Choc à la pompe : les raisons de la montée des prix de l’essence

June 5, 2018 Marija Majdoub

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Vous avez sûrement remarqué l’augmentation récente des prix de l’essence, surtout si vous avez fait le plein pendant le week-end de la fête de la Reine. Depuis douze mois, les prix du pétrole ne cessent d’augmenter et le prix du brut de Brent, une référence mondiale, a franchi en mai dernier le seuil des 80 $ US le baril. Certains spécialistes avancent même que les prix pourraient atteindre 100 $ US le baril, mais l’actualité récente et la baisse des prix rendent cette prévision moins plausible, du moins pour l’instant.

 

Pourquoi cette montée des prix?

Voici quelques facteurs qui ont contribué à cette poussée des prix de l’essence :

  1. l’augmentation des cours du pétrole brut, imputable à la situation géopolitique et au déséquilibre à court terme que cette situation crée entre l’offre et la demande;
  2. la force relative du dollar américain;
  3. une capacité de raffinage insuffisante au Canada;
  4. l’augmentation des taxes fédérales et provinciales.

 

Potentiel de hausse limité

Les prix du pétrole continueront-ils d’augmenter? Sur le plan macroéconomique, nous pensons qu’abstraction faite des fluctuations à court terme imputables aux événements géopolitiques, les possibilités d’augmentation des prix sont limitées.

Le Venezuela, par exemple, est victime d’hyperinflation, d’un effondrement de l’économie et de sanctions internationales, ce qui limite sa production pétrolière. Le retrait des États-Unis du traité nucléaire avec l’Iran et la menace de sanctions économiques contribuent aussi à une hausse conjoncturelle des cours pétroliers.

 

Augmentation de la production de l’OPEP, de la Russie et de l’Amérique du Nord

Puisque l’OPEP, la Russie, les producteurs de pétrole de schiste américains et le Canada ont récemment annoncé une hausse de leur production, nous sommes d’avis que les prix redescendront. La Russie et l’Arabie saoudite parlent d’une augmentation d’un million de barils par jour afin de combler le vide créé par la diminution de l’offre iranienne et vénézuélienne. Cette intention dénote un virage politique pour l’OPEP et la Russie, qui avaient réduit leur production de 1,8 million de barils par jour au début de 2017.

La production américaine et canadienne s’est aussi accrue grâce à une augmentation du nombre de puits forés et des stocks aux États-Unis ainsi qu’aux investissements canadiens dans de nouveaux pipelines. Sous réserve d’une éventuelle crise géopolitique majeure, les prix du pétrole devraient donc se situer plus près d’un prix estimé à 65 $ US le baril.

 

Effets de la force du dollar américain

La force du dollar américain limitera aussi la hausse des cours pétroliers (libellés en dollars américains), car elle rend le pétrole plus coûteux pour les acheteurs autres qu’américains et sa production plus rentable à l’extérieur des États-Unis.

 

Les gagnants? Les producteurs et les raffineurs

Malgré l’insuffisance de la capacité de raffinage au Canada, la hausse des cours pétroliers est plutôt favorable aux producteurs canadiens, dont la production se vend au rabais et est fortement tributaire des acheteurs et raffineurs américains. L’achat récent par le gouvernement canadien du pipeline Trans Mountain de Kinder Morgan Canada contribuera au désenclavement de la production canadienne, à l’augmentation du volume de pétrole acheminé et à la diversification des acheteurs étrangers.

Les grands gagnants de la hausse des prix de l’essence sont les États-Unis et les multinationales du raffinage ainsi que les sociétés pétrolières intégrées (qui possèdent toutes des raffineries), car les marges de raffinage sont actuellement considérables. Cette conjoncture explique en partie notre décision de réduire la sous-pondération tactique des titres britanniques.

 

Les perdants? Les clients

À l’autre bout du spectre, l’augmentation des prix des produits raffinés nuit aux gros consommateurs, comme les transporteurs aériens et maritimes, dont elle fait exploser les coûts.

Pour vous et moi, les prix à la pompe sont de plus en plus costauds et, si cette tendance persiste, les secteurs de la vente au détail et du divertissement pourraient souffrir d’une baisse des dépenses discrétionnaires des consommateurs.

 

De l’essence à meilleur prix pour les vacances estivales?

Pour l’instant, les prix du pétrole (et par conséquent, de l’essence) sont à notre avis artificiellement gonflés par un déséquilibre à court terme entre l’offre et la demande imputable à la situation géopolitique et à l’engorgement de la production. À plus long terme, les prix devraient plafonner et redescendre un peu, ce qui, espérons-le pour les automobilistes, se traduira par un répit à la pompe.

Marija Majdoub

Marija Majdoub, CMA, CFA, est vice-présidente à la stratégie de placement chez Gestion financière MD. Elle dirige les gestionnaires de portefeuille et les professionnels en placement qui gèrent les fonds communs de placement et les fonds collectifs de MD, et élaborent les principes de placement de MD.

A propos de l'auteur

Marija Majdoub

Marija Majdoub, CMA, CFA, is Vice President with the Investment Strategy team at MD Financial Management. She leads the team of portfolio managers and investment professionals responsible for managing the firm’s mutual funds and investment pools, and developing MD’s investment views.

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