Bilan d’une décennie exceptionnelle

February 10, 2020 Craig Maddock

Le début de 2020 marque un jalon important, car il constitue le point final d’une décennie et le début d’une nouvelle. En ma qualité de gestionnaire de placements, je cherche constamment à mieux positionner nos portefeuilles et au moment de faire nos adieux aux années 2010, il me semble opportun de souligner leur caractère exceptionnel.

Rendements supérieurs, risques en baisse

Il y a dix ans, les hypothèses sur l’évolution des marchés financiers à la base de nos décisions de placement étaient qu’un portefeuille avec horizon temporel de dix ans et plus axé sur une croissance et une stabilité modestes pouvait aspirer à un rendement approximativement de 5,8 % avec un niveau de risque prévu (de volatilité) de 8,8 %.

Aujourd’hui, nous constatons que ce portefeuille a généré un rendement de 6,9 %, et si ce rendement supérieur aux prévisions est intéressant, le fait qu’il a été obtenu avec un niveau de risque de 5,4 % l’est encore plus. Un véritable exploit!

C’est pourtant la trame narrative globale des dix dernières années pour l’ensemble de nos portefeuilles.

Rendements exceptionnels partout, surtout aux États-Unis

Lorsque nous nous efforcions de construire les portefeuilles en question, nous pensions que les indices américains et internationaux offriraient un rendement supérieur aux indices canadiens et que dans l’ensemble, les rendements boursiers se situeraient dans une fourchette de 5,6 % à 7,5 %.

Revenons à aujourd’hui. Le rendement de l’indice composé S&P/TSX est solide à 6,9 %, celui de l’indice S&P 500 est impressionnant à 15,9 % et à 8,3 %, celui des marchés internationaux (indice MSCI EAEO) complète la fourchette de rendements exceptionnels.

Rendements par décennie en dollars canadiens

 

2010 à 2019

2000 à 2009

1990 à 1999

1980 à 1989

1970 à 1979

Indice composé S&P/TSX

6,89 %

5,57 %

9,27 %

8,15 %

7,14 %

Indice S&P 500

15,91 %

-4,02 %

20,84 %

17,43 %

7,95 %

Indice MSCI EAEO

8,34 %

-1,45 %

8,75 %

19,43 %

10,02 %

Source : State Street, au 31 décembre 2019

Encore une fois, les marchés américains se démarquent. Les résultats avaient été encore plus impressionnants dans les années 1980 et 1990. Pour ce qui est de la décennie 2010, l’effondrement du secteur des TI suivi par la crise financière mondiale semble être à la source de la véritable anomalie.

Chez nous, au Canada, la décennie qui vient de se terminer se distingue par une stabilité remarquable, vu la volatilité ambiante.

Une décennie parfois agitée

Au début de 2009, on ne manquait pas de sujets d’inquiétude. La crise financière mondiale était encore fraîche à la mémoire et la plupart des portefeuilles, en recul.

La situation a provoqué une réforme majeure du système financier et un resserrement de la réglementation des banques internationales qui en ont fait de celles-ci des placements plus sûrs que jamais. La décennie a aussi été celle du soutien des marchés par l’assouplissement quantitatif (achat de milliers de milliards de dollars d’obligations américaines pour faire baisser les taux d’intérêt).

Les attentes ont été dépassées : le crédit « bon marché » a stimulé les emprunts des entreprises qui ont racheté massivement leurs propres actions, d’où une augmentation des bénéfices par action et la relance des marchés.

Indice MSCI Monde en monnaie locale

Source : Bloomberg (1er janvier 2010 au 31 décembre 2019)

La consolidation de la situation des banques et le crédit facile ont revigoré les titres technologiques, d’où le rendement exceptionnel des marchés américains attribuable à une poignée d’actions. Les FAANG (Facebook, Apple, Amazon, Netflix et Google) ont généré une croissance robuste et des attentes de croissance encore plus solides qui ont propulsé à des sommets historiques les titres technologiques et ceux du secteur des produits de consommation discrétionnaire. Apple est aussi devenue pendant la décennie la première société à franchir le seuil d’un billion de $ US de capitalisation boursière.

La montée de la Chine n’a pas été sans conséquence sur le commerce international et est à la source la guerre commerciale avec les États-Unis qui s’efforcent de maintenir leur domination sur l’économie mondiale. L’explosion de la croissance du PIB chinois qui, en dix ans, a presque triplé à 15 billions de $ US n’a surpris personne. Il est maintenant acquis que l’économie chinoise dépassera l’économie américaine (PIB d’environ 22 billions $ US), car l’écart ne cesse de se refermer.

