Quand les soins deviennent personnels :

Prendre soin d’un proche vieillissant pendant la retraite est éprouvant. Voici comment y faire face.

Vous avez été un aidant tout au long de votre carrière. Pour la plupart des médecins, cela signifie d’établir des liens véritables avec les patients en s’assurant toutefois de rester détaché émotionnellement.

Maintenant que vous êtes à la retraite et que vous devez prendre soin d’un parent ou d’un conjoint, il devient beaucoup plus difficile de conserver cette distance émotionnelle. Toutes vos années de formation médicale ne vous auront probablement pas préparé aux défis associés à cette réalité, celle de fournir des soins à un membre de votre famille.

C’est dans ce contexte qu’intervient Amy D’Aprix. Experte des transitions de la vie, Mme D’Aprix, ou Dre Amy comme on la surnomme, aide les gens à traverser ce qui les guette alors qu’ils avancent en âge.

En 2018, elle a commencé à organiser pour Gestion financière MD des ateliers sur la retraite s’adressant spécialement aux médecins. Pour se préparer, elle s’est concentrée sur les aspects de la retraite qui sont les plus préoccupants pour eux. Beaucoup n’avaient pas vraiment réfléchi à la possibilité de passer d’aidant « professionnel » à aidant naturel durant leur retraite.

« Vous devez y réfléchir longuement, et longtemps d’avance », explique Mme D’Aprix. « Il est fort probable que vous deveniez aidant naturel; d’un parent peut-être, mais possiblement aussi de votre conjoint ou conjointe, ou encore d’amis. C’est ce qui se profile à l’horizon ».

Les médecins retraités doivent surmonter un certain nombre de défis supplémentaires en tant qu’aidants.

L’âge de la retraite

Les médecins ont tendance à prendre leur retraite plus tard; l’âge moyen serait de 70,8 ans au Canada, selon Mme D’Aprix. « Cet âge tardif diminue le temps dont vous disposez pour accomplir vos grands projets, comme de longs voyages ». L’une des conséquences imprévues de la longévité des parents est qu’ils n’auront possiblement pas besoin de votre aide avant que vous ne soyez au début de votre retraite. Cette situation pourrait vraisemblablement avoir une incidence sur votre possibilité de voyager comme vous en aviez l’intention ou d’accomplir les autres projets dont vous rêviez.

« On n’a pas naturellement tendance à se dire “Je devrais vraiment réfléchir à ce qui adviendra de mes plans de retraite si je dois prendre soin d’un proche.” », souligne Mme D’Aprix.

Tout le monde a un plan A, c’est-à-dire un scénario de retraite idéal. Mme D’Aprix juge que vous devriez aussi établir un plan B. Même s’il ne sera peut-être pas nécessaire, vous devez vous demander : « Si ma santé ou ma mobilité, ou celles d’une personne qui m’est chère, venaient à changer, comment pourrais-je modifier mes projets pour être heureux malgré tout? ».

Le dilemme des médecins

Le médecin retraité qui devient aidant naturel peut se servir de ses connaissances médicales, ce qui peut toutefois être une arme à double tranchant. La profession médicale accorde une grande importance à l’objectivité, alors que prendre soin d’un membre de sa famille est très personnel, surtout si votre famille a des attentes en raison de votre « connaissance du système » ou si elle juge que « vous saurez comment gérer la situation, puisque vous êtes médecin ».

Mme D’Aprix souligne que le système de soins de longue durée est différent du système médical. « Il est difficile de s’y retrouver […] et de savoir quelles ressources sont offertes », explique-t-elle. « La situation peut être encore plus difficile pour les médecins, parce qu’en plus de ressentir la pression liée aux attentes des autres, ils ont des attentes élevées envers eux-mêmes : ils jugent qu’ils devraient être plus au courant, puisqu’ils ont l’habitude de maîtriser la situation. » 

Prendre les commandes

Durant ses ateliers, Mme D’Aprix amène les participants à cibler les principaux aspects à considérer lors de la transition vers la retraite. « Il y a trois grandes questions : À quoi dois-je penser? Que dois-je faire? De quoi dois-je parler? »

Penser à l’avenir vous permet d’être proactif. « Étant donné leurs connaissances médicales, les médecins pourraient instinctivement planifier de vivre dans leur maison et d’y prendre soin de leur conjoint ou de leur conjointe. Mais est-ce réellement logique? Dans certains cas, ce n’est évidemment pas envisageable; nous explorons donc les autres options possibles. »

Mme D’Aprix invite aussi les participants à examiner leurs « déclencheurs ». Les déclencheurs sont des événements de leur vie qui leur montrent qu’il est temps de changer quelque chose. Par exemple, il pourrait être impossible pour vous d’accueillir un parent chez vous. S’il s’agit là d’un déclencheur, vous devez passer à la prochaine étape. Avez-vous parlé avec vos parents de ce qu’il adviendrait s’ils ne peuvent plus être autonomes à la maison? Quelles sont les ressources offertes dans leur coin? Vos parents sont-ils sur la liste d’attente d’une maison de retraite en particulier? 

Voici ce qu’il faut retenir des ateliers de Mme D’Aprix : même si on n’a pas forcément à agir tout de suite, il faut se préparer pour l’avenir. C’est de cette façon qu’on reste en contrôle quand les circonstances changent. « Les soins à un proche freineront inévitablement vos projets à un moment ou à un autre », explique-t-elle. « La transition sera plus facile pour tout le monde si vous avez pris le temps d’y penser avant de n’avoir plus le choix. »

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