Aussi palpitant que de regarder l’herbe pousser

September 22, 2017 Marija Majdoub

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Ah, septembre! Après le chaos des vacances, des camps d’été et des heures de dodo tardives, le retour à la structure qu’imposent l’école et sa routine rassure les enfants (et les parents!), malgré une fatigue plus grande que la normale.

De toute évidence, dans mon secteur d’activité, la prévisibilité est souhaitable; surtout lorsqu’il est question des annonces du Federal Open Market Committee (FOMC), qui s’est justement réuni cette semaine pour discuter des taux d’intérêt et de l’allègement du bilan de la Réserve fédérale.

Heureusement pour nous, le résultat a été conforme aux attentes : aucune majoration immédiate des taux, modestes augmentations à l’horizon et réduction graduelle du bilan à partir du mois prochain.

Il semble donc que la Réserve fédérale continuera de soutenir l’économie américaine tout en retirant prudemment les mesures d’assouplissement quantitatif.

Les gens travaillent, non?

Le marché du travail est solide aux États-Unis et on pourrait donc s’étonner que le FOMC n’ait pratiquement pas majoré les taux d’intérêt jusqu’à maintenant. Cette décision s’explique par la faiblesse persistante de l’inflation qui demeure sous le taux cible de 2 % et indique que l’économie a encore besoin de l’effet stimulant des bas taux d’intérêt.

Cette situation est intrigante. Depuis 2008, les mesures d’assouplissement quantitatif visant à stimuler l’économie ont gonflé le bilan de la Réserve fédérale de 4,5 milliers de milliards de dollars en obligations d’État et titres adossés à des créances hypothécaires. Le taux de chômage atteint aux États-Unis un point où la Réserve fédérale (et les économistes en général) doit s’attendre à une accélération de l’inflation. Comment se fait-il alors que l’inflation soit encore si faible?

Voici quelques raisons possibles :

  • La faible croissance qui caractérise l’actuel cycle économique se traduit par une augmentation plus lente des revenus des entreprises qui disposent donc de ressources limitées pour augmenter les salaires, d’où une diminution de la quantité d’argent en circulation par rapport à une situation où la croissance du PIB serait plus forte et les salaires plus élevés.
  • L’inflation des salaires est aussi limitée par le ralentissement des gains de productivité depuis la grande crise financière et par les changements démographiques.
  • La mondialisation incessante donne à plusieurs pays la possibilité « d’importer » l’inflation plus faible d’autres pays grâce à une main-d’œuvre et à des produits et services meilleur marché.
  • Plus récemment, l’effondrement des cours pétroliers qu’on a vus en 2014 a aussi freiné l’inflation.

Il faut malgré tout garder à l’esprit que l’inflation est un indicateur à retardement; elle peut donc encore grimper, et rapidement.

Pas aujourd’hui ni demain… mais bientôt… et (ne le souhaitons pas!) pour le reste de votre vie

Quelles que soient les raisons pour lesquelles l’inflation refuse d’augmenter, il faut tenir pour acquis qu’elle finira par le faire. Ce n’est qu’une question de temps. Tout dépend de la manière dont les banques centrales géreront la situation.

Le gouverneur de la Banque du Canada, Stephen Poloz, a déjà indiqué son intention de commencer à appliquer légèrement les freins (en majorant les taux) avant d’atteindre le taux cible d’inflation, de crainte de réagir trop tard et de devoir dans quelques années gérer une augmentation indésirable de l’inflation. Il y a consensus au sein de la Réserve fédérale sur la hausse graduelle des taux d’intérêt, et elle a indiqué son intention de les augmenter une fois d’ici la fin de l’année, deux fois en 2019 et trois fois en 2020. Son point de vue semble donc similaire à celui de la Banque du Canada.

Je n’envie pas les personnes qui doivent prendre ces décisions. Il n’est pas simple de prédire le moment exact où l’économie commencera à surchauffer. Dans un contexte d’assouplissement quantitatif et de politiques monétaires du même ordre, il est en effet possible qu’une flambée pousse l’inflation au-delà des cibles établies et à ce point, il serait trop tard pour éviter la récession.

L’économie américaine est équilibrée et solide, beaucoup plus que celle de tout autre pays développé. La Réserve fédérale est donc à mon avis bien avisée de ramener progressivement les taux d’intérêt à un niveau plus normal.

Finies les réactions démesurées

Lorsque l’ancien président de la Réserve fédérale, Ben Bernanke, a parlé pour la première fois d’une éventuelle normalisation du bilan post-récession de la Réserve fédérale, l’hystérie s’est emparée des marchés. Aujourd’hui, le FOMC a annoncé son intention d’enclencher ce processus en octobre prochain et la réaction a été beaucoup plus mesurée : le dollar américain a bondi, le dollar canadien a reculé et les taux obligataires ont augmenté.

Les marchés ont eu quatre années pour digérer le concept du retrait progressif. De plus, la Réserve fédérale a annoncé son intention de procéder très graduellement. Il n’est même pas encore question de vendre les obligations et les titres détenus, mais simplement de cesser d’utiliser le produit des titres venus à échéance pour en acheter d’autres. La Réserve commencera donc par réduire de 10 milliards de dollars par mois ses achats de titres, pour ultérieurement les réduire d’un montant pouvant aller jusqu’à 50 milliards de dollars par mois.

À ce rythme, d’ici le début des années 2020, la réduction du bilan ne sera pas si importante. De plus, lorsque la Réserve fédérale cessera d’acheter, les autres banques centrales devraient suivre la tendance. Toutefois, les achats récents de la Banque centrale européenne et de la Banque du Japon éclipsent la diminution des achats de la Réserve fédérale. Les taux d’intérêt ne devraient pas augmenter rapidement.

En ce qui concerne plus particulièrement le Canada, notre banque centrale a aussi exprimé son intention de majorer les taux progressivement. Elle a décrété deux hausses cette année, en juillet et en septembre, invoquant la vigueur continue de l’économie canadienne. Je crois cependant qu’à partir de maintenant, la Banque du Canada majorera ses taux au même rythme que la Réserve fédérale.

Marija Majdoub

Marija Majdoub, CMA, CFA, est vice-présidente à la stratégie de placement chez Gestion financière MD. Elle dirige les gestionnaires de portefeuille et les professionnels en placement qui gèrent les fonds communs de placement et les fonds collectifs de MD, et élaborent les principes de placement de MD.

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