies privés qui échapperaient au contrôle des banques centrales compliquerait sans doute considérablement la tâche de ces dernières et des décideurs politiques.

Les cryptomonnaies sont là pour de bon, mais il faut s’attendre à un bras de fer entre les banques centrales et les émetteurs privés qui risque de mettre de la pression sur les cryptomonnaies comme le bitcoin, l’ether et autres (et d’augmenter leur volatilité). Les modes de paiement sont en pleine évolution, mais il est impossible de prévoir la tournure que prendront les choses. Une certaine prudence s’impose donc, car les cryptomonnaies ont déjà montré à quel point elles peuvent être volatiles.

L’information ci-dessus ne doit pas être interprétée comme des conseils professionnels en placements ou d’ordre financier, fiscal, juridique, comptable ou de nature similaire applicables en contexte canadien ou étranger, et elle ne saurait en aucun cas remplacer les conseils d’un fiscaliste, d’un comptable ou d’un conseiller juridique indépendant.

À propos de l'auteur

Jean-François Bordeleau est gestionnaire principal de la pratique professionnelle chez Gestion financière MD. Conseiller auprès des conseillers MD, il renseigne ces derniers sur les normes, les principes et les solutions de MD en matière de placement.

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