Alerte à l’endettement : Nos banques sont-elles à risque?

March 10, 2017 Wesley Blight

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par Wesley Blight, CFA, CIM, FCSI
Gestionnaire de portefeuille, Titres à revenu fixe

Vous avez peut-être entendu parler d’un rapport paru récemment indiquant que le Canada serait menacé par une possible crise financière. En effet, selon le rapport trimestriel de la Banque des règlements internationaux (BRI) publié le 6 mars dernier, s’il l’on considère le niveau très élevé d’endettement des consommateurs canadiens, seule la Chine présente des signes avant-coureurs de stress bancaire pires qu’au Canada.

Selon les auteurs du rapport, pour qu’il y ait une crise au Canada, il faudrait que survienne un événement comme une hausse des taux d’intérêt qui nuirait à la capacité des consommateurs de rembourser leur prêt hypothécaire. Ce rapport attire néanmoins l’attention sur la situation du marché de l’habitation et notre endettement collectif et personnel.

Le Canada est-il vraiment à risque?

Selon la plus récente lecture de l’indice composé du prix des maisons Teranet-Banque Nationale, les prix ont augmenté de 13 % sur un an au Canada. Cette augmentation est dans une large mesure attribuable à la poussée de 20,9 % des prix des logements dans la région de Toronto, une hausse qui ne montre aucun signe d’essoufflement.

Si vous n’êtes pas propriétaire d’une maison à Toronto, vous en avez probablement assez, comme moi, d’entendre parler de la montée fulgurante des prix des propriétés dans cette région. Il semble bien, au Canada du moins, que suivre l’évolution du marché immobilier constitue un sport national et que le sujet revient constamment à la une.

Il est vrai qu’un effondrement soudain de la valeur des logements au Canada figure au nombre des facteurs qui pourraient provoquer une crise financière (une bonne nouvelle pour les nombreux acheteurs potentiels frustrés par les situations de surenchère caractéristiques d’un marché effervescent?).

Si les taux d’intérêt grimpent, les emprunteurs canadiens auront les plus gros versements hypothécaires à payer après les Chinois. Il est vrai qu’un endettement excessif expose notre économie à des contrecoups.

Comme bien des investisseurs, vous craignez sans doute une version canadienne de la crise de 2008.

Je ne crois pas à ce scénario.

Le cadre réglementaire canadien réduit le risque et protège les investisseurs…

Le financement des transactions immobilières et les règles de souscription des prêts hypothécaires diffèrent de façon importante au Canada, ce dont la BRI ne tient pas compte dans son rapport. Même si un repli du marché de l’habitation aurait des conséquences directes sur le portefeuille de prêts hypothécaires des banques, la structure particulièrement bien établie du marché hypothécaire canadien permettrait de contenir les pertes.

La plus grande partie du risque est par ailleurs assumée par la Société canadienne d’hypothèques et de logement (assurance hypothécaire garantie par l’État). C’est donc dire que si les titulaires de prêts hypothécaires assurés (donc plus risqués) se trouvaient en défaut de paiement, ce serait l’État canadien qui essuierait les pertes, pas les banques canadiennes.

Précisons également que les banques canadiennes sont actives dans trois grands sous-secteurs : services bancaires de détail, services bancaires de gros et gestion de patrimoine. Leur croissance et leur capacité de verser des dividendes et de rembourser leurs dettes ne dépendent donc pas entièrement des prêts hypothécaires.

Finalement, les changements réglementaires amenés par la crise financière mondiale obligent les banques à faire preuve de prudence dans l’utilisation de l’effet de levier et à maintenir d’importantes réserves de capitaux et de liquidités afin de pouvoir résister aux périodes de stress sur le marché.

…et la méthode de gestion active de MD équilibre risque et rendement

Dans le secteur des placements, la capacité des Canadiens à atteindre leurs objectifs financiers dépend grandement des banques. Le groupe des banques diversifiées (comme la Banque de Montréal, la Banque TD, etc.) représente presque le quart du marché boursier du Canada et le secteur des services financiers dans son ensemble (qui englobe les banques, les compagnies d’assurance, les sociétés de services financiers et les sociétés de prêts automobiles) représente 11,5 % du marché canadien des obligations de qualité supérieure.

Tous les portefeuilles des clients de MD contiennent une proportion appréciable de titres émis par des banques canadiennes, actions ou obligations.

Dans certains fonds d’actions, comme le Fonds collectif de dividendes GPPMD et le Fonds croissance de dividendes MD, l’objectif est d’obtenir un rendement en dividende élevé, d’où notre choix de privilégier les actions de banques canadiennes génératrices de revenus. Nous optimisons ainsi la proportion de dividendes dans le rendement obtenu afin d’obtenir un traitement fiscal plus avantageux que celui accordé aux gains en capital.

Nos fonds communs et collectifs de titres à revenu fixe, dont le Fonds de revenu stable MD, comportent une plus forte proportion de titres de créance émis par des banques, ce qui nous permet de générer des revenus plus importants que les fonds qui privilégient les titres de créance du gouvernement du Canada ou d’obligations d’autres états. Si une correction devait survenir sur le marché de l’habitation, nous pensons que notre sélection active d’obligations plus sûres nous procurera une stabilité supérieure, comme elle l’a fait dans le passé pendant les périodes de fragilité du marché.

L’important à retenir ici est que nous ne placerions pas l’argent de nos clients dans des actions ou des obligations bancaires si nous n’avions pas la conviction qu’il est possible d’obtenir un taux de rendement positif proportionnel au niveau de risque couru.

J’ai entièrement confiance que les banques canadiennes seront en mesure de continuer de payer les intérêts sur leurs prêts et de verser les dividendes sur leurs actions. En tant que propriétaire d’une maison, j’imagine que je vais devoir continuer de rembourser mon prêt hypothécaire. En tant qu’investisseur, j’imagine que c’est une bonne nouvelle.

Wesley Blight

Wesley Blight, CFA, CIM, FCSI, est gestionnaire de portefeuille au sein de l’équipe Gestion de placements chez Gestion financière MD. Il est responsable des résultats des fonds communs et des fonds collectifs à revenu fixe et de type « équilibré » de MD.

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