Prix du pétrole en terrain glissant : mais que se passe-t-il?

November 30, 2018 Rachael Moir

           

Ma voiture hybride roule à l’essence. Cependant, ma Prius en consomme si peu qu’un plein me coûte rarement plus de 35 $. Je me soucie donc peu des prix à la pompe.

Cependant, en ma qualité d’analyste en placement et d’observateur des marchés mondiaux du pétrole, la récente volatilité des prix m’intéresse.

En quelques semaines seulement, les cours du pétrole de référence aux États‑Unis ont chuté de près du tiers par rapport à leur sommet des quatre dernières années. Il y a quelques mois, les médias parlaient d’un prix supérieur à 100 $ US le baril. Aujourd’hui, il est près de 50 $ US.

La situation semble pire au Canada, où les prix du brut albertain ont atteint des planchers historiques le mois dernier.

Que se passe-t-il donc avec les prix du pétrole?

Plus tôt cette année, nous avons exprimé l’opinion que les cours pétroliers étaient artificiellement élevés. Avec la baisse récente, nous pensons maintenant qu’ils remonteront modérément, au fil de l’évolution de l’offre.

Prix du pétrole : de quoi parle-t-on au juste?

Le pétrole brut (c.-à-d. la matière visqueuse et non transformée) se décline en différents niveaux de qualité et son prix varie en fonction de facteurs comme la facilité de raffinage, le lieu d’extraction, la facilité de transport et la capacité des pipelines. Les événements géopolitiques et des facteurs psychologiques jouent aussi sur les prix.

Les deux pétroles de référence que nous surveillons sont le West Texas Intermediate (WTI) et le pétrole brut de Brent, extrait de l’Atlantique Nord, deux pétroles bruts « légers » (à faible densité) et « non corrosifs » (peu sulfureux) qui se raffinent facilement.

Les sables bitumineux du Canada produisent du pétrole brut « lourd » (forte densité) et « corrosif » (très sulfureux) dont les coûts de raffinage sont supérieurs et qui se vend par conséquent moins cher.

Le prix du Western Canadian Select (WCS) est établi en fonction de l’écart qui le sépare du prix du WTI. Depuis 10 ans, cet écart se maintenait en moyenne à plus ou moins 15 $ le baril. En juillet, il a atteint 20 $, puis le niveau record de 50 $ en octobre, avant de se refermer légèrement.

Pourquoi le prix du pétrole canadien est-il si bas?

Le pétrole canadien est victime d’un goulot d’étranglement : l’offre dépasse la capacité de transport, par pipeline ou autrement. Les autorités albertaines et fédérales étudient actuellement les options possibles, notamment la baisse de production, mais les producteurs sont divisés sur la question.

Une des causes de cet engorgement est temporaire, mais pourrait persister pendant des mois : plusieurs importantes raffineries américaines sont fermées pour entretien, ce qui ralentit les exportations canadiennes.

Par ailleurs, l’incertitude qui entoure la construction de pipelines influe sur le sentiment du marché, qui s’inquiète de l’enclavement de la production canadienne. Le projet Keystone XL de TransCanada Corp. doit faire l’objet d’une évaluation environnementale tandis que le projet d’expansion de Trans Mountain fait actuellement l’objet de nouvelles audiences.

Pessimisme lié à l’offre

À l’échelle mondiale, le prix du WTI était en hausse constante depuis juin 2017. Il a plafonné à 76,41 $ US en octobre 2018. Les pénuries appréhendées ont stimulé les prix en début d’année; les marchés craignaient les conséquences de l’effondrement de l’économie vénézuélienne, des sanctions américaines en Iran, de même que des perspectives de la Russie et de l’Arabie saoudite concernant la production pétrolière.

Au début d’octobre, les données de l’Agence internationale de l’énergie ont révélé que l’offre de pétrole brut dépassait la demande, une tendance qui se maintient. Les craintes de pénurie se sont calmées, mais au détriment des prix. Les tergiversations de l’administration Trump sur les sanctions imposées aux exportations de pétrole iranien ont aussi poussé les prix à la baisse.

Une prudence mesurée

Selon notre analyse, les bas prix actuels du pétrole découlent bien plus de la dynamique de l’offre que de la demande, ce qui serait plus inquiétant. La probabilité d’une récession d’ici 12 mois demeure faible, et la demande de pétrole devrait se maintenir.

À cause du sentiment négatif, les grands pétroles de référence se négocient à un prix inférieur à leur valeur véritable, qui devrait à notre avis recommencer à augmenter dès que la production diminuera. Les événements géopolitiques ajoutent à la volatilité, mais selon nous, les prix du pétrole se situeront à long terme, à l’intérieur de la fourchette moyenne.

Pour le Western Canadian Select, il n’existe pas de solution rapide. L’écart des prix plus important que d’habitude persistera en 2019. Le pétrole conserve son importance au sein de l’économie mondiale et l’engagement de MD dans ce secteur de l’énergie varie d’un fonds et d’un portefeuille à l’autre.

En ce qui concerne nos fonds de placements non traditionnels, nous y avons récemment surpondéré les titres pétroliers (WTI). Dans le Fonds collectif d’occasions tactiques mondiales GPPMD, nous avons majoré nos positions en actions canadiennes depuis un an, car les prix du pétrole augmentaient et l’économie intérieure se renforçait. Toutefois, nous les sous-pondérons actuellement en ayant à l’œil les tendances des prix du WCS.

Nos fonds d’actions canadiennes contiennent normalement une proportion substantielle de titres énergétiques, car ce secteur représente environ 20 % de l’indice S&P/TSX. Le Fonds collectif d’actions canadiennes GPPMD et le Fonds collectif de dividendes GPPMD contiennent respectivement 16,5 % et 9,5 % de titres énergétiques.

Retour à la pompe

Je ne sais trop quand je retournerai à la station-service. Ma Toyota consomme si peu qu’il s’écoule parfois plusieurs semaines entre mes visites à la pompe.

Toutefois, l’analyse des pétroles de référence et des tendances sur le marché fait partie de mon quotidien en tant que membre de l’équipe de MD qui surveille et évalue les risques et les possibilités sur les marchés.

J’espère que ce court article vous aura fait mieux comprendre les facteurs qui jouent sur les fluctuations des prix du pétrole. Si vous souhaitez obtenir une analyse plus approfondie de cette question ou de toute autre, il vous suffit de vous adresser à votre conseiller MD.

A propos de l'auteur

Rachael Moir

Rachael Moir est analyste en placement quantitatif au sein de l’équipe Gestion de placements et stratégie chez Gestion financière MD. Elle travaille aux mandats de répartition stratégique et tactique de l’actif et de gestion des placements non traditionnels. Elle participe également aux travaux du Comité du risque et de la répartition tactiques de MD.

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