Le mondialisme a été mis à rude épreuve par la montée du populisme. Les résultats électoraux marquants en Europe, aux États‑Unis et au Royaume-Uni découlent d’idéaux populistes dont le point commun semble être l’opposition à l’immigration. Ce clivage politique ajoute à l’incertitude et à la volatilité comme l’ont confirmé l’élection du président Trump et le Brexit.

Malgré les nombreuses fluctuations à la hausse et à la baisse, l’indice MSCI Monde a presque doublé de valeur en dix ans.

Finale en apothéose de la décennie 2010

L’année 2019 a assurément contribué aux résultats de la décennie. Exceptionnelle, elle passera à l’histoire comme l’une des meilleures. Les rendements ont été nettement supérieurs aux moyennes à long terme et se situent dans le quartile supérieur au Canada et aux États-Unis, concluant cette décennie exceptionnelle par un point d’exclamation.

Rendements de 2019 en dollars canadiens

 

Rendement de 2019

Rang percentile de 2019

Rendement annualisé depuis 1971

Indice composé S&P/TSX

22,91 %

24,49 %

7,41 %

Indice S&P 500

25,32 %

22,45 %

11,32 %

Indice MSCI EAEO

16,89 %

34,69 %

8,78 %

Source : Bloomberg (décembre 2018)

Appel à la prudence à l’aube de la nouvelle décennie

Dans une perspective historique, l’expansion économique aux États-Unis pourrait toucher à sa fin. En fait, depuis la décennie 1850, la décennie 2010 est la première exempte de récession. La phase d’expansion en cours se poursuit depuis 127 mois, ce qui en fait la deuxième plus longue devant les années 1990 et leurs 120 mois de croissance continue.

Les manchettes évoquant l’imminence d’une récession se multiplient cependant et avec l’indice S&P 500 à un sommet historique, le gonflement possible des évaluations boursières inquiète. Selon nos indicateurs, un repli important semble néanmoins évitable, à tout le moins dans un avenir immédiat. Il importe toutefois de comprendre qu’après de nombreuses années de forte croissance sur les marchés boursiers, une nouvelle phase du cycle économique s’amorce peut-être.

Il serait donc négligent de ma part de ne pas rappeler à nos clients que la probabilité que les résultats de 2020 ressemblent à ceux de 2019 est faible. Nous demeurons optimistes en ce qui concerne le rendement de nos placements, mais à notre avis, les rendements en 2020 se rapprocheront davantage des hypothèses à long terme plus réalistes.

En 2019, nous avons modifié la répartition stratégique de l’actif des portefeuilles à long terme afin de mieux positionner nos clients et d’optimiser leurs possibilités de succès. À la suite de ce changement, nous avons apporté à la répartition de l’actif des corrections dont nous pensons qu’ils aideront nos clients à poursuivre leurs succès.

 

Il est évidemment trop tôt pour se prononcer sur l’évolution des choses pendant la décennie 2020, mais tout laisse présager qu’elle sera aussi intéressante que celle qui l’a précédée. Optimiste de nature, j’ai confiance dans la capacité de l’humain de résoudre les problèmes au moyen de solutions nouvelles. La population mondiale a été en augmentation constante ces dix dernières années et pourtant, la population est de manière générale en meilleure santé et vit dans de meilleures conditions. Ce progrès stimule la demande mondiale globale. Il y a encore beaucoup à faire et en matière de placement, cette perspective est encourageante.

Fidèle à son habitude, MD surveillera avec diligence l’évolution de la conjoncture économique mondiale et des tendances afin, le cas échéant, d’apporter des corrections à vos portefeuilles. Notre objectif est de vous proposer des portefeuilles qui vous permettront d’atteindre vos objectifs, peu importe la conjoncture. Si vous désirez poser des questions sur les événements actuels ou sur votre portefeuille, n’hésitez pas à communiquer avec votre conseiller MD*.

Source des données : Gestion multiactif MD, State Street au 31 décembre 2019.

* « Conseiller MD » désigne un conseiller financier de Gestion MD limitée (au Québec, un conseiller en placement).

À propos de l'auteur

Craig Maddock

Craig Maddock, CFP, CFA, CIM, MBA, est vice-président, gestionnaire de portefeuille principal et chef, Gestion multiactif chez Gestion financière MD. Il dirige les gestionnaires de portefeuille et les analystes en placement qui gèrent les fonds communs de placement et les fonds collectifs de MD.

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